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Le Maroc doit investir 78 milliards $ d’ici 2050 pour s’adapter au climat (Banque mondiale)

C’est le principal message du rapport sur le climat et le développement, publié ce jeudi 3 novembre par la Banque mondiale. Rareté de l’eau, inondation, transition énergétique… Des investissements prioritaires sont recommandés par la Banque mondiale pour traiter ces différents phénomènes qui peuvent induire d’importantes pertes en PIB si rien n’est fait.

Le Maroc doit investir 78 milliards $ d’ici 2050 pour s’adapter au climat (Banque mondiale)

Le 3 novembre 2022 à 13h49

Modifié 3 novembre 2022 à 15h46

C’est le principal message du rapport sur le climat et le développement, publié ce jeudi 3 novembre par la Banque mondiale. Rareté de l’eau, inondation, transition énergétique… Des investissements prioritaires sont recommandés par la Banque mondiale pour traiter ces différents phénomènes qui peuvent induire d’importantes pertes en PIB si rien n’est fait.

« Investir maintenant dans l’action climatique procurera d’importants bénéfices au Maroc, en permettant de créer de nouveaux emplois, de redynamiser les zones rurales et de transformer le pays en un pôle industriel vert tout en l’aidant à atteindre plus largement ses objectifs de développement. »

C’est le message clé du Rapport sur le climat et le développement (CCDR) publié ce jeudi 3 novembre 2022 par la Banque mondiale, qui chiffre à environ 78 milliards de dollars en valeur actuelle le montant total des investissements nécessaires pour ancrer solidement le Maroc sur une trajectoire de résilience et bas carbone à l’horizon 2050.

Un investissement annuel de 3,5% du PIB d’ici 2050

« La réalisation de ces investissements sera progressive, mais leur rentabilité considérable, faisant du Maroc un environnement attractif pour les investissements étrangers directs et un centre d’exportations, en plus de stimuler la croissance économique », affirment les experts de la Banque mondiale.

Dans une table ronde organisée avec les médias, Carole Megevand, responsable du programme développement durable de la Banque pour la région Mena et l'un des auteurs du rapport, précise que cet effort d’investissement équivaut à 3,5% du PIB actuel sur toute la période.

« Le plus gros de ces investissements ira dans la décarbonation de l’économie, à hauteur de 53 milliards de dirhams, avec une massification dans les décennies 2030 et 2040. Et ces investissements doivent être couverts à hauteur de 85% par le secteur privé », explique Carole Megevand.

Les CCDR sont un nouvel outil de diagnostic de la Banque mondiale. Ils ont pour objectif d'étudier les liens entre climat et développement, et de cerner les interventions prioritaires pour renforcer la résilience et atténuer les émissions de carbone, tout en soutenant la croissance économique et en réduisant la pauvreté. Le rapport consacré au Maroc est le premier publié pour un pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA).

Selon Jesko Hentschel, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, le Maroc est l’un des premiers pays avec qui la Banque mondiale vient d’achever ce travail qui a commencé en 2021.

« C’est un jour très important pour nous parce qu’on lance ce rapport. La Banque mondiale a lancé cette analyse dans 25 pays l’année passée, et le Maroc est un des premiers pays à terminer ce rapport, avec la Jordanie, l’Irak, l’Egypte dans la région Mena », précise Jesko Hentschel.

« Le CCDR montre comment le Maroc peut faire fonds sur les efforts déjà déployés pour passer à la vitesse supérieure et s’engager dans une transition ambitieuse vers un avenir résilient et sobre en carbone, qui ne laissera personne au bord du chemin. Les avantages potentiels d’un modèle de croissance durable en termes de création d’emplois et d’inclusion sont importants. Dans le même temps, les besoins d’investissement pour une telle transition seront également importants, et la création d’un environnement favorable pour le secteur privé sera vitale », ajoute Jesko Hentschel.

Selon Carole Megevand, le rapport identifie trois enjeux prioritaires en soutien à une action climatique urgente : lutter contre la pénurie d’eau et les sécheresses ; améliorer la résilience aux inondations ; et décarboner l’économie.

Stress hydrique : une perte de 6,5% du PIB en cas de réduction de 25% des apports en eau

Le Maroc est une zone à haute vulnérabilité climatique et c’est l’un des pays du monde les plus touchés par le stress hydrique, puisqu’il se rapproche rapidement du seuil de pénurie absolue fixé à 500 m3/an/habitant. Les sécheresses, de plus en plus fréquentes et graves, sont une source majeure de volatilité macroéconomique et une menace pour la sécurité alimentaire.

Le rapport indique par exemple qu’une diminution de 25 % de la disponibilité en eau dans tous les secteurs de l’économie, conjuguée à une baisse des rendements agricoles due aux dérèglements du climat, pourrait réduire le PIB de 6,5 %.

Dans sa présentation, Carole Megevand a détaillé les impacts éventuels sur l’économie marocaine de ce scénario de réduction des apports en eau de 25%, un scénario qui est calqué sur la tendance observée au cours des dernières décennies.

