Voici les implications de la chute de la place de marché des cryptomonnaies FTX au Maroc

| Le 15/11/2022 à 15:11
La deuxième plus grande place de marché des cryptomonnaies au monde a déposé le bilan le 11 novembre. Selon Badr Bellaj, spécialiste de la Blockchain, la plateforme FTX était utilisée par de nombreux investisseurs marocains. Cet événement risque d'accroître la méfiance et le besoin de transparence de la Banque centrale autour d'un éventuel usage des cryptomonnaies au Maroc, et de ralentir l’arrivée de nouveaux investisseurs dans le domaine.

L'univers des cryptomonnaies a été fortement bouleversé ces derniers jours. FTX, l’un des acteurs prépondérants du secteur, a déposé le bilan le 11 novembre, après une déroute éclair. En cause, les révélations de la presse qui mettaient en exergue une très mauvaise gestion et les investissements dans des cryptoactifs émis par FTX dans des montages financiers hasardeux de la part de son fonds Almadea Research.

Mais cette faillite, qui a fait plonger le Bitcoin et l’Ether de plus de 20% en l’espace d’une semaine, aura-t-elle un impact au Maroc, tant sur la législation qu'auprès des investisseurs ?

Le régulateur risque de devenir encore plus prudent

La Banque centrale avait annoncé, lors du point de presse du 23 mars 2021, que le Maroc s’inscrivait dans le débat mondial avec la création d’un comité institutionnel en charge d’évaluer les risques et les bénéfices des cryptomonnaies.

Plus récemment, au mois de juillet, Bank Al-Maghrib (BAM) a reçu Changpeng Zhao, le PDG de Binance, la plus grande place de marché de cryptomonnaies au monde. Le gouverneur de la Banque centrale avait précisé qu'un avant-projet de loi était en cours d'élaboration. "Ce travail est fait sur la base d’un benchmark des autres banques centrales, et avec le soutien technique de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international", avait-t-il précisé. Néanmoins, le wali de Bank Al-Maghrib, conservait une approche encore très prudente envers ces actifs, n’omettant pas de souligner leur nature "spéculative".

Avec la faillite de FTX, la nouvelle donne pourrait ralentir l’avancement réalisé jusque-là. C’est tout du moins l’avis de Badr Bellaj, fin connaisseur des cryptomonnaies et spécialiste de la technologie Blockchain. "Le premier impact de cette faillite sera probablement pris en compte par le régulateur marocain, Bank Al-Maghrib. En effet, ils travaillent sur les aspects réglementaires autour des cryptomonnaies à travers les autorisations aux opérateurs. Comme cela pourrait être le cas pour un acteur comme Binance. C’est une vision très logique. Mais là, voir le second plus grand marché faire faillite à cause d’une problématique de mauvaise gestion va envoyer une mise en alerte contre ces marchés d’échanges."

Cet incident poussera donc la Banque centrale à mettre encore plus l’accent sur la sécurité et la transparence dans le travail mené sur ces actifs. "Je pense que BAM va renforcer la réglementation pour assurer le maximum de protection pour les investisseurs marocains, dans l’hypothèse où l’on ait dans le futur ce type de plateformes qui opère au Maroc", indique Badr Bellaj. Mais ce qui est également craint, c’est un pas en arrière de la part de la Banque centrale et une dilution de la confiance envers ces plateformes. "Il se peut que BAM se dise que ces marchés d’échanges ne sont pas dignes de confiance et qu’elle attende une évolution claire de la réglementation côté américain par exemple", poursuit l’expert.

Fondamentalement, l’impact sera positif car il visera à assurer le maximum de sécurité aux investisseurs potentiels. "En cas d’ouverture, la régulation sera plus forte, ce qui est une bonne chose car ces plateformes d’échange sont importantes mais fragiles car non réglementées."

Cette faillite aura également un impact sur les investisseurs marocains qui ont investi dans les cryptomonnaies.

FTX était utilisée par des investisseurs expérimentés en cryptomonnaie au Maroc

Naturellement, les investisseurs en cryptomonnaie ont été affectés par la chute de FTX et ses conséquences, notamment une forte baisse des cours de certains actifs comme le Bitcoin ou l’Ether, les deux plus grandes monnaies virtuelles actuelles.

Selon Badr Bellaj, au Maroc, cette faillite induira surtout un frein pour les futurs investisseurs. "Je pense que cette faillite entraînera une forme de scepticisme et de peur chez les gens qui souhaitaient investir dans les cryptomonnaies mais ne l’ont pas encore fait. Ce genre d’événement dissuade en général les personnes néophytes."

Mais qu’en est-il des Marocains qui ont des cryptomonnaies ou des utilisateurs de la plateforme FTX ? Certains ont vu leur portefeuille maigrir suite à la baisse des cours, d'autres ont carrément perdu leurs actifs. Si le nombre de Marocains utilisant cette plateforme est inconnu, notre expert nous apprend que la place de marché rencontrait un écho favorable localement.

"Il faut savoir que FTX est très utilisée au Maroc contrairement à ce que beaucoup de monde pense. Cela vient du fait que le modèle de cette entreprise repose sur l’optimisation des frais de transaction. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu une croissance fulgurante, mais également sa chute. Dans le monde des cryptomonnaies, chaque transaction effectuée, que ce soit un échange d’une crypto contre une autre ou d’une crypto contre de l’argent en devises, la plateforme prend une commission", explique Badr Bellaj. Sur FTX, ces commissions étaient plus faibles que celles des concurrents comme Binance par exemple.

Les investisseurs déjà expérimentés dans les cryptomonnaies au Maroc, qui stockaient et échangeaient sur FTX, ont donc tout perdu. Mais, pour notre interlocuteur, ce risque était connu. "C’est une cible qui a l’habitude de perdre comme de gagner. C’est un monde très volatile. Bitcoin a perdu plus de 60% depuis le début de l’année et, pourtant, il n’y a pas un impact direct sur la population marocaine utilisant des cryptomonnaies. La seule chose à laquelle on peut s’attendre, c’est peut-être une sortie de leurs bitcoins vers des ‘wallet froids’, c’est-à-dire en dehors de ces plateformes d’échanges au cas où une autre plateforme chute."

Il est aussi important de rappeler que pour les investisseurs marocains ayant perdu leur argent sur la plateforme FTX, il est quasi impossible de faire recours pour obtenir un dédommagement ou un remboursement. "Les investissements sont des risques par définition et, actuellement, il est difficile, voire impossible pour les investisseurs à travers le monde et notamment au Maroc, d’entamer des procédures judiciaires pour obtenir une compensation. FTX a déclaré faillite et n’a pas de liquidité, donc tout investissement est perdu", conclut-il.

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