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Mercato d’hiver : Lekjaâ signe la fin de l’anarchie financière

Le président de la FRMF a décidé de frapper fort en lançant une grande opération d’assainissement des clubs marocains. Ces derniers se verront refuser toute transaction tant qu'ils n’afficheront pas une situation financière saine. Résultat : seuls quelques-uns d'entre eux sont aujourd’hui autorisés à faire leurs emplettes dans ce mercato d’hiver qui s’annonce très froid.

Ph. MAP

Mercato d’hiver : Lekjaâ signe la fin de l’anarchie financière

Le 25 janvier 2023 à 14h43

Modifié 25 janvier 2023 à 17h44

Le président de la FRMF a décidé de frapper fort en lançant une grande opération d’assainissement des clubs marocains. Ces derniers se verront refuser toute transaction tant qu'ils n’afficheront pas une situation financière saine. Résultat : seuls quelques-uns d'entre eux sont aujourd’hui autorisés à faire leurs emplettes dans ce mercato d’hiver qui s’annonce très froid.

Cela fait plusieurs années que le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) essaie d’imposer le blocus aux clubs qui traînent de lourdes ardoises, mais sans résultat. Fouzi Lekjaâ finissait toujours par accepter des compromis pour accompagner les clubs dans leur évolution.

Cette année, après l’exploit des Lions de l’Atlas au Mondial et le prestige que cela a procuré au football marocain, le président de la fédération a décidé de serrer la vis et de ne rien concéder. Pour ce mercato d’hiver, qui s’est ouvert début janvier, la FRMF a signifié aux clubs les conditions pour pouvoir prétendre entrer sur le marché des transferts : avoir une situation financière saine. Sans quoi, aucune transaction ne sera acceptée.

Une condition qui place la majorité des clubs du pays dans une situation de blocage, dont de grands clubs comme le Raja, le Wydad… De grands clubs par leur histoire, leur public, mais qui affichent des bilans déficitaires, avec des litiges cumulés qui se comptent en milliards.

Les conditions à remplir pour entrer sur le marché

Cette année, les conditions posées par la fédération sont claires et aucune concession ne sera accordée. Selon un membre fédéral, ces exigences sont simples. Un club qui veut entrer sur le marché des transferts doit d'abord démontrer à la commission de contrôle des finances qu’il est à jour, à date du 31 décembre, sur la paie des salaires, des primes de match et des primes de signature de ses joueurs.

Deuxième condition : le club doit solder tous les litiges qui traînent aussi bien au Maroc qu’à l’international, auprès de la FIFA ou du Tribunal arbitral du sport (TAS, sis à Lausanne). Bien sûr, seuls les jugements finaux sont concernés.

Une fois ces conditions réunies, s'il désire effectuer des transferts ou recruter de nouveaux joueurs, le club doit donner à la fédération des garanties sur sa capacité à honorer ses engagements financiers (salaires, primes…) d’ici la fin de la saison.

Objectif affiché par la fédération : en finir avec l’anarchie qui régnait jusque-là et déclencher ainsi une grande opération d’assainissement sur le plan financier des clubs marocains.

"Si on veut développer le foot national, il faut passer par cette étape. Un club ne peut pas évoluer sans un bilan financier sain. Nous avons ouvert le chantier de transformation des clubs en SA. Tous ont répondu à cette exigence et ont créé des sociétés anonymes. L’objectif de cette démarche était de pouvoir attirer des investisseurs privés dans l’économie du foot, mais en l’état actuel des choses et avec les déséquilibres flagrants et les dettes accumulées par les clubs, cet objectif devient impossible. Aucun investisseur censé n’acceptera de prendre des participations dans une structure mal gérée, qui traîne de lourdes dettes, des litiges financiers...", explique notre source.

