ABL Aviation. Le leasing aérien, une autre facette de l’aviation
Dans cet échange, Ali Ben Lmadani, PDG d’ABL Aviation, un groupe international de location d’avions commerciaux, nous expose les spécificités du leasing aérien. Un secteur qu’il juge prometteur pour l’Afrique.
Ali Ben Lmadani est un entrepreneur marocain qui fait carrière à l'international dans un secteur peu commun : le leasing aérien. Son entreprise ABL Aviation achète des avions pour les louer à des compagnies aériennes.
Quand on lui demande comment il en est arrivé à opérer dans un univers si singulier, il répond avoir "créé sa première société à l’âge de 22 ans aux Etats-Unis pour louer des équipements aéroportuaires (ravitailleur en eau potable, vide-toilettes, dégivreuse, push-back, etc.)". A partir de là, il a poursuivi le développement de son activité dans ce domaine jusqu'à parvenir à la location d'avions.
Or, bien qu'il s'agisse d'aviation, le cœur du métier d'ABL Aviation est essentiellement financier. Le concept est simple dans le principe, complexe dans le montage. Il y a d'un côté des investisseurs en quête de placements rentables, de l'autre des compagnies aériennes qui cherchent à louer des avions. ABL Aviation établit la connexion entre les deux univers. Les investisseurs placent leur argent dans l'achat d'un avion ancien ou neuf que l'entreprise de leasing se charge de louer aux compagnies aériennes.
Bientôt un bureau à Tokyo
"Cette location d’avions nous permet, sur des périodes de sept, douze, voire quinze ans, de réaliser un retour sur investissement", nous précise le PDG d'ABL Aviation.
Son activité comporte à la fois un volet technique et un volet financier. "La partie financière concerne la structuration de la dette, de l’investissement, de l’achat d’actifs, etc.", indique Ali Ben Lmadani. "Nous gérons toute la partie technique nous-mêmes dans plusieurs bureaux. Elle nous permet de nous assurer de gérer les avions un à un au niveau technique. Une grande partie est réalisée ici, à Casablanca, par nos ingénieurs."
En quoi consiste cet aspect technique ? "Lorsque vous vous retrouvez dans une situation où, par exemple, une compagnie aérienne ne paie pas son loyer, il vous faut la capacité technique d’aller récupérer cet avion et de s’assurer qu’il est en très bon état pour pouvoir le louer à nouveau à une autre compagnie", explique Ben Lmadani. "Les deux parties se complètent et doivent être très fortes chez un loueur d’avions, afin de réussir à avoir un retour sur investissement intéressant."
ABL Aviation bénéficie d'une présence sur plusieurs continents. "Notre premier bureau est à New York, le deuxième à Dublin et le troisième à Casablanca. Le bureau de Dubaï gère le Moyen-Orient et celui de Hong Kong chapeaute l’Asie. En septembre 2022, nous ouvrirons le nouveau bureau de Tokyo. Il nous permettra d’avoir accès aux investisseurs japonais et, avec notre partenariat au Japon, de développer le leasing d’avions. Pour la plupart des investisseurs japonais, c’est un produit financier et technique. Nous avons déjà fait ça aux Etats-Unis et au Moyen-Orient", poursuit-il.
S'il est prolixe quand il s'agit de parler du métier, il reste vague concernant la part de marché de son entreprise et son positionnement par rapport à ses concurrents.
"La partie leasing d’ABL Aviation a été fondée fin 2014. Au cours des sept dernières années, nous avons grossi à une très grande vitesse par rapport à nos concurrents. Pendant la crise du Covid, nous avons pratiquement doublé notre flotte", nous répond-il. "Nous sommes dans le top 45 des loueurs d’avions mondiaux. L’idée est d’intégrer rapidement le top 20. Nous faisons face à d’importants concurrents tels que General Electric, mais nous arrivons à concurrencer les grandes banques chinoises et japonaises. Il nous faut poursuivre ce développement."
Sur son site, il fait valoir "45 transactions aériennes gérées".
Le marché marocain et africain dans le viseur
A travers son récit, Ali Ben Lmadani semble incarner le rêve américain. S'il ne lésine pas sur les moyens pour faire la promotion de son entreprise, sa présence médiatique est toutefois plus prononcée au Maroc qu'à l'international.
Il justifie ce fait par l'éducation "nécessaire" du marché. "Les gens manifestaient une certaine curiosité à l’égard de notre secteur. Ensuite, ils sont mal informés. Lorsqu'on dit 'loueur d’avions', les gens ne connaissent pas. L’idée principale, c’est déjà de faire connaître le métier. Le domaine de l’aviation, ce n’est pas seulement du câblage, du nid d’abeille, etc. ; c’est aussi de la structure financière, donc de l’aviation mais différente, avec de la valeur ajoutée."
"Au Maroc, nous avons un bureau de support pour les autres bureaux. Nous n’avons pas de clients dans le Royaume. Nous essayons de développer cette image du Maroc en tant que matière grise de l’aviation, et pas seulement en tant que main-d’œuvre technique qui est dans du câblage."
Faut-il y voir également un intérêt particulier pour RAM, surtout que la compagnie nationale a besoin de renforcer sa flotte sur le court terme pour faire face à la haute saison ? Ali Ben Lmadani répond avec diplomatie.
"Nous sommes en discussion continue avec la RAM. Nous connaissons très bien ses équipes financière et dirigeante, nous continuons de répondre à tous leurs appels d’offres. Espérons qu’un jour nous pourrons être compétitifs. Pour l’instant, il n’y a pas beaucoup de livraisons, mais ce serait un honneur pour nous d’avoir des avions dans la compagnie marocaine. Nous en avons partout dans le monde, même quatre ou cinq chez El Al en Israël. Ce serait donc intéressant d’en louer à la RAM. J’espère que ce projet se concrétisera."
Au-delà du marché marocain sur lequel ABL Aviation a du mal à se positionner, le loueur d'avion vise également le marché africain. "Le leasing aérien a un avenir en Afrique. Les compagnies africaines ont besoin de louer. Pas mal d’entre elles sont sous-capitalisées. Elles ont besoin de louer car c’est beaucoup plus efficace et moins cher."
"Le potentiel est là, mais malheureusement, en Afrique, nous avons encore des taux d’intérêt assez hauts. Le coût du leasing y est assez cher comparé à d’autres pays. Nous essayons de trouver une solution avec des garanties des gouvernements ou des banques pour éviter que ce soit aussi exorbitant."
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