img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
DROIT

Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom

Un nom qui brille sur les podiums depuis plus de vingt ans. Mao Lakhdar, styliste marocain de renom, pensait signer son grand retour. Mais son rêve s’est transformé en cauchemar judiciaire : aujourd’hui, il n’a plus le droit d’utiliser son propre nom. Une affaire complexe où se croisent droit des marques, droit à l'identité et tensions entre associés.

Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom
Mohamed "Mao" Lakhdar
Par
Le 20 avril 2025 à 17h48 | Modifié 14 mai 2025 à 13h59

Mohamed Lakhdar a commencé jeune et s'est fait rapidement un nom parmi la nouvelle vague de créateurs de caftans marocains. Il est un styliste talentueux révélé par l'événement Caftan organisé par Femmes du Maroc, dès ses deux ou trois premières éditions.

A l'époque, il n'y avait pas d'écosystème de mode dans le beldi, c'est-à-dire les vêtements traditionnels. Un écosystème de mode signifie haute couture, création, innovation, défilés périodiques, qualité des matériaux. Tout sauf le prêt-à-porter industriel. C'est-à-dire là où se trouve réellement la valeur ajoutée marocaine.

Mohamed Lakhdar a donc été l'un des premiers noms à s'affirmer comme une griffe, une signature, révélé en même temps que des noms comme Noureddine Amir, Nabil Dahhani, Albert Oiknine, Dahab Benabboud et plusieurs autres.

Le Maroc était devenu, depuis la première édition Caftan'97, le seul pays à avoir conquis l'univers arabo-musulman par ses créations de mode beldi, et particulièrement les caftans haute couture. Comme le répétaient les organisateurs de l'événement, "sans création, le Maroc restera un pays de sous-traitance". Cela s'applique au secteur vestimentaire ainsi qu'à tous les autres domaines.

Dans la mode, c'est le nom du créateur qui est la marque. Pour Yves Saint Laurent, c'était la maison Saint Laurent. Et ainsi de suite jusqu'à Coco Chanel, Jean Paul Gaultier ou Christian Dior.

Il en est ainsi au Maroc, à plus modeste échelle certes.

C'est pourquoi ce qui arrive à Mohamed Lakhdar mérite d'être rapporté, suivi et décortiqué.

"Mao Lakhdar" : un retour contrarié

Mohamed Lakhdar, connu sous le nom de Mao Lakhdar, a choisi de se confier en exclusivité à Médias24. Styliste emblématique depuis les années 2000, il a poursuivi sa carrière à l’international durant plusieurs années avant d'entamer son retour au Maroc en 2022.

Ce retour s’est concrétisé en novembre 2023, à travers une nouvelle collection baptisée "COME BACK". Cette collection marquait aussi le lancement d’une association commerciale avec un nouveau partenaire. 

Mais cette relance a rapidement pris un tournant inattendu : il n’a désormais plus le droit d’utiliser son propre nom.

À l’origine de cette situation, un dépôt de marque réalisé à l’OMPIC (Office marocain de la propriété industrielle et commerciale) par l’un de ses associés. Ce dernier, avec qui il avait lancé une SARL, a enregistré le nom "Mao Lakhdar" à son compte.

Un dépôt que Mohamed Lakhdar affirme n’avoir ni validé ni anticipé.

Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom Mode : le célèbre styliste Mohamed Lakhdar dépossédé de son propre nom

Créations de Mao Lakhdar

"Je n’ai jamais imaginé qu’un jour on m’interdirait d’utiliser mon propre nom", confie le créateur, encore stupéfait de la tournure prise par les événements.

L'avocat, qui assure sa défense, explique : "Il s’agit évidemment d’un enregistrement illégal, car les composantes de la marque sont un pseudonyme et un patronyme, donc des éléments relevant des droits de la personnalité". Il invoque l’article 137 de la loi sur la propriété industrielle, qui interdit d'adopter comme marque un signe portant atteinte à des droits antérieurs, notamment le nom ou le pseudonyme d’une personne. De plus, il est évident que Mohamed Lakhdar bénéficie de l'antériorité de l'usage en tant que grife de mode.

Une bataille juridique en cours

Une procédure juridique est en cours pour faire annuler l’enregistrement de la marque.

Une action en nullité de l’enregistrement a été engagée devant le juge du fond. En parallèle, une procédure en référé a été initiée afin d'obtenir une suspension provisoire de l'utilisation de la marque. Le juge des référés s’est toutefois déclaré incompétent, ce que l’avocat juge "surprenant" : "Cette mesure relève typiquement de ses pouvoirs, vu l'urgence à préserver les droits de M. Lakhdar".

Conséquence : le styliste est actuellement privé de l'usage de son nom commercial, en attendant une décision sur le fond.

"L’enregistrement de la marque au nom d'un tiers crée une présomption en sa faveur. En l’absence de mesure provisoire, M. Lakhdar pourrait rencontrer des difficultés à faire valoir son droit d’usage", souligne l'avocat.

Le litige trouve sa source dans une association commerciale nouée entre Mao Lakhdar et un partenaire, via la création d'une SARL. Les statuts de cette société ne mentionnaient pas de clauses concernant les droits de propriété intellectuelle sur la marque ou les créations. Aucun pacte d’associés n’avait été conclu pour encadrer l’usage du nom ou répartir les droits sur les créations du styliste.

"L’enregistrement de la marque par un associé, à l'insu de M. Lakhdar, peut être qualifié d'abus de confiance", affirme l’avocat. En droit des sociétés, cela peut porter atteinte à la relation de confiance censée lier les associés. "Ce type d’initiative individuelle, surtout quand elle porte sur une identité construite au fil des années, remet en question l’esprit même de l’association".