Et d’ajouter : "Il est vrai que ces exigences vont empêcher plusieurs clubs d’effectuer des transferts, de renforcer leurs effectifs, mais c’est un mal nécessaire. La fédération a été tolérante par le passé, mais nous ne pouvons pas continuer comme cela si nous voulons progresser, surtout après le grand sacre de l’équipe nationale qui a mis tous les radars sur le Maroc."

Les clubs de Rabat et les autres…

Période habituellement chaude et mouvementée, ce mercato d’hiver, qui sera clos le 31 janvier, est jusque-là morose.

Les exigences posées par la fédération ont montré que seuls trois clubs sont en situation d'assurer des transferts. Il s’agit du FUS, de l’AS FAR et de l’équipe de Touarga, toutes des équipes de Rabat.

"Ces trois clubs sont structurés, bien gérés. C’est un modèle dans la gestion financière, qui doit être généralisé à tous les clubs", commente notre source.

Pour le reste, c’est le blocage total. Mais si certains clubs se sont résignés faute de moyens, d’autres se sont lancés dans une course contre la montre pour régler leur situation financière. C’est le cas du Wydad de Casablanca, du Raja, ou encore de l’Ittihad de Tanger.

Les deux premiers clubs de Casablanca sont engagés sur plusieurs fronts : la Botola, la Coupe du Trône, mais aussi la Champions League africaine et bientôt la Super League africaine. Et ont besoin de renforts. Ils n’ont donc d’autres choix que de régler leur passif pour pouvoir renforcer leur effectif et être en capacité de gérer ces différentes échéances nationales et continentales.

L’équipe de Tanger est également tenue d’entrer sur le marché. Avec deux points récoltés en 14 matchs (ou sur 42 points possibles), le dernier du classement de la Botola Pro 1 s’est lancé dans une grande opération d’assainissement de son passif pour pouvoir éviter la relégation en deuxième division.

Mais à l’heure où ces lignes sont écrites, seul le WAC, nous apprend notre source, a pu remplir ses différentes obligations il y a deux jours à peine. Pour le reste des équipes, des efforts sont en cours pour sortir de ce blocage.

A l'exemple du Raja qui, en plus des injections de liquidités de son président, l’homme d’affaires Aziz Badraoui, a lancé une opération de crowdfunding – une première au Maroc – faisant appel aux dons de ses supporters, de ses fans et de ses sympathisants. Objectif : lever 20 millions de dirhams d’ici la fin du mois pour aider le club à régler son lourd passif et obtenir le visa de la fédération pour réaliser des transferts.

Valorisation du marché : fin de l’inflation et retour à la normale

A noter que le blocage au niveau du mercato ne s’applique pas qu’aux équipes seniors, mais à toutes les sections : foot féminin et futsal sont aussi concernés. Et s’étend également aux opérations habituelles de prêt de joueurs entre clubs.

"En fait, un club qui ne répond pas aux exigences financières de la commission de contrôle des finances n’a pas le droit d’enregistrer de nouveaux joueurs au niveau de la fédération. Le club peut prendre un nouveau joueur s’il le veut, mais il ne pourra pas l’enregistrer au niveau des listes de la fédération. Cela s’applique à tous les cas de figure : nouveau recrutement, prêt, voire renouvellement du contrat d’un joueur qui évolue déjà dans le club", explique notre source.

En serrant la vis et en n'accordant aucune dérogation, même aux clubs qui représentent le pays sur le plan continental, Fouzi Lekjaâ est décidé à en finir avec la mauvaise gestion financière qui caractérise le football national. Une manière de reculer d’un pas pour mieux avancer vers l’avenir. Autre conséquence immédiate : la fin de l’inflation sur le marché.

Exit les sommes astronomiques de transfert que l’on a connues durant l’été dernier, le marché de ce mois de janvier est revenu à plus de raison. Explication : la demande a faibli, et les clubs savent qu’ils ne peuvent plus s’aventurer dans des contrats coûteux impossibles à honorer juste pour plaire à leur public.

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