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Fouzi Lekjaâ : l’homme fort des finances marocaines et du foot africain

Réélu pour un troisième mandat à la tête de la FRMF, l’enfant prodige de Berkane poursuit son épopée dans le monde du football marocain et africain, tout en continuant de jongler avec sa mission de gardien du temple du budget de l’Etat.

Faouzi Lekjaâ recevant Gianni Infantino, président de la FIFA, à Rabat en février 2021. Ph. MAP

Fouzi Lekjaâ : l’homme fort des finances marocaines et du foot africain

Le 29 juin 2022 à 18h48

Modifié 1 juillet 2022 à 8h01

Réélu pour un troisième mandat à la tête de la FRMF, l’enfant prodige de Berkane poursuit son épopée dans le monde du football marocain et africain, tout en continuant de jongler avec sa mission de gardien du temple du budget de l’Etat.

La réélection de Fouzi Lekjaâ à la tête de la FRMF pour un troisième mandat s’est faite sans grande surprise. L’homme s’est rendu indispensable avec l’influence qu’il s’est taillée dans les arcanes de la CAF et de la FIFA, deux organisations dont il est un membre du comité exécutif.

C’est d’ailleurs sa participation dans les organes décisionnaires de la CAF et de la FIFA qui lui a permis de prétendre à un troisième mandat, la loi limitant à deux le mandat d’un président de la FRMF.

« La loi est très claire en effet. Et ce, depuis le discours royal de Skhirat de 2008 et les changements réglementaires qui s’en sont ensuivis. Mais la loi donne une exception : quand le président de la FRMF représente le pays au sein d’organisations internationales, un troisième mandat est possible », nous explique le chercheur en politiques sportives Moncef El Yazghi. Car si Lekjaâ n’avait pas été réélu à la tête de la fédération marocaine, il serait tombé également de la CAF et de la FIFA. Ce que personne ne souhaitait au vu de la grande percée que l’homme a réalisée au sein de ces deux organisations, où le Maroc n’a jamais été aussi présent et aussi fort qu’aujourd’hui.

Un numéro 10 aux finances qui jongle avec deux ballons

Un nouveau mandat de quatre ans donc pour l’homme fort du ballon rond, qui s’achèvera avec la fin de son mandat de ministre délégué aux Finances qu’il occupe dans le gouvernement Akhannouch. Un poste où il joue en indépendant, en véritable numéro 10 de ce département qu’il connaît comme sa poche.

« Au sein du ministère, on sait tous que Lekjaâ est le véritable ministre des Finances. C’est lui qui décide de tout ou presque, même s’il n’essaie jamais de le montrer ou de dépasser le périmètre qui lui est assigné. C’était le cas aussi avant, quand il était directeur du budget, mais aujourd’hui avec son statut de ministre délégué, les choses sont devenues très claires. Et ça lui permet d’être plus libre dans son action », nous confie un cadre du ministère.

La taille du périmètre défini par décret du chef du gouvernement fait de lui et sans équivoque l’homme fort des finances : chargé de la préparation de la loi de finances, l’exercice le plus sensible et le plus stratégique du ministère, c’est lui qui est habilité à engager les dépenses inscrites au chapitre des charges communes, un des plus gros postes budgétaires de l’Etat, qui coiffe tous les départements gouvernementaux. Aziz Akhannouch lui a également confié la mission de supervision des trois directions maîtresses du ministère : les douanes, les impôts et le budget.

