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Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) : une grande première (Mustafa Salma)

Quelques jours après la tenue à Las Palmas de la première conférence internationale sur la paix et la sécurité au Sahara marocain, l’ancien dirigeant du polisario, Mustafa Salma, réfugié à Nouakchott, évoque l’avenir de ce mouvement et le profil de ses dirigeants.

Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) : une grande première (Mustafa Salma)

Le 27 septembre 2022 à 16h42

Modifié 27 septembre 2022 à 18h16

Quelques jours après la tenue à Las Palmas de la première conférence internationale sur la paix et la sécurité au Sahara marocain, l’ancien dirigeant du polisario, Mustafa Salma, réfugié à Nouakchott, évoque l’avenir de ce mouvement et le profil de ses dirigeants.

Médias24 : Que pensez-vous de cette conférence qui se présente comme la toute première sur la paix et la sécurité au Sahara marocain ? 

Mustafa Salma Ould Sidi Mouloud : En réalité, il y a une confusion dans le titre. En effet, depuis sa création en avril 2020, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) a inscrit dans son programme sa volonté d’organiser un forum pour les Sahraouis de différentes origines, afin de discuter des moyens de trouver une solution réaliste et de mettre fin aux souffrances de familles séparées depuis des décennies.

Ce n’est qu’à l’occasion du deuxième anniversaire de sa création, en avril 2022, que ses dirigeants ont annoncé une coordination chargée de préparer ce qu’ils ont appelé le “Forum des peuples du désert”. Quelques jours avant le forum, ils ont ajouté le titre tel qu’il apparaît désormais, avec les termes “paix” et “sécurité”, et annoncé la présence de personnalités espagnoles de haut niveau en tant qu’invités d’honneur.

Selon moi, c’est une bonne initiative pour trouver une solution à ce conflit qui s’éternise depuis des décennies, d’autant qu’une bonne partie des Sahraouis sont absents des discussions à cause du monopole autoproclamé du polisario pour représenter les populations au détriment de leurs intérêts. Partant de là, l’initiative peut être considérée comme un pas dans la bonne direction pour former une force sahraouie qui soutienne la paix, dans l’intérêt des Sahraouis et de la région en général.

- Pourquoi n’étiez-vous pas présent ?

- Je n’ai tout simplement pas reçu d’invitation.

- Selon vous, les personnes qui composent ce mouvement sont-elles crédibles ?

- Pour l’instant, il ne m’est pas possible de les juger car ce mouvement est encore naissant mais, à leur crédit, ceux qui composent le mouvement ont une légitimité, car ils sont tous inscrits dans les registres du recensement espagnol. L’autre bonne nouvelle, c’est que le mouvement n’exige pas de ses membres d’avoir des options politiques spécifiques, car selon les déclarations de ses dirigeants, sa priorité est de parvenir à la paix. De plus, ceux qui ont auparavant assumé d’importantes responsabilités dans les camps ou au Maroc ne font pas partie de la direction du mouvement, à l’exception du premier secrétaire.

- Qui est le premier secrétaire de ce mouvement ? 

- Hach Ahmed Bericalla. Il appartient à la tribu Qara, originaire de la région d’Oued Eddahab et du nord de la Mauritanie. Il est l’un des rares étudiants sahraouis à avoir étudié à l’époque où le Sahara était sous domination espagnole. Par conséquent, sa culture est espagnole par excellence. Concernant son parcours professionnel, c’est un ancien “diplomate” du polisario qui a ensuite été nommé “ministre” de la Coopération durant les deux dernières années précédant sa démission.

- Vous étiez responsable des services de police au sein du polisario ; savez-vous qui sont les personnes qui ont participé à cette conférence ?

- La plupart étaient des Sahraouis de la diaspora, des régions du Sud, et quelques-uns issus de Mauritanie.

- Peut-on dire que le Mouvement pour la paix est la première véritable opposition au front polisario dirigé par Brahim Ghali ?

- Formellement oui, mais il est trop tôt pour porter un jugement absolu compte tenu du caractère récent de son implantation et des circonstances dans lesquelles il est apparu, à savoir en pleine pandémie de Covid-19. Cependant, il est à ce jour, sans aucun doute possible, le plus grand rassemblement sahraoui organisé en dehors du cadre habituel du polisario, et qui ait adopté des revendications politiques.

