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Covid. Surconsommation et stockage provoquent des ruptures temporaires en médicaments

La vitamine C, le zinc, le paracétamol, ou encore l’azithromycine se font rares ces derniers jours dans certaines pharmacies du Royaume. Les professionnels du secteur, joints par nos soins, s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas de ruptures, mais bien de perturbations dues principalement à la panique des citoyens.

Covid. Surconsommation et stockage provoquent des ruptures temporaires en médicaments

Le 11 janvier 2022 à 17h27

Modifié 11 janvier 2022 à 19h01

La vitamine C, le zinc, le paracétamol, ou encore l’azithromycine se font rares ces derniers jours dans certaines pharmacies du Royaume. Les professionnels du secteur, joints par nos soins, s’accordent à dire qu’il ne s’agit pas de ruptures, mais bien de perturbations dues principalement à la panique des citoyens.

Prescrits dans le cadre du protocole thérapeutique pour la prise en charge des patients Covid, la vitamine C, le zinc et l’azithromycine se font de plus en plus rares dans certaines pharmacies du Royaume. Une situation qui rappelle les ruptures qu’a connues le pays au début de la pandémie, en conséquence de l’explosion du nombre de cas.

« Les citoyens cèdent à la panique »

Jointe par nos soins, une source de haut niveau dans le secteur pharmaceutique nous confirme qu’il « s’agit plutôt de perturbations au niveau de la disponibilité de ces produits, et non de ruptures, ce qui est compréhensible », vu l’explosion des chiffres de nouveaux cas ces derniers jours. Les gens cherchent à se protéger, d’autant plus que le zinc et la vitamine C stimulent l’immunité.

Différentes raisons expliquent cette situation, d’après notre source, dont la première est relative à « la pression exercée sur la matière première et le transport international, et qui se poursuit depuis le début de la pandémie ».

« Les perturbations dépendent également de la gestion faite par chaque pharmacie », ajoute notre interlocuteur, notant que parfois, « même si on commande des produits pour aujourd’hui par exemple, ils n’arrivent que le lendemain ».

« Par ailleurs, il y a une frustration chez les citoyens. Par peur de tomber malade, ces derniers achètent ces médicaments en grandes quantités pour les garder chez eux. »

La hausse du nombre de cas de Covid, due au variant Omicron, coïncide également avec la saison hivernale, connue pour la grande circulation du virus de la grippe, qui nécessite presque le même traitement.

Notre interlocuteur assure que « les unités de production font un grand effort pour répondre aux besoins des citoyens. Nous avons une chance inouïe d’avoir une production locale de médicaments, et ce grâce à la clairvoyance de Feu Hassan II et du Roi Mohammed VI. Nous avons une industrie pharmaceutique de pointe. Aujourd’hui, l’humain est entré dans un cycle de pandémie, et le système de santé doit être en mesure d’y faire face, notamment en matière de disponibilité du médicament ».

Enfin, notre source pointe du doigt l’ambiguïté autour des tests antigéniques, qui pourraient être vendus en pharmacie, et qui pourraient réduire le nombre de cas graves, nécessitant l’hospitalisation. « Il est vrai que les pharmaciens n’ont pas le droit de réaliser ces tests, mais ils peuvent les vendre comme partout dans le monde. Lorsqu’ils ont les premiers symptômes, les citoyens se dirigent vers la pharmacie, et non chez le médecin privé, par manque de moyens financiers, ni à l’hôpital public qui est saturé. Les gens doivent pouvoir se tester de manière très large, par anticipation, et pour éviter que leur cas ne s’aggrave. »

« La production a été multipliée par trois »

Rappelons que le Maroc dispose d’une production locale, assurée par les laboratoires Laprophan et Galenica pour la vitamine C et le zinc, et par Galenica notamment pour l’azithromycine.

Contactés par Médias24, les deux laboratoires nous confirment que la rareté de ces produits en pharmacie et chez les grossistes répartiteurs est due à quelques perturbations induites par la panique des citoyens et par la surconsommation, et non à des ruptures de stock. Ils assurent par ailleurs que la production a augmenté depuis le début de la pandémie et se poursuit de manière régulière.

« Ce qui se passe actuellement, c’est que les gens passent dans une première pharmacie, achètent tous les médicaments prescrits par le protocole thérapeutique de prise en charge du Covid, refont le même exercice dans la deuxième, puis dans la troisième pharmacie et stockent chez eux. On ne peut pas assurer un marché avec ces spécificités », nous fait savoir le laboratoire Galenica.

« On comprend que les gens aient peur, mais ils achètent plus qu’il n’en faut », perturbant tout le marché.

« La demande paraît donc énorme, alors que les stocks se trouvent dans les domiciles. Au lieu de prendre une seule boîte par exemple de vitamine C, ils en achètent quatre ou cinq, et personne ne peut gérer ce paramètre, à moins que les pharmaciens ne commencent à doser le nombre de boîtes » pour permettre à tout le monde d’être servi.

Quid du niveau de production ? Avant, le marché était régulier. Les deux laboratoires savaient combien ils vendaient par mois et par an. Mais la crise du Covid a désorganisé le marché.

« Avec Laprophan, nous sommes les seuls laboratoires au Maroc à produire de la vitamine C par exemple. Et pour répondre à la demande marocaine, nous travaillons 24h/24, à raison de trois shifts. On ne peut pas faire plus », nous confie une source de Galenica, notant que « la production a été multipliée par trois par rapport au début de la pandémie ».

Notre source souligne cependant un ensemble de problématiques auxquelles l’industrie pharmaceutique fait face actuellement. « La matière première devient de plus en plus difficile à trouver suite à la consommation mondiale, et les prix de ces matières ont triplé. »

« Par ailleurs, le délai de livraison a été allongé. Il n’y a plus de visibilité sur ce paramètre. Également, les prix du fret ont largement augmenté avec la crise du Covid. Ils ont triplé, si ce n’est davantage, et ce dans le monde entier et dans tous les secteurs. »

« C’est devenu des médicaments sur lesquels nous maintenons la production, mais que nous vendons pratiquement à perte. Malgré tous ces paramètres, leur prix, fixé par le ministère de la Santé, n’a pas bougé depuis des années. Heureusement que chez Galenica, nous avons anticipé, et on a surstocké la matière première. »

« Les gens doivent donc se discipliner et n’acheter en pharmacie que ce qu’il leur est nécessaire », conclut notre interlocuteur.

« Les autorités doivent inciter à la rationalisation des achats »

Même son de cloche auprès de Laprophan. « Il est vrai que lors de la première vague, nous avons été pris au dépourvu. Mais nous en avons tiré la leçon et, actuellement, on est dans la troisième vague. On a l’habitude de gérer ce genre de crise. On travaille à présent avec trois shifts, 24h/24 et 7j/7″, nous apprend une source du laboratoire jointe par Médias24.

« La production est donc là, contrairement à la première vague. Un état des stocks est d’ailleurs partagé chaque vendredi avec l’observatoire national relevant de la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP) au ministère de la Santé. Le ministère fait également des inspections à l’improviste pour s’assurer que la quantité que nous nous engageons à produire l’est réellement. »

« Notons aussi que dans l’industrie pharmaceutique, le délai d’approvisionnement varie entre trois et quatre mois, le temps d’effectuer la commande de matières premières et de la recevoir. Actuellement nous avons suffisamment de matières premières. » Tout comme Galenica, Laprophan a anticipé. « Ce qui nous pénalise, c’est plutôt la surconsommation au niveau des grossisteries et pharmacies. »

« La situation est compréhensible, d’autant plus que la vitamine C produite par Laprophan coûte à peine 15 DH, et 45 DH pour le zinaskin (zinc), contre environ 200 DH pour les autres compléments importés. Mais nous sommes étonnés de constater des perturbations tous les jours. Nous avons un quota journalier à livrer. À titre d’exemple, avant la crise du Covid, on produisait 50.000 boîtes de zinc par an. Actuellement, on peut produire jusqu’à 100.000 par mois, et tout s’évapore. Heureusement que nous avons assez de matières premières. »

Notre source estime enfin que les citoyens devraient rationaliser leurs achats, d’autant plus que l’on est à peine au début de la troisième vague. « En tant qu’industriels, on ne peut pas inciter les gens à n’acheter qu’une ou deux boîtes, mais je crois que les autorités compétentes doivent se concerter et prendre des mesures pour inciter les gens à la rationalisation », conclut-elle.

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