Abdellatif Jouahri revient sur les enjeux et les challenges réglementaires de la digitalisation des banques
Si le numérique est devenu un facteur de compétitivité sectorielle, un encadrement réglementaire approprié devra toutefois être mis en place pour assurer son bon développement, a estimé Abdellatif Jouahri.
Lors de la conférence internationale organisée à Marrakech le 9 novembre 2022, sur le thème “Transformation digitale : entre régulation et compétitivité”, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a souligné l’aspect incontournable des plateformes de vente en ligne et des réseaux sociaux.
Néanmoins, il a relevé le fait que la régulation de tels acteurs restait encore un défi à relever. “De plus en plus d’experts expriment des préoccupations concernant la concentration accrue dans certaines industries, y compris technologiques, la baisse de la part du travail dans le revenu et les inégalités croissantes de revenus. Ils soulèvent également les risques liés aux technologies utilisées comme les algorithmes d’intelligence artificielle, et aux positions dominantes de certains acteurs du marché pouvant donner lieu à des situations d’abus.”
Le rôle que jouent ces plateformes n’est pas appréhendé partout de la même façon ; il dépend des régulations en place dans les différents pays. Abdellatif Jouahri a souligné l’importance de disposer du cadre juridique et réglementaire nécessaire afin de garantir de bonnes conditions de développement.
La numérisation, une aubaine aussi bien qu’un risque
Le wali a également rappelé que le secteur bancaire “[avait] entamé, depuis déjà plusieurs années, sa transformation vers le digital en adaptant ses processus pour répondre aux besoins pressants d’instantanéité et de rapidité de ses clients”.
Cette émergence de la technologie dans le secteur bancaire permet de réduire les coûts pour le consommateur final, grâce notamment à l’émergence d’une plus grande concurrence comprenant les télécoms, les Fintech et les Big Tech, qui font face à des contraintes techniques moins lourdes que les banques classiques.
Le wali de BAM a par ailleurs rappelé que, malgré les bénéfices d’un plus grand volet d’offre et de baisse des coûts pour le client, cette innovation “induit aussi des risques liés à la stabilité financière, à la protection des consommateurs, au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme, ou encore à la cybersécurité“. La numérisation du secteur “appelle à une concertation entre les régulateurs et les autorités compétentes afin de pouvoir concilier les avantages de cette transformation et la maîtrise des risques qu’elle induit”.
Selon le Comité de Bâle, la technologie pourrait induire des changements de différentes formes. “Les scénarios 'Morcellement du paysage bancaire' et 'Meilleure banque' sont les plus susceptibles de se réaliser. Ils se caractérisent principalement par des banques établies qui adoptent le numérique et se modernisent afin de protéger leurs relations clients et leurs services bancaires de base, et par l’émergence de nouvelles entreprises proposant des services de niche spécialisés, sans nécessairement concurrencer les acteurs historiques dans le contrôle de l’ensemble de la relation client”, a indiqué le wali.
Une mission d’accompagnement et de gestion des risques du secteur bancaire
Cette ouverture à la technologie dans le secteur bancaire et la modération du risque sont menées par BAM à travers différentes missions, en collaboration avec ses partenaires. “La Banque centrale a créé un One Stop Shop Fintech ayant pour mission d’accompagner les Fintech sur les aspects liés à la réglementation bancaire, et un Lab Innovation permettant d’expérimenter les solutions proposées par les Fintech en relation avec ses activités.”
Il est également revenu sur le fait que la Banque centrale a intégré le réseau d’innovation international de la banque des règlements internationaux, et participé à différents groupes de travail sur :
- l’usage des technologies innovantes en matière de supervision et de conformité réglementaire (les Suptech et les Regtech) ;
- les infrastructures des marchés financiers nouvelle génération ;
- la monnaie digitale de la Banque centrale ;
- la cyber-sécurité.
“Une nouvelle dynamique de marché est attendue avec l’introduction prochaine de l’Open Banking, qui constitue un puissant levier de l’innovation et de la recherche et développement dans le domaine bancaire.”
Concernant les cyber-risques, exacerbés par la numérisation, Bank Al-Maghrib explique avoir édicté deux directives régissant la réalisation des tests d’intrusion des systèmes d’information et le recours au cloud public par les établissements de crédit. Elle a également renforcé la coopération avec la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) pour une meilleure gestion de ces risques.
Pour le gouverneur, le numérique est devenu un facteur de compétitivité sectorielle, qui doit être encadré de façon agile et sécurisée. “Parvenir à cet équilibre est un enjeu majeur qui requiert l’adoption d’approches réglementaires proportionnées et agiles, en simplifiant les procédures et en offrant clarté et confiance aux entreprises et aux consommateurs”, a conclu Abdellatif Jouahri.
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