Médicaments : les raisons derrière les ruptures et les mesures mises en place pour y faire face

La tension internationale sur les matières premières et le non-respect des engagements de livraison par certains laboratoires internationaux sont à l’origine des ruptures de stock des médicaments au Maroc. Voici les mesures mises en place pour pallier cette problématique.

Médicaments : les raisons derrière les ruptures et les mesures mises en place pour y faire face

Le 21 mai 2024 à 17h20

Modifié 21 mai 2024 à 17h20

La tension internationale sur les matières premières et le non-respect des engagements de livraison par certains laboratoires internationaux sont à l’origine des ruptures de stock des médicaments au Maroc. Voici les mesures mises en place pour pallier cette problématique.

Une série de rencontres a récemment été lancée par la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) avec les représentants de la Fédération marocaine de l’industrie et de l’innovation pharmaceutiques (FMIIP), de l’Association marocaine du médicament générique (AMMG) et du Conseil de l’ordre des pharmaciens fabricants et répartiteurs (COPFR).

Ces réunions ont principalement porté sur la nécessité de garantir la disponibilité du médicament au Maroc, à travers le développement d’un système de surveillance pour garantir la sécurité et l’efficacité des médicaments, et la mise en place de solutions urgentes pour pallier la problématique des ruptures de certains médicaments essentiels.

Les fournisseurs ont changé de mode opératoire

Contactées par Médias24, deux sources ayant pris part aux rencontres organisées jusqu’à présent nous expliquent que la rupture des stocks de certains médicaments est principalement due à la matière première qui fait l’objet d’une tension mondiale, mais aussi à certains laboratoires étrangers qui ne tiennent pas leurs engagements vis-à-vis du Maroc.

"Ce phénomène est mondial. Rien que ce week-end, des grèves ont eu lieu en France en raison des ruptures de stocks en pharmacie. Les gens n’arrivent même pas à trouver de l’Augmentin ni ses génériques par exemple", nous déclare l’un de nos interlocuteurs.

"Des médicaments essentiels sont également en rupture. Cela signifie qu’il y a, et à l’échelle mondiale, une tension sur les matières premières", ajoute notre source. "Ces tensions sont dues au fait que les fournisseurs travaillent avec des stocks tendus. Ils ne stockent plus la matière première. Nos commandes sont fabriquées à la demande par les fournisseurs, eux-mêmes tenus par des fonds d’investissement qui les obligent à réduire au maximum leur stock de sécurité", poursuit-il.

"Les utilisateurs sont donc contraints de surstocker plutôt que de se constituer un petit stock et de se dire que, dans deux ou trois mois, ils recevront leur nouvelle commande. Le mode de fonctionnement des fabricants a changé. Les utilisateurs passent aujourd’hui leurs commandes et attendent qu’elles soient fabriquées."

Les médicaments qui manquent au Maroc sont souvent importés

"Au Maroc, nous dépendons à 100% des matières premières importées" dans le secteur pharmaceutique. "Nous subissons donc de plein fouet cette nouvelle façon de gérer les stocks, notamment ceux des principes actifs, des excipients et de l’aluminium, ainsi que le packaging. Il suffit qu’un seul article nous manque pour que l’on ne puisse pas fabriquer un médicament", précise l’une de nos sources.

"Au Maroc, on estime cependant que l’on est moins exposés [à ce risque de rupture] que d’autres pays car nous avons beaucoup de génériques. Rien que pour l’Augmentin, au moins 14 ou 15 génériques existent chez nous. Si le médicament initial n’est pas disponible, on trouvera le second. Notre médecin pourra aussi nous en prescrire un autre", explique-t-elle.

Et de poursuivre : "Certes, il y a parfois des médicaments qui manquent, mais ce sont souvent des médicaments importés. C’est dû au fait que certains laboratoires exportateurs ne veulent pas nous livrer parce qu’ils trouvent que les prix au Royaume sont trop bas et que le marché marocain est étroit. Cela signifie que s’ils trouvent un marché plus intéressant, ils refuseront de livrer le Maroc, privilégiant ainsi les marchés où la marge est plus élevée. Tous les laboratoires ne fonctionnent pas ainsi heureusement, mais certains − dont on dépend −, oui. Les fabricants marocains essaient donc d’aller chercher la même molécule ailleurs pour commencer à la fabriquer au Maroc et ne plus dépendre de ces laboratoires-là."

Un constat confirmé par notre autre source, qui nous explique que la rupture de certains médicaments est due, entre autres, à des laboratoires qui ne tiennent pas leurs engagements en termes de livraison des matières premières, en dehors de la tension mondiale sur ces dernières.

Exonération de TVA : l’opération s’est bien déroulée, tous les médicaments ont été réétiquetés

Des rumeurs ont par ailleurs circulé ces derniers mois selon lesquelles la rupture des médicaments dans les pharmacies au Maroc est due à l’opération de ré-étiquetage après l’exonération de TVA.

"L’opération a été très bien gérée par tout le monde", explique notre première source. "Le passage s’est bien déroulé. Il y a eu une petite perturbation, ce qui est tout à fait normal, mais à présent, tout est rentré dans l’ordre."

Les médicaments sont donc à présent réétiquetés avec les nouveaux prix. "Un laboratoire ne peut pas générer lui-même une rupture de stock ; c’est un manque à gagner pour lui, du chiffre d’affaires en moins. Donc s’il peut tout de suite le compenser, il le fera. Nous avons les machines, les compétences et les ressources nécessaires", poursuit notre source.

Plus de visibilité pour éviter les ruptures répétitives

Pour faire face à cette problématique, "le ministère de la Santé nous a sensibilisés", nous fait savoir l’un de nos interlocuteurs. "Il nous a réunis et nous a dit qu’il allait falloir assurer le stock de sécurité et se prémunir contre d’éventuelles ruptures".

"Si l’on a l’habitude d’assurer trois mois de stock, il va désormais falloir en assurer six. Si l’on constate des tensions sur des matières premières, il va falloir qu’on les stocke pour éviter une pénurie, ne serait-ce que pour les produits essentiels."

"Nous sommes également dans l’obligation d’aviser le ministère sur les produits en rupture à l’international et lui donner de la visibilité quant à la date de retour en stock pour qu’il puisse, à son tour, aviser les professionnels de santé. Nous avisons également les médecins et les prescripteurs pour qu’ils puissent opérer des changements au niveau des médicaments prescrits et utiliser des molécules similaires. Il faut donc que l’information circule."

"Il faut aussi distinguer deux types de ruptures : d’abord celles qui sont vraiment à court terme et durent deux à trois semaines avant un nouveau réapprovisionnement. Ce n'est donc qu'une question de temps. En revanche, il y a des produits dont la rupture est très longue et répétitive. Sur ces derniers, les laboratoires ont décidé d’essayer de trouver rapidement d’autres sources d’approvisionnement pour répondre au besoin du marché. Pour faciliter cette opération, le ministère de la Santé s’est engagé à accélérer les AMM [autorisations de mise sur le marché, ndlr] lorsque les produits sont en rupture en permanence et qu’un autre laboratoire les ramènera. L’opération passe donc rapidement en fast-track pour combler le vide sur le marché national", conclut notre interlocuteur.

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