Campagne céréalière 2022-2023. Les pluies sont fébrilement attendues
À quelques semaines du tallage, l’une des phases de croissance des céréales, l’absence de précipitations n’invite pas à l’optimisme, en dépit des pluies enregistrées en décembre 2022.
Accompagnée d'attentisme et d'inquiétude lors de son lancement effectif en novembre 2022, cette campagne a connu un regain d’optimisme grâce aux précipitations enregistrées fin décembre dans les régions de Fès-Saïss et du Gharb, où les céréales sont dominantes.
Néanmoins, les dizaines de millimètres de précipitations enregistrées sont loin d'être suffisantes. L’absence de pluie pendant le mois de janvier pourrait avoir des effets néfastes sur le rendement des cultures céréalières d'automne. Explications.
Des précipitations insuffisantes
Selon la Direction régionale de l'agriculture (DRA) de Fès-Saïss, la superficie emblavée a atteint 463.720 ha, dont 10.920 ha irrigués. Ces cultures sont réparties entre :
- le blé dur : 105.210 ha ;
- le blé tendre : 253.710 ha ;
- l’orge : 104.800 ha.
La province de Sefrou, où le ministère de l’Agriculture a procédé au lancement de la campagne céréalière, accapare près de 10% (44.150 ha) de la superficie cultivée dans la région de Fès-Saïss. D’après la Direction provinciale de l’agriculture (DPA) de Sefrou, 96,2% du programme prévisionnel (44.550 ha) a été réalisé dans la province :
- blé tendre : 18.600 ha ;
- blé dur : 13.000 ha ;
- orge : 12.950 ha.
A la faveur des précipitations enregistrées fin 2022, les céréales ont pu être semées à temps. Et à l’image de la région de Fès-Saïss, aucune pénurie de semences n’a été constatée dans la province de Sefrou. “Les semences certifiées étaient disponibles en quantité suffisante et ont été distribuées par la Sonacos au niveau des points de vente répartis sur l'ensemble de la province”, précise à Médias24, Mohammed Amraoui, adjoint du directeur à la DPA de Sefrou et chef de service de la mise en œuvre des projets.
Toutefois, ce dernier déplore l’insuffisance des précipitations. “Les pluies de décembre ont été bénéfiques aux céréales d'automne, mais il y a encore un manque à gagner important de l’ordre de 24% par rapport à la moyenne de la dernière décennie, et de 8,4% par rapport à l’année dernière”, souligne-t-il. Et de préciser que l'état végétatif des céréales en est à la phase de la poussée, celle qui intervient avant le tallage, au mois de février. “D’ici là, il faut qu’il pleuve, car c’est un moment charnière”, assure notre interlocuteur.
Sans pluie, pas d'engrais azotés
Un avis partagé par Abdelmoumen Guennouni. L’ingénieur agronome confirme que “chaque phase de la croissance des céréales est cruciale”. L’état végétatif des céréales passe effectivement par plusieurs étapes, liées les unes aux autres :
- la germination ;
- la croissance de la plantule ;
- le tallage ;
- l’élongation de la tige ;
- le gonflement ;
- l’émergence de l’inflorescence ;
- la pollinisation ;
- les stades laiteux puis pâteux ;
- la maturation.
Si les précipitations sont fébrilement attendues par les agriculteurs, c’est parce que la croissance de la plantule et le tallage dépendent de “l’irrigation et des engrais azotés qui doivent être assurés de façon régulière en ce mois de janvier”, explique M. Guennouni. Plus il y aura d'engrais azotés et de l’eau, plus le tallage se déroulera dans de bonnes conditions.
“Dans le cas où des précipitations sont enregistrées au début de la campagne, mais qu’après il y a une insuffisance de pluie, les agriculteurs ne pourront pas apporter les engrais azotés à la plante, car sans elle, ces engrais seront inopérants ou peuvent brûler les jeunes plantules”, poursuit-il.
Le tallage des céréales est un phénomène naturel qui permet d’obtenir plusieurs tiges à partir d’une seule. C’est la quatrième étape après les semis, la germination et la levée. Plus il y aura de talles, plus il y aura d’épis et de grains de blé. "Généralement, elles varient de 5 à 6 talles pour le blé. Si les talles trouvent suffisamment d’alimentation, elles vont continuer à grandir et à croître", indique M. Guennouni.
Pour lui, la campagne est mal partie à cause du retard des précipitations. "En plus, la campagne actuelle intervient après deux ou trois années de stress hydrique. Donc, la sécheresse du sol est profonde, et les pluies enregistrées se sont vite réparties dans le sol, mais pas en profondeur."
Résultat, le sol s’est rapidement asséché. "Actuellement, la plupart des agriculteurs de la Chaouia et plus au sud ne vont pas mettre d’engrais azotés, car il n’y pas de pluie et leurs prix sont élevés", avance l'ingénieur agronome.
Cela risque d’avoir un impact négatif sur la campagne. "Surtout que la météo ne semble pas favorable aux céréales lors des dix prochains jours. Tout cela remet en question le déroulement de la croissance du blé jusqu’au tallage et au-delà”, prévient notre interlocuteur, insistant sur le fait que prochainement, "il va falloir effectuer le désherbage".
“Le désherbage chimique est normalement effectué avant les engrais de couverture, car il ne sert à rien de donner des engrais à de mauvaises herbes qui seront éliminées par la suite. Mais des fois, il y des circonstances qui obligent les agriculteurs à ne pas respecter cet ordre”, conclut M. Guennouni. Il se pourrait que ce soit le cas cette année.
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