Comment le Maroc se prépare aux risques de crues et d'inondations
RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE. Particulièrement confrontées aux risques d’inondations et de crues, les Agences des bassins hydrauliques de Tensift et d’Oum Rabii ont mis en place des systèmes de prévention et d’alerte aux crues (SAPC), afin d’anticiper ce phénomène et gagner un précieux temps pour l’évacuation des populations des zones à risques.
- Système d'alerte précoce dans les bassins du Tensift et de l'Oum Rabii.
- Ces deux régions sont particulièrement ciblées car comportant de nombreux points noirs.
- Stations spécialisées, radars, data, sirènes, sensibilisation des populations.
- 15 mn après les premières précipitations, on sait déjà s'il y aura crue ou pas.
Après les feux de forêt, le Maroc doit se préparer au risque de crues et d'inondations. Ce risque est permanent en automne, saison des orages. Il est fortement amplifié dans le monde entier et au Maroc en raison des changements climatiques. Le tragique décès de deux jeunes filles de 17 ans, dans la soirée du 1er septembre 2022, emportées par la crue du Oued Tersal, dans la commune de Aït Bou Oulli, relevant de la province d’Azilal, est venu nous rappeler ce risque.
Ce drame corrobore tristement les données illustrées par la cartographie des sites à risque d'inondation prioritaires, publiée par le ministère de l’Eau et de l’environnement en 2008, où sont localisées deux zones à risque élevé de crues, dans les environs d’Azilal.
“Les zones montagneuses sont propices aux crues rapides et intenses” confirme à Médias24, Abdellah Bourak, directeur de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) d’Oum Rabii, dont relève l’Oued Tersal.
Des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace
Les inondations rapides correspondent à des crues "charriant des roches, pierres et de la végétation, causées par des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace, à l’image de la crue de Oued Tersal, qui a éclaté au pied d’une montagne en l’espace de quelques minutes et dans une zone très limitée, hors de notre système de détection” explique-t-il.
Ce système de détection et de suivi en temps réel est appelé Système de prévision et d’alerte aux crues (SPAC). Il est composé de plusieurs instruments qui mesurent la pluviométrie, le niveau des cours d’eau et leur débit.
“Les instruments sont principalement installés dans les grands oueds, comme Oued Laabid, Oued Ahensal, Oued Oum Rabii et Oued Lakhdar” indique le directeur de l’ABH d’Oum Rabii.
“Nous avons lancé la phase d’étude pour compléter notre SPAC avec des postes pluviométriques dans les zones montagneuses isolées, en collaboration avec le ministère de l'Intérieur,” ajoute Abdellah Bourak.
L’Agence du bassin hydraulique de Tensift possède pour sa part un Système de prévision et d’alerte complet, dont la mise en place s’est imposée depuis les inondations meurtrières de 1995, qui avaient fait plus de 230 morts dans la vallée de l’Ourika.
Lancé en 2002 et étendu en 2013, en étroite collaboration avec l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le SPAC de la vallée d’Ourika, repose sur plusieurs éléments :
-La prévision météorologique ;
-La collecte des données hydrologiques ;
-Le traitement des données, la prévision, l’émission et la distribution des avis de crues ;
-Le déclenchement de l’alerte ;
-L'exécution de l'évacuation.
Stations de pluviométrie et de pluie-débit
Clé de voûte du SPAC, la prévision météorologique relève de l’ABH de Tensift et non de la Direction générale de la météorologie (DGM). L’Agence possède en effet un ensemble d’instruments permettant d’évaluer les risques de précipitations, notamment par satellite, cinq à six heures avant leur début.
Si le risque de précipitation est élevé, les stations de pluviométrie prennent le relais, pour évaluer la quantité d'eau tombée sous forme de précipitations en un temps et un lieu déterminés. Elles sont au nombre de quatre, disséminées dans diverses localités de la vallée de l’Ourika : Agouns, Amaddouz, Lhadjamen et l’Oukaïmden.
Les stations pluie-débit, équipées de radars, sont également des instruments essentiels dans ce processus car elles permettent “de calculer le débit de l’eau, associés à des pylônes qui envoient les données à un serveur” nous explique-t-on au sein de l’ABH de Tensift.
Amenzal, Tiourdiou, Tazzitount, Tourcht, Aghbalou et Aljamaane sont les localités qui accueillent ces stations dans la vallée de l’Ourika.
Une fois l’ensemble des éléments modélisés et calculés, des pré-alertes sont envoyées aux autorités locales. “Une quinzaine de minutes après les premières précipitations, nous savons s’il y aura une crue ou pas” indique l’ABH de Tensift.
Vitesse de réaction et campagne de sensibilisation
En cas de crue, un fax est envoyé aux autorités locales et au Gouverneur. Et si la situation s’avère inquiétante, la décision est prise de faire retentir la sirène. Les populations qui longent le cours du Oued Ourika se préparent donc pour l’évacuation.
Les sirènes, connectées à des postes d’alarmes, bordent l’Oued Ourika. Trois d'entre elles se situent dans la localité d’Aghbalou. Iraghf en compte cinq, auxquelles s'ajoutent deux à Setti Fatma et une à Tazitount.
La survie des habitants dépend de leur vitesse de réaction. De fait, il n’y a aucune place à l’hésitation. Raison pour laquelle plusieurs campagnes de sensibilisation sont menées auprès des populations situées dans les zones à risques.
Des exercices de simulation sont régulièrement organisés, avec la participation des élèves, d’éléments de la Gendarmerie Royale et des Forces auxiliaires. L’objectif est de maîtriser la marche à suivre pour atteindre les espaces et camps d’évacuation sans perdre de temps.
“Les habitants ont à leur disposition plusieurs panneaux de signalisation pour les mener au camp d’évacuations. Ces panneaux préviennent également les automobilistes sur l’importance de garer leurs voitures en direction de Marrakech, afin d’éviter d'éventuels embouteillages susceptibles de ralentir les opérations d’évacuations,” conclut l’ABH de Tensift.
Reboisement et vigilance
Bien que le risque d'inondation et de crues ne puisse jamais être totalement annihilé, il peut tout de même être réduit. Le reboisement et le rétablissement de la végétation sont des solutions efficaces.
Par ailleurs, l'écoulement est plus lent dans les zones naturelles de stockage de l'eau, comme les lacs et les marécages, ou des zones artificielles de stockage. Les crues y sont moindres que dans les bassins dépourvus de ces influences modificatrices.
“Mais l’élément le plus important réside dans la prise de conscience par les populations quant aux dangers des crues et inondations” insiste Abdellah Bourak. Le directeur de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Rabii regrette “l’inconscience de certaines personnes et automobilistes qui croient pouvoir traverser un Oued en crue”.
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