Si l'on estime que le PIB global pourrait accuser une perte de 6,5%, le PIB agricole connaîtrait, lui, une baisse de 9,3%. Les emplois agricoles non qualifiés vont baisser de 10%, et cette réduction des emplois pourrait atteindre 7% pour l’ensemble de l’économie. Le tout, additionné au risque que ce phénomène constitue sur la sécurité alimentaire du pays et à ses impacts sur la balance commerciale puisque cela pousserait le Maroc, comme le souligne Carole Megevand, à recourir de manière plus intensive aux importations agricoles et réduirait de 891 millions de dollars ces exportations agricoles, soit 24,7% du volume exporté actuellement.

Un risque majeur : l'exode rural pourrait concerner 1,9 million de personnes

Autre impact recensé par les auteurs : l’exode rural. Le rapport estime que 1,9 million de personnes pourraient décider de migrer vers les zones urbaines pour fuir les impacts du stress hydrique.

La solution, selon la Banque mondiale, doit être une réponse globale à ce problème. Une réponse qui ne se résume pas à la mise en place de nouvelles infrastructures hydriques, mais s'étend à la gouvernance du secteur, à la gestion de la ressource, à l’optimisation de son usage…

« L’expérience internationale suggère que le déploiement d’infrastructures hydrauliques est une condition nécessaire mais pas suffisante pour mitiger les impacts », rappelle Carole Megevand.

Le rapport préconise dans ce sens :

- La mise en œuvre d’une politique de gestion qui permette d’optimiser l’usage de la ressource en eau. Plusieurs mécanismes sont envisagés : une politique de la gestion de la demande pour optimiser l’usage en eau ; la mise en place de quotas qui peuvent s’échanger entre les différents utilisateurs ; une tarification qui reflète la vraie valeur de la ressource…

- La réforme de la gouvernance du secteur, avec l’établissement d’un modèle plus approprié pour la bonne gestion des demandes concurrentes de nombreux secteurs. Une gouvernance locale est importante pour les spécificités de chaque bassin.

- Des incitations pour un changement de comportement des usagers. Plusieurs pays ont déployé avec succès des campagnes de communication et de sensibilisation qui ont permis la modification des pratiques.

Les inondations peuvent causer des pertes de 0,25% du PIB en 2025 et de 1% du PIB d’ici 2050

Le Maroc est, en outre, sujet aux inondations, autre enjeu climatique traité par le rapport. Vingt événements majeurs ont ainsi été enregistrés au cours des deux dernières décennies, avec des pertes directes moyennes estimées à 450 millions de dollars par an, et des effets qui ont touché plus durement les ménages vulnérables. L’élévation du niveau de la mer aggrave les inondations dans les zones côtières qui abritent plus de 65 % de la population et concentrent 90 % de l’industrie.

Selon Carole Megevand, bien que le Maroc se soit doté d’un système sophistiqué de gestion et de financement des risques de catastrophe, celui-ci n'est pas encore pleinement opérationnel. « Le niveau optimal des investissements est de 67 à 90 millions de dollars par an, équivalent de 15% à 20% des pertes moyennes annuelles. Ce niveau s’aligne avec les montants programmés dans le PNI 2016-2036. Mais ces investissements n’ont pas été exécutés totalement », précise l’experte de la Banque mondiale.

Il y a également des investissements non structurels qui doivent être plus systématiquement intégrés : système d’alerte précoce, coordination, utilisation de solutions naturelles comme le reboisement…

Décarbonation : un coût énorme en investissements avec de grands impacts sur la croissance et l’emploi

Autre enjeu identifié par la Banque mondiale : la décarbonation de l’économie. Le rapport met l'accent sur la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, et le déploiement massif de l’énergie solaire et éolienne. Selon ces projections, plus de 85% de l’électricité pourrait être produite à partir d’énergies renouvelables d’ici 2050, contre 20% en 2021. Avec, à la clé, la création d'au moins 28.000 emplois nets par an (soit 140.000 emplois en cinq ans) dans les seuls secteurs du renouvelable et de l’efficacité énergétique.

Les gains sur le front de l’emploi pourraient même être supérieurs en tenant compte du développement de l’hydrogène vert, de la mobilité électrique ou d’autres investissements industriels verts, ajoute le rapport, qui évalue à environ 53 milliards de dollars le coût de la décarbonation au cours des trois prochaines décennies, sachant que ces investissements seront en grande partie pris en charge par le secteur privé.

L’impact économique net serait également positif : réduction des importations de combustibles fossiles et d'ammoniac, sécurité énergétique accrue, diminution de la pollution atmosphérique et moindre vulnérabilité aux chocs internationaux sur les prix des hydrocarbures.

La décarbonation pourrait même permettre au Maroc de devenir un exportateur net d’énergie verte et d’hydrogène vert, souligne le rapport, et faire du Royaume un pôle d’investissements et d'exportations industriels verts, notamment vers l’Union européenne.

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