- Y avait-il des cadres du polisario venus des camps de Tindouf, ou uniquement des opposants à Brahim Ghali expatriés au Maroc ou en Europe ?

- Malgré mes efforts, je n’ai pas remarqué la présence de personnes issues des camps. De toute façon, même si certaines d’entre elles avaient eu l’intention d’y assister, il leur aurait été difficile d’en prendre le risque, sachant que le polisario a qualifié le rassemblement d’acte parallèle, et la présence de trahison. Et cela nécessite une punition dans sa coutume.

- Que pensez-vous des accusations d’un journal espagnol qui a parlé d’un événement organisé par les services secrets marocains sous couvert du MSP ?

- Jusqu’à récemment, l’Espagne a toujours été une forteresse de soutien au polisario, sans compter une large base de partisans en Espagne, même si ce n’est pas au niveau de l’Espagne officielle. Ce qui a été promu par ce journal peut être considéré comme faisant partie de la propagande du lobby espagnol qui soutient le polisario.

C’est une accusation insultante pour l’État espagnol. Ce qui a été publié par le journal en question n’est, selon moi, rien d’autre qu’une violation de la souveraineté espagnole. C’est en accord avec ce qu’attendent les partisans du polisario, qui ont grandi sous un régime totalitaire qui rejette l’autre opinion et le pluralisme. Cette version est mal vue par les Espagnols qui, eux, vivent dans un monde pluraliste. Cet événement - qui est tout de même une grande première - démontre que tous les Sahraouis ont le droit d’exprimer la pluralité de leurs opinions sans qu’ils ne soient taxés de complicité ou de collusion avec qui que ce soit.

- Que pensez-vous de la présence d’anciens ministres espagnols à cette conférence, et surtout de leur soutien à la solution d’autonomie proposée par le Maroc ?

- Elle ne fait que confirmer la récente orientation espagnole que le chef du gouvernement, Pedro Sánchez, a exprimée en faveur de la proposition d’autonomie comme solution au conflit du Sahara. Elle montre aussi que cette décision n’est pas une opinion isolée, émanant seulement du chef du gouvernement, mais qu’il existe une base et des élites espagnoles qui partagent la même opinion. On se rend compte que l’Espagne progresse positivement dans la recherche d’un règlement du conflit, et qu’elle s’est libérée du nœud de la corde en soutenant ce qui sert les intérêts de la région. Il faut dire aussi que ce pays, en tant qu’ancien colonisateur, est le plus familier du dossier.

- Quelle a été la réaction de la presse du polisario ?

- Le polisario n’a pas de presse mais ses outils médiatiques n’ont pas manqué d’exprimer un rejet total, qualifiant cette conférence de trahison pilotée par les services marocains pour essayer de déchirer l’unité des rangs sahraouis. Quand on sait que la survie du polisario dépend du monopole de la représentation saharienne, c’est une réaction naturelle et attendue. Elle ne surprend personne.

- Justement, quel est l’avenir du MSP ? Peut-il, à terme, menacer le polisario ?

- Cela dépendra de la capacité des dirigeants du mouvement à imposer leur présence et à diffuser leur vision auprès du plus grand nombre de Sahraouis, en se rendant à des rassemblements de rue et en partageant avec l’homme sahraoui ses inquiétudes et ses préoccupations. Mais s’ils restent à l’étranger, comme c’est le cas actuellement, ils prennent le risque de voir leur destin se réduire, à l’instar du polisario, menacé d’érosion, voire même d’extinction. Quant à concurrencer le polisario, ils ont besoin de multiplier les efforts organisationnels et intellectuels, dont ils ne disposent pas pour l’instant car, jusqu’à présent, ils n’ont que des titres sans base véritable.

- Pensez-vous que d’autres éditions de cette conférence suivront ?

- Encore une fois, si le MSP ne descend pas dans la rue pour se développer, il marchera dans les pas du polisario qui, lui, n’a pas su transmettre le flambeau aux générations actuelles, avec un leadership resté l’apanage des première et deuxième générations de responsables politiques sahraouis qui ont vécu les premières années du conflit.

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