Entretien (2/2). Lex Paulson : “Le Maroc est en train d’inventer son propre modèle de gouvernance”

Dans la seconde partie de cette interview, Lex Paulson revient sur l’expérience de la Commission spéciale sur le modèle de développement en tant que modèle d’intelligence collective, et en tant qu’exemple de ce qui peut être fait pour réinventer la démocratie marocaine.

Entretien (2/2). Lex Paulson : “Le Maroc est en train d’inventer son propre modèle de gouvernance”

Le 28 mars 2023 à 11h39

Modifié 28 mars 2023 à 15h54

Dans la seconde partie de cette interview, Lex Paulson revient sur l’expérience de la Commission spéciale sur le modèle de développement en tant que modèle d’intelligence collective, et en tant qu’exemple de ce qui peut être fait pour réinventer la démocratie marocaine.

Une nouvelle dynamique a été enclenchée au Maroc après l’expérience de l’élaboration du Nouveau Modèle de développement. A titre d’exemple, la culture de la concertation et de la consultation semble s’installer dans le paysage politique et les départements ministériels tels que l’Education nationale, l’Enseignement supérieur et la Transition numérique, qui ont mené de larges campagnes de concertation avant de lancer leur programme de réforme.

Certains y voient un prélude à la construction d’un modèle démocratique propre au Maroc. C’est en tous cas l’avis de Lex Paulson, directeur exécutif de la School of Collective Intelligence de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Selon lui, le Royaume est en train de forger des mécanismes de gouvernance qui stimulent la participation citoyenne.

Lex Paulson appelle à réenclencher l’innovation dans les systèmes de gouvernance, de façon à promouvoir le leadership chez les citoyens et à traduire l’intelligence collective des peuples. Il cite comme exemple le développement du modèle des assemblées citoyennes, plus proche de la démocratie athénienne que du modèle de la république romaine, basé, lui, sur les élections.

Dans cette seconde partie de l’entretien qu’il a accordé à Médias24, Lex Paulson expose des idées intéressantes sur l’intelligence collective, la gouvernance, le leadership et la démocratie.

Médias24 : Le Maroc a dernièrement adopté un Nouveau Modèle de développement, fruit d’une expérience assez particulière de concertation, notamment avec la Commission spéciale sur le modèle de développement. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un modèle d’intelligence collective ?

Lex Paulson : Absolument. J’ai appris énormément de choses sur le Maroc pendant cette expérience, durant laquelle j’ai eu l’honneur d’accompagner Chakib Benmoussa et les 35 membres de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) pendant un an et demi. Ce fut une expérience transformatrice pour moi, qui a marqué ma vie et m’a permis d’en apprendre beaucoup sur le Maroc.

On a visité les différentes régions, organisé des rencontres citoyennes ouvertes à tous, visité des organisations innovantes qui font des choses très intéressantes pour développer le pays. J’ai appris plein de choses sur le modèle d’intelligence collective qui existe dans ce pays.

Il y a une grande volonté de participer. A chaque fois que l’on faisait un appel à participation pour une rencontre citoyenne, des dizaines de personnes répondaient présentes, parfois des centaines. On s’est rendu à Ifrane, à Laâyoune, à El Jadida... A chaque fois, on a senti de l’énergie et de l’appétence.

Il y a une grande intelligence qui se révèle actuellement au Maroc. Il y a des talents et de belles idées chez les 36 millions de Marocains.

Mais il y avait aussi une frustration sur les inégalités qui existent au Maroc. On entendait qu’il y avait beaucoup d’investissements à Rabat et à Casablanca mais pas assez à Oujda ou dans des régions plus rurales. Il y a ce sentiment que tout ne va pas à 100% au Maroc. Il y a une crise dans l’éducation publique, dans l’environnement et les ressources naturelles. Il y a donc à la fois cette grande volonté de participer, mais aussi de fortes frustrations et le sentiment que l’on peut mieux faire dans ce pays.

Enfin, il y a une grande intelligence qui se révèle actuellement au Maroc. Il y a des talents et de belles idées chez les 36 millions de Marocains.

On a recueilli des observations critiques de ce qui se passe sur le terrain, des choses que l’on ne voit pas forcément et qui doivent être intégrées dans la politique publique. Un modèle d’intelligence collective commence à prendre forme au Maroc.

Ces 35 membres de la commission spéciale ont été les facilitateurs de ce grand exercice d’intelligence collective. On a rencontré presque 10.000 personnes, directement, en face-à-face, ou via des contributions écrites. Quelques millions ont suivi via les réseaux sociaux.