Et quand une mission est confiée à Fouzi Lekjaâ, « il la remplit à fond, ne laisse pas de vide », révèle un proche de l’ancien directeur du budget. En témoignent ses sorties au Parlement et auprès de plusieurs corps de métiers, où l’homme parle, répond, débat, comme un ministre des Finances…

Une position qui le met souvent en situation délicate avec la ministre de l’Economie et des finances Nadia Fettah. « Il y a certainement des jalousies, des différends, c’est normal. Mais je pense que les deux personnages travaillent en bonne intelligence même si quelquefois on entrevoit des signes de tension. Lekjaâ a toujours été dans cette situation quand il était directeur du budget, que ce soit avec Nizar Baraka, Driss El Azami, Boussaid ou Benchaâboun. Même s’il n’est pas encarté avec un parti, c’est un très bon politicien qui a le sens de l’Etat et du respect de la hiérarchie. La nature même de son poste, celui de gérer le budget et veiller à ses équilibres, fait qu’il est de facto une personne mal aimée, pas seulement par les ministres des Finances mais aussi par l’ensemble du gouvernement. Car il ne peut pas plaire à tout le monde… », nous indique notre source aux finances.

Présent au ministère du matin au soir, comme en témoigne notre source – à part quand il est en déplacement ou en mission -, l’homme sait aussi mettre de la distance entre ses fonctions au ministère et celles de patron du foot national. Et sait très bien jongler entre les deux missions.

Un « ultra » aux manettes du foot national

« Le foot, ce n’est pas une fonction pour lui. C’est une passion. En présidant la FRMF, Lekjaâ joint en quelque sorte l’utile à l’agréable », nous livre un membre fédéral. Il décrit un homme fan de ballon rond, un « ultra », qui ne rate presque aucun match de la botola ou des compétitions africaines.

Quant aux tâches quotidiennes et lourdes de la FRMF, l’homme, ajoute notre membre fédéral, a une qualité que beaucoup dans le milieu du foot n’ont pas : « Il sait déléguer. » Et sa cheville ouvrière actuellement au sein de la FRMF, son bras droit, n’est autre que Mouad Hajji, ancien secrétaire général de la CAF, devenu depuis son départ de l’organisation continentale le secrétaire général de la FRMF.

« L’une des grandes réalisations de Fouzi Lekjaâ dans l’univers du foot, c’est la mise en place d’une organisation fluide et transparente au sein de la fédération, ainsi que d’un système de gouvernance en bonne et due forme. La fédération est dotée de cadres de haut calibre. Et chacun sait ce qu’il a à faire, que ce soit dans l’administratif, le financier ou le technique, contrairement au passé, où l’on ne savait pas trop qui faisait quoi », explique le chercheur Moncef El Yazghi.

Il cite l’exemple des équipes nationales de tous âges et de toutes catégories. « Aujourd’hui, toutes les équipes nationales ont un staff technique qui travaille au quotidien. Il y a dix ou quinze ans, on ne savait jamais qui était l’entraîneur de telle ou telle équipe. Les joueurs de certaines catégories, les jeunes notamment, étaient souvent convoqués dix jours avant les compétitions avec un entraîneur qu’ils ne connaissaient pas. Tout cela, c’est fini aujourd’hui. Et c’est ce qui a donné les résultats que l’on connaît aujourd’hui », ajoute Moncef El Yazghi.

Dernière réalisation en date : l’équipe de futsal qui vient de remporter haut la main son deuxième titre consécutif en Coupe arabe. Une équipe dont personne n’entendait parler il y a dix ou quinze ans… « Cette équipe est désormais hors catégorie, elle surpasse de très loin le niveau africain et arabe et doit jouer en Europe », commente Moncef El Yazghi. Il signale qu’on réduit souvent le bilan du président de la FRMF aux résultats de l’équipe nationale A, ce qui n’est pas très pertinent comme critère. Car la mission de Lekjaâ n’est pas seulement de faire gagner l’équipe A, mais de hisser le niveau général du foot du pays.

Il en veut pour preuve la montée en puissance du foot féminin qui dispose aujourd’hui d’un championnat et d’une équipe nationale qui va bientôt participer à la Coupe d’Afrique des nations, et a de fortes chances pour se qualifier à la Coupe du monde… Idem pour les U17, les U20 et toutes les catégories d’âge qui ne se sont jamais aussi bien portées qu’aujourd’hui. Sans parler des équipes locales qui se sont hissées ces sept dernières années au sommet de l’Afrique, avec comme belle affiche la Supercoupe 100% marocaine qui se jouera cette année entre le WAC, vainqueur de la Champions League africaine, et l’équipe de Berkane, champion de la Coupe de la CAF.

