Gaz butane. Après la menace de grève, le gouvernement revalorise une partie des marges de distribution
Le gouvernement a revu à la hausse une partie des marges réglementées de la filière du gaz butane. La mesure intervient quelques semaines après la menace de grève des dépositaires, grossistes et distributeurs. Elle ne modifie pas le prix payé par les ménages mais augmente le coût réglementé de la distribution.
Après plusieurs semaines de tension entre le gouvernement et les distributeurs de gaz, un arrêté signé de la main de la ministre des Finances Nadia Fettah Alaoui et publié récemment au Bulletin officiel vient modifier l’ancien texte réglementaire relatif aux prix d'achat et de vente du gaz butane qui date d’avril 2016.
30 DH de marge en plus
Cette décision gouvernementale revalorise le montant global de la marge de distribution de gaz porté à 1.226,33 DH par tonne pour les bouteilles de moins de 5Kg et à 1.384 DH /t pour les bouteilles qui dépassent cette tare (poids à vide des bouteilles).
Ainsi, pour les bouteilles de moins de 5 kg, les marges sont fixées à 553 DH par tonne pour les sociétés distributrices, 467,5 DH par tonne pour les dépositaires et 205,83 DH par tonne pour les détaillants.
Pour les bouteilles de plus de 5 kg, dont la bouteille domestique de 12 kg, les marges sont fixées à 619 DH par tonne pour les sociétés distributrices, 510 DH par tonne pour les dépositaires et 255 DH par tonne pour les détaillants.
La comparaison avec les niveaux appliqués depuis 2016 montre toutefois que seule la marge des dépositaires a été revalorisée de 30DH/t. Dans le détail, pour les bouteilles de plus de 5 kg, elle passe de 480 DH à 510 DH par tonne. Pour les bouteilles de moins de 5 kg, elle passe de 437,5 DH à 467,5 DH par tonne. Les marges des distributeurs et des détaillants restent ainsi inchangées. Rapportée à une bouteille domestique de 12 kg, cette augmentation représente 0,36 DH par unité.
La décision du ministère des Finances intervient après plusieurs semaines de tension dans la filière. En avril, l'Association professionnelle des dépositaires grossistes et distributeurs de gaz butane avait annoncé un arrêt de travail de 48 heures avant de suspendre son mouvement à l'issue d'une réunion avec les autorités.
Les professionnels dénonçaient la stagnation de leurs marges malgré la hausse continue des coûts de transport, de carburant, de maintenance, de manutention et de main-d'œuvre.
Les professionnels insatisfaits
Contacté par Médias24, Mohamed Benjelloun, président de l'Association des dépositaires et distributeurs de bouteilles de gaz, estime que la mesure constitue un premier pas mais ne répond pas à l'ensemble des attentes du secteur.
« Nous sommes toujours dans un dialogue avec le gouvernement. Le principe même d'un dialogue, c'est prendre ce qu'on te donne et demander davantage », affirme-t-il.
Selon lui, la hausse de 30 DH par tonne reste insuffisante au regard de l'évolution des coûts supportés par les opérateurs depuis 2016.
« Nous constatons aussi que le gouvernement n'a pas touché à la marge du détail qui n'a elle aussi pas bougé depuis 2016 », ajoute-t-il.
La filière du gaz butane repose sur une chaîne logistique fortement encadrée. Le produit est importé par les opérateurs pétroliers puis réceptionné dans les terminaux portuaires. Il est ensuite transféré vers les centres emplisseurs où les bouteilles sont remplies. Les sociétés distributrices assurent ensuite l'acheminement vers les dépôts régionaux. Les dépositaires stockent les bouteilles et approvisionnent les détaillants qui assurent la vente au consommateur final.
Des marges logistiques fortement encadrées
Contrairement aux carburants, chaque maillon de cette chaîne fonctionne avec des rémunérations fixées par arrêté. Les opérateurs ne peuvent donc pas ajuster librement leurs prix pour compenser la hausse de leurs charges. Toute évolution des marges nécessite une décision gouvernementale.
Le texte ne prévoit, ainsi, aucune augmentation du prix facial de la bouteille. Le gaz butane demeure un produit administré. La hausse accordée aux dépositaires est absorbée par la structure réglementée des prix. Elle pourra donc être supportée par la caisse de compensation.
À titre indicatif, l'application théorique d'une hausse de 30 DH par tonne à une consommation nationale comprise entre 2,7 et 2,9 millions de tonnes représenterait un coût additionnel de l'ordre de 81 à 87 millions de DH par an. Il est à signaler que l'arrêté prévoit que la nouvelle marge des dépositaires s'applique rétroactivement à compter du 1er mars 2026, ce qui permettra la régularisation des opérations déjà réalisées depuis cette date.
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