Ce fut un exercice pleinement participatif où l’on a appris comment organiser ces rencontres, comment mettre les gens à l’aise pour pouvoir critiquer, parce que cette sécurité psychologique, ce n’est pas donné. Il y a parfois la peur de dire ce que l’on pense au Maroc, dans certaines situations en tout cas.

Il faut organiser ces rencontres avec une ouverture d’esprit. Cela a été le cas grâce au mandat donné par le Roi et le leadership pratiqué par Chakib Benmoussa et les 35 membres de la CSMD, dont plusieurs font désormais partie du gouvernement pour implémenter ce Nouveau Modèle de développement.

Je suis très fier d’avoir joué un petit rôle dans ce grand exercice d’intelligence collective. Je suis convaincu que des ministères sont en train de profiter de ces nouvelles méthodes de consultation et de collaboration avec les citoyens marocains. On le voit au ministère de l’Education nationale ou au Conseil économique, social et environnemental (CESE) avec Ahmed Reda Chami. On est au début d’une grande aventure de construction d’un nouveau modèle de gouvernance pour le pays.

- Comment l’intelligence collective peut-elle trouver sa voie dans la société ? Ce dont vous parlez avec la Commission spéciale sur le modèle de développement, comment peut-on le dupliquer partout dans la société ? Peut-être avec plus de démocratie participative ? Qu’en pensez-vous ? 

- C’est une question fondamentale. J’ai dit que l’intelligence collective était quelque chose de naturel. La collaboration sur des choses complexes, c’est un exercice que l’on fait tous les jours mais qui parfois n’aboutit pas. C’est pour cela que l’on essaie de faire avancer la science de l’intelligence collective, c’est-à-dire la recherche en psychologie sociale, sur les sciences des données, la façon d’agréger les données de façon plus intelligente, la science de la délibération et de la prise de décision.

Tout cela fait partie de nos axes de recherche et de formation au sein de l’Ecole d’intelligence collective. Avec nos programmes de master, de PhD et de master exécutif, on est en train d’ouvrir les portes de l’UM6P à tout acteur de changement dans la société marocaine ; à tous ceux qui cherchent à avoir les meilleurs outils, les meilleurs concepts, les meilleures méthodes pour faciliter l’intelligence collective ou pour étudier les conditions d’une collaboration efficace.

Avec des fermiers marocains par exemple, nos chercheurs ont démarré un programme de recherche pour étudier la manière de favoriser le transfert des connaissances et du savoir-faire, qui était parfois bloqué dans certaines régions du Maroc. A cause de la mécanisation de l’agriculture, il y a moins d’interactions entre les fermiers dans certaines régions qu’il y a quarante ans.

La science de l’intelligence collective peut donc aider à reconstruire ces canaux de transmission que l’on voit partout dans la culture marocaine, avec la poterie de Safi ou les artisans de Fès. Il y a une grande richesse d’intelligence collective au Maroc, mais qui risque de se perdre si l’on ne renforce pas les outils et les méthodes pour organiser et transmettre cette intelligence.

On a aussi des programmes de formation et de vulgarisation dans des communes et des provinces. On a d’ailleurs un partenariat avec le gouverneur de la province de Rhamna, Aziz Bouignane, qui fait preuve d’un leadership exceptionnel. On a formé avec lui un cercle de formation-action avec des cadres de la province pour essayer d’implémenter ces méthodes et ces concepts d’intelligence collective par des formations, mais aussi par un accompagnement sur le terrain.

Il y a donc différentes méthodes par le biais desquelles l’Ecole de l’intelligence collective accompagne les acteurs dans les entreprises, les communes et les ONG, pour mettre en œuvre ces méthodes et ce nouveau modèle de gouvernance pour le pays.

Il très important de souligner que le Maroc n’est pas en train de copier-coller un modèle venu d’ailleurs. Au contraire, il est en train d’inventer son propre modèle de gouvernance.

- Le Maroc se dirige vers un modèle de régionalisation avancée. Comment implémenter cette intelligence collective dans les territoires ?

- C’est une question très importante. On voit que les méthodes de politique publique qui fonctionnent très bien à Tanger marchent moins bien à Rhamna, à Fès ou à Oujda. Il faut donc avoir une approche diversifiée et hétérogène de la gouvernance. Autrement dit, à chaque fois que l’on cherche à élaborer un plan d’action pour une région, il faut que les citoyens participent aux différents stades de ce processus de planification régionale ou communale, mais de façon intelligente et appropriée ; parfois à travers une campagne de porte-à-porte, en se rendant au souk, dans une maison de jeunes...