Mao Lakhdar : une identité artistique sous verrou

Derrière ce conflit juridique, se pose aussi la question de la protection des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle. Le styliste a non seulement vu son nom lui échapper, mais risque aussi de voir son univers créatif exploité sans son contrôle. "Au-delà du nom, il s’agit aussi de préserver l’intégrité de ses créations. Si le nom est exploité à d’autres fins ou apposé sur des produits qu’il n’a pas validés, cela pourrait nuire à sa réputation artistique", alerte l’avocat de M. Lakhdar.

Pour récupérer l’usage de son nom et en empêcher l’exploitation commerciale non autorisée, plusieurs recours juridiques peuvent être mobilisés. "L'action principale est la demande en nullité de l'enregistrement de la marque 'Mao Lakhdar'. Elle vise à faire reconnaître que cet enregistrement est illégal car il porte atteinte aux droits antérieurs de M. Lakhdar sur son nom et pseudonyme, que le législateur protège", explique l’avocat.

En parallèle, si l’utilisation de ce nom par des tiers cause un préjudice commercial, notamment via la vente de produits non autorisés, une action en contrefaçon peut être engagée afin d’obtenir des dommages et intérêts et faire cesser les agissements. L’exploitation non consentie du nom peut aussi justifier une action en concurrence déloyale, surtout si elle crée une confusion dans l’esprit du public ou détourne la clientèle du styliste.

Enfin, si ses créations, notamment ses designs, sont reproduites sans son autorisation, M. Lakhdar peut faire valoir ses droits d’auteur. "La combinaison de ces actions permet de couvrir l'ensemble des atteintes potentielles aux droits de M. Lakhdar, tant sur son nom que sur ses créations", souligne-t-il.

Création et droit : les bons réflexes à adopter

À ce sujet, nous avons sollicité l’avis de Me Hanane Ait Addi sur les moyens de prévention permettant d’éviter ce type de conflit. L'avocate insiste sur le fait que de nombreux créateurs, absorbés par leur processus artistique, négligent souvent la protection juridique de leur nom, de leurs créations ou de leur marque. "Ce genre de situation n’est pas rare", affirme-t-elle. "Pourtant, le nom d’artiste, les œuvres, les concepts, tout cela doit être protégé dès le départ".

Maître Ait Addi recommande ainsi une démarche proactive : faire appel à des professionnels pour encadrer les collaborations, rédiger des pactes d’associés, déposer les marques et les créations, et surtout exercer une vigilance constante quant à l’usage du nom et de l’image du créateur. "La propriété intellectuelle n’est pas un luxe, c’est un levier de sécurité indispensable dans ce secteur", conclut-elle.

En attendant, Mohamed Lakhdar se bat pour récupérer l'usage de son identité artistique, construite au fil des années. Une identité qui, pour le moment, lui aété enlevée.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 20 avril 2025 à 17h48

à lire aussi

Marchés de gros de Casablanca : tomates et abricots en baisse, les prix du 10 juin
SOCIETE

Article : Marchés de gros de Casablanca : tomates et abricots en baisse, les prix du 10 juin

Selon Casa Prestations, le dernier relevé fait apparaître des écarts allant jusqu’à 3 DH/kg sur certaines références, tandis qu’une partie du panier reste inchangée par rapport au 3 juin. Détails.

Au Chellah, les États-Unis célèbrent 250 ans d’indépendance et deux siècles d’amitié avec le Maroc
NATION

Article : Au Chellah, les États-Unis célèbrent 250 ans d’indépendance et deux siècles d’amitié avec le Maroc

Organisée pour la première fois dans le site historique r'bati, la réception annuelle de l’ambassade américaine a réuni, le 9 juin 2026, responsables marocains, diplomates et acteurs économiques autour d’un partenariat que Washington veut projeter vers les 250 prochaines années. Les temps forts d’une soirée à grand spectacle.

Alerte météo : chaleur jusqu’à 44 °C, orages et rafales de vent du 10 au 13 juin
Quoi de neuf

Article : Alerte météo : chaleur jusqu’à 44 °C, orages et rafales de vent du 10 au 13 juin

La vigilance orange concerne notamment Errachidia, Zagora, Tata, Assa-Zag et plusieurs provinces du Sud. A Boulemane, Jerada, Figuig et Midelt sont attendues de fortes averses ce mercredi 10 juin 2026 dans l'après-midi.

Round University Ranking 2026 : l’Université Euromed de Fès classée première au Maroc
Communication d'entreprise

Article : Round University Ranking 2026 : l’Université Euromed de Fès classée première au Maroc

L’Université Euromed de Fès (UEMF) s'est classée, pour la deuxième année consécutive, première université au Maroc dans le classement international des universités, Round University Ranking (RUR) 2026.

Bourse : BCP lance un programme de rachat d’actions pour soutenir la liquidité de son titre
Actus

Article : Bourse : BCP lance un programme de rachat d’actions pour soutenir la liquidité de son titre

Après un recul de 14,3% entre janvier 2025 et mai 2026, la valeur reste pourtant parmi les plus échangées de la cote casablancaise, avec plus de 24,2 millions de titres traités sur la période.

Numérique : le nouveau président de l’APEBI veut donner plus de place aux technologies marocaines
TECH & MEDIAS

Article : Numérique : le nouveau président de l’APEBI veut donner plus de place aux technologies marocaines

À moins de quatre ans de l’échéance fixée par Maroc Digital 2030, Rachid Ressani prend les commandes de l’APEBI avec une feuille de route centrée sur les talents, l’intelligence artificielle, les PME Tech et la capacité du Royaume à concevoir davantage ses propres solutions. Dans un entretien à Médias24, il détaille les priorités d’un mandat résolument placé sous le signe du passage à l’échelle.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité