Huiles de table: les prix vont poursuivre leur augmentation
Une nouvelle augmentation des prix des huiles de table est prévue dans les prochains jours, apprend Médias 24 auprès de sources syndicales. Des commerçants ont déjà été informés par leurs fournisseurs cette semaine. Les producteurs du secteur refusent de se prononcer sur le sujet.
L’information fait le tour des réseaux sociaux, suscitant la colère des consommateurs dont le pouvoir d'achat a été impacté par la pandémie du Covid-19. Elle nous a été confirmée par différentes sources syndicales, jointes par nos soins.
Selon l’un de nos interlocuteurs, qui est également commerçant, « le prix de l’huile de table connaît des hausses successives depuis décembre 2020 ».
« Ces hausses, estimées entre 2 et 3 DH sur le carton d’huile de table, interviennent chaque 15 à 20 jours. Chaque carton contient 15 bouteilles d’un litre. Si l'on fait le calcul, la répercussion est de 15 à 20 centimes sur chaque litre ».
Les marques les plus consommées selon notre commerçant sont « Lousra », produite par le groupe Les huileries du Souss Belhassan et « Lesieur, Cristal, Oléor et Huilor », produites par le groupe Lesieur-Cristal. «Toutes ces marques sont concernées par cette flambée des prix, et ce, depuis environ 5 mois ».
D’après notre source, qui vient de s’approvisionner ce mercredi 26 mai, « la marque la moins chère, qui est Lousra, coûte à présent 14 DH/ L chez les fournisseurs, alors qu’elle ne dépassait pas les 10 DH/ L en décembre. Quant à Lesieur, elle coûte 15 DH/L ».
« La bouteille d’huile Huilor de 5 L, est passée de 51 DH en décembre à 70 DH actuellement, soit une augmentation de 19 DH. La bouteille Lesieur de 5L, qui coûtait quant à elle 60 DH en décembre passe actuellement à 73 DH, soit 13 DH de plus. Ces produits reviennent plus chers au consommateur final, vu que je suis obligé d'ajouter une petite marge de 1 à 3 DH sur la bouteille, selon le litrage.»
« C’est énorme, mais nous ne pouvons rien faire. On ne peut pas arrêter de fournir un produit de première nécessité. Les clients ne cherchent plus les meilleures marques. Ils se contentent du produit le moins cher sur le marché. Les restaurateurs sont également impactés par ces augmentations. Au lieu d’acheter 20 à 30 litres par semaine, ils n'achèteront plus que 10 à 15 litres, qu’ils utiliseront à plusieurs reprises, ce qui constitue un risque pour la santé des consommateurs ».
« Nous nous attendons à d'autres hausses pour les semaines à venir », conclut notre interlocuteur.
Une autre source syndicale nous a également affirmé que « les fournisseurs nous ont annoncé qu’une hausse de 0,50 DH sur le litre d’huile de table est prévue à partir du lundi prochain (30 mai, NDLR) », en se gardant de nous préciser la marque concernée.
Explosion des prix des matières premières et des frais de transport
Même son de cloche auprès du président de l’Union générale des entreprises et des professionnels (UGEP). « Je pense que les prix d’un ensemble de produits de première nécessité accuseront une augmentation. Ce mardi (25 mai, NDLR), nous avons été contactés par différentes Fédérations nationales qui importent de l’étranger pour nous signaler une flambée des prix du transport. C’est donc normal que la hausse des prix des matières premières se répercute sur le citoyen ». Et pour l’huile de table, « la majorité des matières premières sont importées de l’étranger », ajoute notre source.
Un grand industriel du secteur nous fait, quant à lui, comprendre que la hausse des prix des huiles de table devient inévitable. «Je travaille dans la partie industrielle du secteur (des huiles de table, NDLR), je n’ai donc aucune maîtrise des prix, mais je suis de près les cours à l’international des matières premières, qui continuent de prendre de la valeur. Logiquement, sauf surprise, cela va se répercuter sur les produits fabriqués à base de ces matières, mais je ne peux prédire à quel niveau. Les cours ont atteint des niveaux très élevés. Les opérateurs du secteur arrivaient jusqu’ici à atténuer l’impact sur le consommateur, mais on arrive au sommet ».
En effet, l’indice FAO des prix des produits alimentaires, qui mesure la variation mensuelle des cours internationaux d’un panier de produits alimentaires de base, relève une nouvelle hausse des prix à fin avril 2021, pour le onzième mois consécutif.
« Le prix des huiles végétales a progressé de 1,8% à fin avril, les cours internationaux de l’huile de palme ayant augmenté sous l’effet des craintes d’une croissance de la production plus lente que prévue dans les principaux pays exportateurs. Les valeurs des huiles de soja et de colza ont également poursuivi leur progression, tandis que les prix de l’huile de tournesol se sont contractés modérément », indique la FAO.
Mutisme des grands producteurs
Les grands producteurs des huiles de table gardent le silence sur cette situation. Malgré nos nombreuses tentatives de le contacter, le directeur général de Lesieur-Cristal est resté injoignable. Le service de communication du groupe nous a fait savoir que « la société ne se prononcera sur le sujet que via un communiqué ». Quant au groupe Les huileries du Souss Belhassan, il a refusé de nous parler du sujet.
Notre interlocuteur à l’UGEP regrette également le mutisme du gouvernement, « qui reste à chaque fois les bras croisés, jusqu’à ce qu’il y ait des répercussions sur le marché intérieur ».
Les commerçants sondés par Médias 24 plaident pour une subvention de l’Etat, afin de supporter la hausse des prix des matières premières, pour éviter une répercussion sur le citoyen.
Rappelons qu’en février dernier, une campagne de boycott a été lancée sur les réseaux sociaux visant Lesieur-Cristal, suite à la hausse des prix de ses produits, que le groupe ainsi que l’Association professionnelle des producteurs d’huile au Maroc, la Comader et la Fenargi, avaient expliqué cette envolée par la flambée des prix des matières premières agricoles à l’international, et plus particulièrement de celles utilisées pour la fabrication des huiles de table. Les stocks constitués par les producteurs avant la pandémie pour éviter tout risque de pénurie ont permis de retarder le plus possible la répercussion auprès des consommateurs marocains. Ces stocks commencent à se réduire , ce qui les contraint à répercuter une partie de la hausse sur les prix de leurs produits.
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