Il y a différentes méthodes de consultation pour susciter la participation du public. Dans certaines régions, les consultations digitales vont très bien marcher, tandis que dans d’autres, celles qui ont moins accès à internet notamment, il faut opter pour le face-à-face. Il y a donc toute une boîte à outils pour faire participer les citoyens.

Pour revenir à votre question sur la démocratie participative, je crois qu’il très important de souligner que le Maroc n’est pas en train de copier-coller un modèle venu d’ailleurs. Au contraire, il est en train d’inventer son propre modèle de gouvernance.

Dans ce sens, la monarchie confère une stabilité très importante ; elle a une grande vision pour le pays et offre un espace à la participation et à la co-construction. Cette démarche de régionalisation et de décentralisation est fondamentale et très importante pour libérer l’intelligence collective qui existe dans ce pays, afin de résoudre les problèmes les plus complexes, comme la pénurie d’eau.

On parle de développement économique de nos régions et de problèmes environnementaux ; ce sont des problèmes pour lesquels il faut des stratégies et non pas une stratégie, qui soient complémentaires et régionalisées.

Pour cela, je crois que la CSMD et nos méthodologies de consultation seront un modèle et une source d’inspiration. Il y a aussi des projets avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui accompagnent les différentes régions du nord du Maroc. Sur la consultation des jeunes, il y a l’Open Government Partnership, dont le Maroc est membre. Bref, il y a beaucoup d’initiatives qui commencent à prendre forme pour tester et expérimenter ces méthodes de participation citoyenne.

Je suis convaincu que le Maroc ne reproduira pas les mêmes erreurs que les Etats-Unis, par rapport à son modèle élitiste. Ce modèle américain est désormais en chute libre, parce que l’on a deux partis politiques qui ont le monopole de la gouvernance du pays. Le Maroc ne va pas répéter cette erreur ; il va créer son propre modèle. Je suis convaincu que le Maroc, d’ici 30 ans, sera plus démocratique que les Etats-Unis.

- Les Conseils supérieurs à caractère consultatif sur des domaines variés se multiplient au Maroc. Certains considèrent qu’ils peuvent restreindre les prérogatives des institutions démocratiques représentatives. Qu’en pensez-vous ? 

- Je pense qu’il faut insister sur le mot représentatif. Lorsque l’on regarde le modèle des pays occidentaux, on s’imagine que la représentation se fait exclusivement via les élections, qu’il faut des partis politiques et des élections pour être représenté dans la politique. Or ce n’est pas le cas.

On a aussi un système de jury par exemple, où les membres d’un jury aux Etats-Unis ou en France sont tirés au sort. Le tirage au sort, c’est-à-dire le fait de constituer une représentation par échantillon représentatif, qui était le mécanisme central de la première démocratie à Athènes, s’impose de plus en plus comme un modèle alternatif de représentation de nos jours. C’est ce que l’on appelle les assemblées citoyennes.

Ce modèle de tirage au sort a très bien fonctionné en Irlande. Ce pays s’est retrouvé dans une crise politique en 2008-2009. Certaines questions relatives à l’avortement et au mariage étaient bloquées, paralysées dans le système politique. Le Parlement irlandais a donc délégué certains pouvoirs à une convention citoyenne tirée au sort.

Ces citoyens tirés au sort ont travaillé ensemble avec des ressources et des indemnités du gouvernement, ainsi qu’un accès à des experts techniques. Ils ont produit un certain nombre de recommandations qui ont par la suite été validées par un vote national. C’est donc un modèle très intéressant, alternatif au modèle des élections et des partis politiques. Et si je ne me trompe pas, les Marocains ne sont pas tout à fait confiants concernant ce système de partis politiques.

Il y a une volonté de participer au Maroc, mais il n’y a pas suffisamment de structures et de canaux de participation. Il faut les construire.

On peut avoir des assemblées citoyennes pour les grandes questions aux niveaux communal, régional et national. Le citoyen marocain peut être représenté par un groupe de marocains représentatifs ; des personnes jeunes et moins jeunes, des hommes et des femmes, des personnes avec différents parcours intellectuels, différents niveaux d’éducation et de revenus.

C’est ce que l’on appelle des "mini publics", des petits miroirs de la population qui sont aussi une façon de représenter le grand public. Surtout avec ce modèle où les assemblées citoyennes font des propositions, suivies de référendums qui sont de grands moments de validation à large échelle des propositions de ces citoyens.

