Maroc Telecom : crainte des investisseurs et potentielle réduction de voilure des OPCVM

| Le 30/1/2024 à 17:41
Le titre a lourdement chuté hier suite à l’annonce de la condamnation de Maroc Telecom au profit de Wana. Un nouveau risque sur les dividendes est redouté pendant encore plusieurs années. Si impact il y a, le cours devrait souffrir et potentiellement faire tomber le groupe sous les 10% du MASI, incitant de fait les OPCVM à revoir l’allocation de leurs actifs.

L’annonce de la condamnation de Maroc Telecom a refroidi le titre lors de la séance du 29 janvier. Le cours de l’opérateur historique a chuté de 9,99% à 93,61 dirhams. Le tribunal de commerce de Rabat a en effet rendu son jugement dans l’affaire opposant Maroc Telecom à Wana Corporate, propriétaire de la marque Inwi, pour pratiques anticoncurrentielles, comme l’a révélé en primeur et en détail Médias24.

Une indemnisation colossale a été décidée en faveur de Wana pour un montant de près de 6,4 MMDH. Une nouvelle qui a affolé les investisseurs et assombri la visibilité sur l’activité du groupe. Notons cependant qu’il s’agit d’un jugement dont le groupe compte faire appel. De fait, aucune sanction pécuniaire ne doit être versée par Maroc Telecom pour le moment à Wana Corporate.

Les déboires judiciaires ne sont donc pas encore terminés et une certaine inquiétude est palpable sur le marché, notamment concernant la visibilité financière du groupe.

Une somme qui laisse planer l’absence potentielle de dividendes

Déjà depuis quatre ans, le groupe Maroc Telecom a été assujetti à deux sanctions pécuniaires lourdes. D’abord en 2020, avec l’amende de 3,3 MMDH prononcée par l’ANRT pour "abus de position dominante", en lien avec le processus de dégroupage de la boucle locale. Puis, une lourde sanction en juin 2022 avec une seconde amende de 2,4 MMDH de l’ANRT pour "pratiques discriminatoires contre les concurrents".

Auparavant, le groupe affichait un payout de 100%, mais depuis quelques années, le titre perd en attractivité du fait, notamment, qu’il affiche un rendement moindre qu’auparavant. Notons également que le groupe affiche un potentiel de croissance sur le marché local limité, avec un environnement concurrentiel de plus en plus virulent.

Source : medias24.com

De fait, le montant annoncé par le tribunal de commerce de Rabat a refroidi une partie des investisseurs. Contactée, une source de la place nous explique : "6,4 MMDH, c’est une somme énorme, nettement supérieure au résultat net annuel du groupe. Ce qui inquiète également le marché, c’est que ce cas fait jurisprudence et qu’il y a possibilité qu’un opérateur comme Orange fasse de même que Wana Corporate." Pour rappel, le RNPG du groupe est passé de 6 MMDH en 2021 à 2,75 MMDH en 2022. Ajusté de l’amende, il se fixait à 5,82 MMDH.

"Ce qui taraude les investisseurs, c’est surtout l’impact que cette sanction aura sur la distribution de dividendes du groupe. Si confirmation il y a, cela pourrait avoir un effet non négligeable pendant un bon moment", poursuit notre interlocuteur.

Une potentielle réduction de la voilure chez les OPCVM

Le temps nous dira si la baisse du cours se matérialisera à court ou moyen terme. Pour notre interlocuteur du marché, les perspectives du titre en bourse sont globalement médiocres. "Il faut se rappeler que la première fois que l’amende a été évoquée, le cours a chuté jusqu’à 75 dirhams, pour une plainte évaluée à 6,7 MMDH. Désormais, le verdict est tombé avec des dédommagements demandés à hauteur de 6,4 MMDH environ. On peut imaginer que la valorisation, par le marché, du titre Maroc Telecom retombe à ce niveau-là", souligne-t-il.

De plus, notre source évoque le risque d’une aggravation des litiges juridiques. Factuellement, le cas peut faire jurisprudence et ouvrir la porte à d’autres acteurs du secteur. "Les perspectives sont assez sombres. Entre cette sanction, la possibilité qu’Orange emprunte le même chemin que Wana et les licences et investissements à venir sur la 5G, le bout du tunnel paraît loin", poursuit notre interlocuteur.

Et, à l’instar de ce qu’il s’est produit il y a quelques mois, le risque d’une telle nouvelle pourrait faire baisser le cours et amener la valeur en deçà des 10% du MASI. Cette descente sous le seuil des 10% n’est pas anecdotique car elle impacte directement les gérants de portefeuille. En effet, comme l’indique l’arrêté du ministre des Finances et de la privatisation n°250-05, "un OPCVM ne peut employer plus de 10% de ses actifs en valeurs mobilières d’un même émetteur. Cependant, un OPCVM peut toutefois, porter la limite de 10% à un maximum de 15% pour les titres de capital d’un même émetteur. Ce pourcentage concerne uniquement les titres de capital cotés dont la pondération dans l'indice boursier de référence, tel que calculé et publié par la Bourse des valeurs, dépasse 10%". En somme, un OPCVM ou un fonds de gestion ne peut pas s’exposer à plus de 10% de la valeur de leur portefeuille sur des titres dont le poids dans le MASI n’est pas supérieur à 10%.

"Mécaniquement, certains investisseurs devront liquider et les acheteurs achèteront en insécurité, car c’est plus d’un an de résultat net qui pourrait être demandé en termes de dédommagement. Durant la séance du 30 janvier, le titre a légèrement rebondi en affichant +1,51%. Il est possible que le titre soit défendu par les OPCVM pour ne pas avoir de dépassement car sinon, cela déclenche un mécanisme de vente de leurs surexpositions supérieures à 10%", conclut-il.

Notons qu’à la bourse de Paris, le titre a reculé de 8,5% en deux jours, passant de 9,45 euros l’action à 8,65 euros l’action.

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