Tourisme : le Maroc présent en force à Berlin pour reconquérir le marché allemand
À la veille de la tenue du plus grand salon mondial du voyage et du tourisme, Médias24 a sollicité un expert du marché allemand pour analyser la baisse croissante de ses arrivées depuis 2017, et évoquer les solutions possibles.
Après trois éditions annulées en raison de la pandémie, une importante délégation composée de membres de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), de la Confédération nationale du tourisme (CNT) et de nombreux opérateurs, sera présente à l’ITB Berlin, pour promouvoir la destination Maroc confrontée à une baisse croissante de ses arrivées allemandes depuis six ans. Le plus grand salon mondial du voyage et du tourisme qui se tiendra à Berlin du 7 au 9 mars devrait en effet rassembler plus de 10.000 exposants issus de 180 pays.
"La période du Covid a aggravé la désaffection du marché allemand entamée en 2017"
Fin connaisseur de ce marché, le directeur du conseil provincial du tourisme de la ville de Ouarzazate, Zoubir Bouhoute, s'attend à une présence massive des institutionnels (offices du tourisme, membres des secteurs privé et associatif), mais aussi d’hôteliers, de voyagistes et de prestataires de services qui tâcheront de multiplier les commandes auprès des T.O allemands et des prescripteurs de voyages pour inverser la tendance à la baisse qui s'éternise.
"Ce salon sera l’occasion parfaite de redoubler d’efforts pour tenter de récupérer cet important marché européen qui est en déperdition depuis 2017.
En effet, le nombre des nuitées allemandes était resté quasiment stable entre 2017 et 2019 (1.745.127 en 2017 ; 1.872.527 en 2018 ; 1.745.560 en 2019), alors que celui des nuitées totales, toutes nationalités confondues, avait sensiblement augmenté en passant de 22,1 millions en 2017 à 25,24 millions en 2019, soit un fort taux de croissance à 2 chiffres qui avait culminé à 14,22%", constate, amer, Zoubir Bouhoute.
Après quoi la période du Covid qui avait impacté l'ensemble des marchés étrangers traditionnels n’a fait qu’aggraver la tendance baissière entamée en 2017, déplore notre interlocuteur.
Ainsi la régression générale due à la crise sanitaire avait été beaucoup plus forte au niveau de ce marché en 2020 (-81%), contre seulement -72% concernant le volume global des nuitées étrangères.
S’appuyant sur les chiffres officiels de l'Observatoire national du tourisme, Zoubir Bouhoute a mis en exergue le fait que si en 2021, les nuitées totales avaient progressé de 32% par rapport à 2020, celles en provenance d’Allemagne avaient régressé de -79%, soit un recul total des nuitées allemandes de -96% par rapport à celles de 2019.
Une baisse inexorable qui s’est traduite par un très faible taux de récupération des nuitées germaniques limité à 3,97% en 2021 par rapport à 2019, contre un taux de récupération global de 36,42% de toutes les nuitées étrangères pour la même période.
"Renforcer la connectivité aérienne"
Face à ce constat observé depuis trois ans, l’ONMT et la CNT ont donc multiplié les actions communes pour essayer de doubler le flux touristique allemand en diversifiant leurs partenariats avec les prescripteurs de voyages.
A titre de comparaison, en 2022 ce marché avait drainé 5,3 millions de touristes en Espagne, 3,7 millions en Italie, 2,8 millions en Turquie, 2 millions en Croatie et enfin à peine 171.000 arrivées allemandes au Maroc durant l'année écoulée contre plus du double en 2019 soit 413.000 visiteurs.
Par conséquent, le renforcement de l’offre aérienne, avec davantage de transporteurs (lignes régulières et charters) pour le desservir, était devenu une vraie priorité.
"Pour la saison 2022-2023, une offre de 555.194 sièges aériens a été injectée, soit une croissance de 25% par rapport aux 445.407 sièges de la saison 2019-2020, avec des routes aériennes qui desserviront Casablanca, Marrakech, Agadir, Tanger, Fès, Nador et Oujda avec des vols en provenance de Berlin, Francfort, Düsseldorf, Baden-Baden et Cologne", rappelle Zoubir Bouhoute.
Un effort qu'il juge toutefois encore insuffisant compte tenu de l’énorme potentiel inexploité d'un marché qui a généré pas moins de 46.5 millions de voyages à l'étranger en 2022 contre 55,1 en 2021.
Multiplier les campagnes de promotion
Conscients de l’importance de ce marché dont les clients allemands ont réservé plus de la moitié (51%) de leurs voyages organisés dans des agences de voyages et via des tour-opérateurs, les opérateurs marocains ont développé une politique mettant l'accent sur les relations publiques et les campagnes digitales tout en renforçant leur présence sur les salons B to C et dans les grands médias allemands.
En parallèle et afin de stimuler la demande allemande, l’ONMT et la CNT ont mis en place un tableau de bord intitulé "ToolBox Taskforce German Market".
Un outil très utile sachant qu'il reprend les principales caractéristiques du premier marché émetteur en Europe, dont la structure démographique et la proximité avec le Maroc contribueront à résoudre la problématique de la saisonnalité, qui continue de fragiliser l’activité de plusieurs destinations marocaines.
"Augmenter l’offre d’hébergement hôtelière"
"Enfin, les professionnels devront proposer des offres régionales d’hébergement suffisantes pour être en mesure de répondre aux exigences de capacités litières des 2.300 tour-opérateurs allemands qui, dans leur grande majorité, ne s’engagent pas dans des destinations qui comptent moins de 40.000 lits", indique notre interlocuteur.
"S’il est vrai que les destinations culturelles de Marrakech ou balnéaires d’Agadir-Taghazout disposent de tailles critiques acceptables et nécessitent surtout de rénover certaines structures hôtelières vétustes, les régions de l’Oriental et de Tanger-Tétouan-Al Hoceima gagneraient à présenter des capacités d’hébergement suffisantes pour séduire des tour-opérateurs aux visées quasi industrielles."
Optimiste, Zoubir Bouhoute avance qu'en remplissant toutes les conditions précédemment énoncées, le Maroc devrait parvenir à développer ce marché encore trop largement inexploité à l’horizon 2027 ou, au plus tard, en 2028.
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