Pour résumer, je pense que le modèle d’assemblée citoyenne est un modèle très intéressant à développer au Maroc, on l’a vu avec la CSMD. Il y a une volonté de participer au Maroc, mais il n’y a pas suffisamment de structures et de canaux de participation. Il faut les construire.

Avec le CESE et les différents ministères, notre école est en train d’accompagner la mise en œuvre de ces nouvelles structures de participation citoyenne. On se rendra compte que cette intelligence collective existe déjà au Maroc ; il faut juste l’inviter et la structurer.

- Comment développer ces nouveaux mécanismes de gouvernance à l’échelle d’un état afin qu’ils traduisent justement l’intelligence collective de tout le peuple ?

- Il faut trois conditions. D’abord, un moment opportun, c’est-à-dire une crise. Il faut un moment où tout le monde se rend compte que les choses doivent changer. Avec ce processus de consultation pour le Nouveau Modèle de développement, on a vu qu’il y avait plein de problématiques urgentes à attaquer, qui nécessitent un nouveau modèle de gouvernance. On parle de la problématique de l’eau, de la démographie, de l’éducation, etc.

La deuxième condition, c’est le leadership. On l’a déjà vu avec le grand appel à participation lancé par le Roi : le leadership commence au plus haut niveau de l’Etat marocain.

On voit désormais de plus en plus de ministres et de gouverneurs qui pratiquent ce leadership. Car on ne peut pas gouverner de la même manière qu’il y a vingt ou même cinq ans. Il faut gouverner autrement, inventer, construire des partenariats et des collaborations. Il faut s’appuyer sur l’intelligence qui existe dans les territoires marocains. Il ne faut pas juste dicter les choses ; il faut inviter et co-construire des choses.

Avec l’université, avec la CSMD et ce qui se passe à l’international, les modèles existent, on ne partira pas de zéro. Mais il faut cette deuxième condition qu’est le leadership.

La troisième condition, c’est un mouvement de masse. Des millions de Marocains doivent être conscients qu’un modèle de gouvernance participative est possible. Lorsque j’échange avec des amis et collègues marocains, ils disent que la politique, c’est sale, frustrant et corrompu. Bien sûr qu’il y a une certaine vérité dans tous ces constats, dans toute cette habitude pessimiste et fataliste selon laquelle rien ne peut changer. La politique, c’est pour "les autres" ; moi je reste concentré sur mon travail et ma famille. Mais être citoyen, c’est aussi une responsabilité.

Cette prise de responsabilité est fondamentale ; celle de dire que la politique peut produire le changement mais qu’il faut que des millions de personnes s’engagent pour réclamer ces changements, dire qu’elles veulent participer, qu’elles veulent des canaux de participation, des assemblées citoyennes, des budgets participatifs.

Ce sont des canaux à construire, mais pour cela il faut des crises, et au Maroc, des crises, on en a suffisamment. Il y a aussi des personnes qui résistent à ces nouveaux modèles de gouvernance. Il faut donc encore plus de leaders et des millions de citoyens qui veulent innover et participer à ces nouvelles structures. Voici les trois conditions nécessaires pour changer le pays.

Une personne, un parti politique ou une élite formée dans les meilleures écoles ne résoudront pas ces problèmes. Il faut une intelligence distribuée, organisée et agrégée pour faire face à ces difficultés.

- Y a-t-il une démocratie ou des démocraties ? Y a-t-il un modèle idéal ou plusieurs ? Comment la démocratie peut-elle s’adapter aux systèmes social, culturel et de gouvernance d’un pays ?

- Il y a une grande confusion à propos du mot "démocratie". De nos jours, c’est un mot très galvaudé.

La démocratie est un concept tout simple, inventé par les Athéniens au VIe siècle avant notre ère. C’est l’idée que le peuple est intelligent et qu’il peut participer à la prise de décision, se gouverner. Kratos signifie le pouvoir, et demos le peuple. Le pouvoir est donné au peuple pour se gouverner.

On ne vit pas dans des démocraties, ni en France, ni au Maroc, ni aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie, c’est une république. La France n’est pas une démocratie, c’est une république. Le Royaume-Uni non plus n’est pas démocratie, c’est un système hybride, à la fois monarchie et république.

La république est un système où l’on organise des élections et où le peuple délègue son pouvoir à une classe ou à une élite qui gouverne. C’est le modèle romain. On associe souvent république et démocratie alors que ce sont deux choses très différentes.

