Malgré la baisse de l'inflation, la prudence reste de mise au prochain conseil de Bank Al-Maghrib

| Le 12/12/2023 à 16:02
Alors que les investisseurs internationaux s’attendaient à un revirement de politique monétaire dès le T1-2024, la FED et la BCE ont écarté toute baisse à court terme. Un reflux inflationniste est possible, étant donné le contexte géopolitique fragile. Pour les banques centrales, il ne faut pas crier victoire trop vite. Le statu quo de Bank Al-Maghrib est le scénario le plus probable pour le 19 décembre prochain.

Après bientôt deux années sous des niveaux inflationnistes importants, dont des pics jamais observés depuis quarante ans, le monde économique dans sa globalité attend une baisse des taux et espère un retour de l’argent moins cher.

Alors que les espoirs renaissent avec le tassement progressif de l’inflation, la Banque centrale américaine (FED) a durci le ton concernant les anticipations de marché. "Un ton plus austère des banques centrales à l’international a été adopté concernant une éventuelle baisse des taux dans les prochains mois. En effet, les anticipations des investisseurs internationaux s’orientaient depuis plusieurs mois vers un pivot monétaire dès le T1-2024. Or, aujourd’hui, cela est totalement exclu par la BCE et la FED", nous explique une source du marché.

Une situation globale encore trop fragile pour une baisse des taux

Malgré la baisse progressive du niveau d’inflation au Maroc et dans le reste du monde, la situation économique globale est encore tendue, et de nombreux facteurs exogènes mettent l’économie mondiale en sursis.

"Le pic inflationniste eu Europe et aux Etats-Unis a eu lieu au T2-2023, ce qui est récent. Il y a certes une tendance baissière, mais les niveaux restent au-dessus des cibles inflationnistes des banques centrales", indique notre interlocuteur.

Il convient de rappeler que les tensions géopolitiques au Proche-Orient ont attisé la crainte d’un dérapage à grande échelle dans la région. De plus, la guerre russo-ukrainienne, elle aussi, s’enlise et ne laisse entrapercevoir aucun signe d’amélioration ni de sortie de crise. "Il faut noter que le FMI a souvent rappelé, durant les présentations faites au Maroc, que l’inflation en baisse ne doit pas faire crier victoire trop vite. Un reflux à la hausse n’est toujours pas exclu", explique notre source.

En effet, un retournement haussier de l’inflation après un cycle de resserrement monétaire n’est pas à exclure. "Il est impossible de voir les résultats d’une politique de hausse des taux à très court terme. Il faut rester vigilant. La FED et la BCE tablent sur des taux à des niveaux élevés, le temps nécessaire pour observer un niveau d’inflation de retour à un seuil normatif à moyen terme", poursuit notre interlocuteur.

Il faut, en somme, que l’inflation atteigne un palier en deçà de la cible d’inflation des banques centrales pour juger de la pertinence et de la réussite du resserrement monétaire. Le tout dans un environnement instable, où les matières énergétiques sont exposées à beaucoup de volatilité potentielle. Notamment le pétrole, avec la volonté des membres de l’OPEP+ de réduire à nouveau leur offre. Une donne qui pourrait affecter le prix du baril à la hausse.

Ces paramètres sont d’ailleurs totalement transposables au cas marocain. Il conviendra donc naturellement d’observer les autres indicateurs macroéconomiques pour établir les prévisions de politique monétaire.

Un statu quo attendu au prochain conseil de Bank Al-Maghrib

Ces tensions géopolitiques rendent la détente monétaire potentiellement risquée. De plus, le resserrement entamé il y a un peu plus d’un an doit bénéficier de temps pour proprement démontrer son effet. De fait, un statu quo est largement anticipé au prochain conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), le 19 décembre prochain.

"BAM a décidé le statu quo sur les deux derniers conseils de politique monétaire, après une hausse de 150 pbs. La transmission aux taux débiteurs n’a pas pleinement été répercutée. De fait, il est fort probable que l’on se dirige vers un nouveau statu quo au prochain conseil de la Banque centrale", rappelle notre source. Notons qu’au T3, les taux débiteurs n’affichaient qu’une hausse de 112 pbs, contre un taux directeur en hausse de 150 pbs sur la même période.

Les banques centrales à travers le monde sont donc en phase d’observation de l’efficacité à moyen terme de leur politique restrictive. Il faut d’ailleurs noter que le marché obligataire anticipe déjà un statu quo au prochain conseil. "Le marché obligataire l’intègre, dans le sens où l’on voit d’ailleurs des baisses régulières sur les taux primaires depuis quelques semaines. La demande est solide et reflète l’appétit des investisseurs sur les BDT de toutes les maturités, et surtout le moyen long terme. Donc, les investisseurs n’intègrent pas de hausse du taux directeur dans leurs anticipations", poursuit notre source.

En somme, BAM sera dans une politique attentiste par rapport aux perspectives d’inflation. Un regard global sur les indicateurs macroéconomiques sera de mise. La croissance économique cette année dans le Royaume sera supérieure à celle observée l’an dernier. Elle est projetée par BAM à 2,9%, après une décélération à 1,3% l’an dernier. L’inflation quant à elle est anticipée à 2,4%, en 2024, par la Banque centrale.

"Tout cela plaide pour une poursuite du statu quo de BAM. Il ne faut également pas oublier que le Maroc entre dans une phase d’investissement très importante, avec une politique budgétaire expansionniste. Il ne paraît pertinent ni de rehausser ni de baisser le taux directeur pour le moment", conclut notre source.

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