« Et si l’on veut être objectif, même sur l’équipe A, les résultats de Lekjaâ sont inédits. C’est sous son ère que le Maroc a pu passer à la Coupe du monde après vingt ans d’absence et se requalifier pour la deuxième fois consécutive. Il lui manque certes des titres africains, mais on oublie qu’avant lui, notre équipe n’arrivait même pas à passer le premier tour de la Coupe d’Afrique, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui », ajoute Moncef El Yazghi.

Un « Bourita bis » dans un terrain de foot

Mais le grand résultat à mettre à l’actif de Lekjaâ, c’est son action à l’international, tient à préciser notre chercheur.

« Avant 2016, on se plaignait de la sous-représentativité du Maroc à la CAF, des grands massacres que subissaient les équipes marocaines en Afrique. Lekjaâ a changé cela. Avec son style, sa force de caractère, sa compétence et son sens de la diplomatie, il a changé les règles du jeu à la CAF et en est devenu l’homme fort. Sans utiliser toutefois les culbutes d’autrefois, mais en s’appuyant toujours sur la loi, et sur une stratégie de partenariat gagnant-gagnant. »

Ce que nous rappelle le chercheur Moncef El Yazghi, les Africains eux-mêmes le reconnaissent, notamment les Egyptiens, Tunisiens et Algériens, qui régnaient sans partage sur la CAF et qui décrivent aujourd’hui Lekjaâ comme le vrai patron de la Confédération africaine. Une manière exagérée, parfois vicieuse, de le critiquer, de l’attaquer, mais qui ne l’a jamais fait réagir.

Un membre fédéral en plaisante : « On nous disait ça sous Ahmad Ahmad qui était réputé grand ami du Maroc. Mais il se trouve que rien n’a changé après son départ et son remplacement par le Sud-Africain Motsepe. La présence du Maroc à la CAF n’est pas liée aux relations avec le président, contrairement à ce que pensent certains qui étaient habitués à des méthodes dépassées, mais au travail de fond que le pays mène sur la scène africaine. Avant d’entrer au comité exécutif de la CAF, Lekjaâ a signé plus de 40 partenariats avec les fédérations africaines de football, en partenariat avec plusieurs départements ministériels du Maroc (sport, jeunesse, éducation, équipement, finances…) . C’est une action étatique, et des partenariats qui se matérialisent sur le terrain avec des formations, l’accueil d’équipes africaines au Maroc, l’échange de compétences, le conseil, des aides… »

« Plus qu’un simple dirigeant de foot, Lekjaâ est un homme d’Etat. Il a compris que le foot n’était pas un simple jeu, mais un terrain de diplomatie, et a suivi l’élan donné par le Roi à la politique africaine du Royaume. Il faut se rappeler que le polisario pouvait à tout moment intégrer la CAF si Lekjaâ n’avait pas réussi à faire voter en 2018 une résolution qui interdit à tout pays qui n’est pas reconnu par l’ONU d’intégrer les instances de la CAF. Même le représentant de l’Algérie à la CAF a levé la main pour voter en faveur de cette résolution… C’était une grande victoire diplomatique pour le Maroc », relate Moncef El Yazghi.

Avec ce nouveau mandat qui vient de commencer, l’homme est appelé à renforcer encore plus la présence du Royaume sur la scène africaine, mais aussi au sein de la FIFA où il a été le premier Marocain à siéger dans son comité exécutif. De quoi lui donner davantage de cartes pour défendre les intérêts du pays et du continent, et le dossier de candidature du Maroc (non encore officiel) pour l’organisation de la Coupe du Monde 2030…

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