La démocratie reste à inventer de nos jours. On commence toutefois à voir des pépites démocratiques, en France par exemple, avec la Convention citoyenne pour le climat. Au total, 150 citoyens ont été tirés au sort pour proposer un projet de loi, discuté après par l’Assemblée nationale, qui a abouti à une loi très intéressante sur le climat en 2020.

La démocratie représentative résiste donc à cette démocratie délibérative et participative parce que les systèmes politiques actuels résistent au changement. Les personnes qui profitent des systèmes actuels ne veulent pas que cela change. Mais c’est la complexité de nos problèmes qui pousse au changement.

Une personne, un parti politique ou une élite formée dans les meilleures écoles ne résoudront pas ces problèmes. Il faut une intelligence distribuée, organisée et agrégée pour faire face à ces difficultés.

C’est ce que l’on a vécu avec le vaccin contre le Covid. Le vaccin n’est pas le produit d’un gouvernement ; il est le fruit d’un partenariat entre le gouvernement, les grandes entreprises pharmaceutiques et les chercheurs qui ont dû collaborer de façon très étroite et urgente. Il a été produit en neuf mois seulement. Et pour vacciner les populations vulnérables, il a fallu des partenariats avec des associations locales et des milliers de bénévoles. En voilà de l’intelligence collective !

Ces collaborations et ces partenariats sont possibles mais il faut le vouloir et savoir les organiser. Pour moi, la démocratie est un idéal ; ce n’est pas quelque chose qui existe, mais qui peut exister. On voit qu’avec les modèles en Irlande, en France et au Maroc, avec la commission spéciale, on commence à avoir une démocratisation.

Mais ce n’est pas le copier-coller d’un système américain ou d’un système français, parce que ce sont des systèmes élitistes républicains et non pas démocratiques. Les citoyens aux Etats-Unis participent une fois par an à des élections. Ce n’est pas une démocratie. Ce que l’on est en train de construire au Maroc, c’est un système où le citoyen peut participer toute l’année.

Je crois qu’il n’est pas obligatoire que chaque personne participe à toutes les consultations. Ce qui est possible en revanche, c’est que l’on ouvre les portes pour que les différentes sources d’expertise et les talents puissent participer là où ils peuvent apporter le plus à la société.

C’est une grande opportunité de construire un modèle de démocratie marocaine, un modèle qui n’existe pas à l’heure actuelle mais qui est en train de naître, Incha’Allah.

- Lex Paulson, vous êtes l’auteur d’un livre intitulé Cicero and the people’s will : philosophy and power at the end of the Roman Republic. Il a été publié très récemment chez Cambridge University Press. Parlez-nous en !

- Je parlais auparavant de démocraties et de républiques, et en quoi il s’agit de deux modèles très différents alors qu’on les confond tous les jours. La théorie qu’une élite éduquée doit gouverner n’est pas tombée du ciel. Elle a été inventée par les Romains, plus précisément par Cicéron. C’était un sénateur, un écrivain et un orateur, peut-être le meilleur orateur de toute l’histoire de l’Antiquité.

Cicéron est né à la fin de la République romaine, qui a conquis le monde mais a perdu sa propre liberté dans des guerres civiles. Dans mon livre, j’explique dans quelle mesure Cicéron a inventé l’idée d’une république souveraine et élitiste. Il s’est appuyé sur Platon et la philosophie grecque, avec ce mot, volontas, ou "volonté", qui était pour lui la pierre angulaire d’un système dans lequel la volonté du peuple s’exprimait une fois par an, lors des élections. Il devient un peu l’esprit qui légitime ce système élitiste, gouverné par un sénat.

La république de Cicéron est morte lors de guerres civiles, mais son système et ses idées ont été repris au XVIIIe siècle par les pères fondateurs des républiques américaines et françaises, donnant lieu au modèle élitiste de gouvernance que l’on connaît de nos jours. Enfin, on vit dans le monde de Cicéron : le monde des peuples "souverains" qui ne participent pas, gouvernés par des "experts".

La conclusion de ce livre, c’est que Cicéron a eu recours à une grande créativité pour inventer ce modèle. On a besoin de cette même créativité actuellement pour réinventer et dépasser les angles morts de ce modèle élitiste, et ainsi inventer un modèle proprement dit d’intelligence collective.

Entretien (1/2). Lex Paulson : “Le Maroc deviendra un leader international de l’intelligence collective”

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