Les agriculteurs préoccupés par l'indisponibilité et la cherté des engrais azotés
L'accalmie des cours des engrais azotés sur les marchés internationaux n’a pas eu de répercussions significatives au niveau national. Les agriculteurs paient très cher un intrant agricole indispensable à la bonne tenue et au rendement des cultures. Du moins, quand ils le trouvent.
Essentiels à la production d’oléagineux et de blé tendre, les engrais azotés atteignent actuellement des prix exorbitants, et leur disponibilité n’est pas toujours garantie. Les tarifs de ces engrais élaborés à partir de gaz naturel, une ressource stratégique qui pèse plus de la moitié de leur coût de production, a connu une hausse vertigineuse depuis 2020.
En cause, les problèmes d'approvisionnement liés d'abord à la crise sanitaire, puis à la guerre en Ukraine, qui ont eu un effet négatif sur le prix et la disponibilité de ces intrants agricoles ; principalement l’ammonitrate et l’urée 46, dont les tarifs ont quasiment triplé. Les fabricants d’engrais azotés ont, pendant une certaine période, diminué leurs productions en réaction à l’envolée des prix du gaz naturel.
Or, le prix de la solution azotée a connu une baisse ces derniers mois. Baisse qui ne se répercute pas sur le marché national. “Les engrais azotés sont devenus inaccessibles aux petits agriculteurs”, déplore Abdellatif Houmadis, agriculteur dans la région de Safi, où il cultive de l’orge et des oliviers notamment. “Le quintal d’urée 46 dépasse les 1.000 DH.”
Dans la région de Marrakech, un autre agriculteur tempère: "Le prix de l’urée est cette semaine de 920 DH/quintal.” Cependant, il tient à rappeler que ces prix peuvent varier selon les régions de 20 à 30 DH, du fait des frais de transport.
"Les spéculateurs participent à la hausse des prix"
Lors de la précédente campagne agricole, la hausse des prix des engrais azotés était corrélée à celle du gaz. Mais la légère baisse des tarifs de la solution azotée dans plusieurs pays n’a pas impacté de la même manière le marché national. Quelle en est la raison ?
Selon plusieurs acteurs du secteur agricole, cette hausse des tarifs est principalement due aux spéculateurs. “Certains opérateurs achètent et stockent des quantités importantes d’engrais azotés”, explique un ingénieur agronome.
Et d’ajouter : “Ils ne les mettent en vente qu’à partir du moment où la demande est importante, notamment en janvier et février, et plus particulièrement quand il pleut, afin de les vendre au prix fort.” Au regard de l’importance des engrais azotés dans le rendement des cultures, certains agriculteurs n’ont d’autres choix que de suivre la tendance haussière des prix, “mais encore faut-il le trouver”, s’insurge Abdellatif Houmadis.
Lors du lancement de la campagne agricole, le 19 octobre 2022, le département de l’Agriculture avait assuré que, pour les engrais azotés importés, “la situation d’approvisionnement sera suivie de près au cours de la campagne, sachant que ces fertilisants sont utilisés particulièrement après la levée des cultures vers janvier et février”. Interrogé sur les raisons du manque de disponibilité des engrais azotés, le ministère de l’Agriculture n'a toujours pas réagi.
En l'absence d'engrais azotés, les agriculteurs utilisent de plus en plus les engrais blends (NPK) qui apportent également les besoins nutritifs nécessaires à la croissance des plantes. Leurs prix n’ont pas connu de progression importante en raison de leur faible teneur en unités d’azote (15), en comparaison aux engrais azotés (33).
Toutefois, cette solution présente quelques inconvénients majeurs, dont des pertes en termes de rendement. "En utilisant les engrais azotés dans les cultures céréalières, une graine peut donner quatre ou cinq épis”, nous apprend Ilyas Lakhdar, ingénieur agronome. “En l’absence de ces intrants, le tallage n’est pas favorisé et la graine ne donne qu’un seul ou deux épis, même si les engrais blends sont épandus.”
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