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ECONOMIE

Environnement des affaires: nouveaux éclairages sur la politique nationale

Le Maroc se dote d'une nouvelle politique d'amélioration de l'environnement des affaires qu'il déroulera en parallèle à sa stratégie adressée à l'amélioration de son classement au doing business. Eclairages.

Environnement des affaires: nouveaux éclairages sur la politique nationale
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Le 6 mai 2021 à 20h47 | Modifié 7 mai 2021 à 10h30

Le Comité national de l'environnement des affaires (CNEA) se dote d'une politique ambitieuse d'amélioration du climat des affaires 2021-2025, annoncée mercredi 5 mai lors d'une réunion présidée par le chef du gouvernement.

Une stratégie comprenant 33 initiatives prioritaires dont 13 pour l’amélioration des conditions structurelles de l’environnement des affaires, 11 initiatives pour faciliter l’accès des entreprises aux ressources nécessaires et 9 initiatives pour le renforcement de la collaboration, la transparence et l’inclusion.

Quelle différence y a-t-il entre cette nouvelle politique nationale et les actions menées jusque-là par le CNEA? Comment ces initiatives ont-elles été définies? Quelle place pour les actions effectuées dans le cadre de l'amélioration du classement du Maroc dans le Doing Business?

Des questions que nous avons posées à un membre du CNEA qui nous apporte les éclairages sur les coulisses d'élaboration de cette stratégie qui promet de transformer le climat des affaires.

De plans d'actions isolés à une stratégie

Le CNEA a été créé en 2010 avec pour objectif principal d'instaurer le dialogue public-privé pour avoir une lecture des contraintes, des difficultés du secteur privé et réaliser les réformes qui s'imposent.

"Le Comité agissait à travers des plans d'actions annuels qui manquaient de fil conducteur. La réflexion allait donc dans le sens d'opter pour un travail stratégique. Puis en 2019, le Roi Mohammed VI a donné ses instructions explicites pour que le Maroc développe une vision stratégique sur l'environnement des affaires. Et de là, le travail a commencé", nous explique notre source.

"Un certain nombre de principes ont prévalu dans l'élaboration de la stratégie comme la priorisation et l'agilité,... Il fallait aller à l'essentiel car, à vouloir tout faire, on ne fait rien", poursuit notre source.

Le travail de diagnostic effectué par le Comité a permis de relever 110 contraintes dans le climat des affaires. Les solutions à ces contraintes ont été identifiées dans le cadre de plusieurs Hackathons, organisés sous la forme d'ateliers de production d'idées sur les pistes de réforme.

"Dans un premier temps, on a identifié quelque 500 projets de réformes éventuelles. Il fallait donc faire un travail de nettoyage, d'homogénéisation et de rapprochement... On a fait des filtrages avec des études de faisabilité et des études d'impact... Ce qui nous  a permis de converger vers les 33 initiatives qui constituent l'actuel portefeuille stratégique", nous confie notre source.

Qu'en est-il des autres projets de réforme non retenus ? "L'ensemble des initiatives identifiées, même celles qui n'ont pas passé le filtre, sont retenues. Elles sont gardées à disposition car elles peuvent servir dans un esprit d'agilité et d'adaptation au contexte", répond notre interlocuteur.

"Il est difficile de dire que seules les 33 initiatives définies seront réalisées de 2021 à 2025. Au fur et à mesure que l'implémentation de la politique nationale avance, des changements marginaux peuvent survenir. Une initiative peut  s'ajouter, une autre qui n'est plus pertinente remplacée,... Il faut garder un regard assez pertinent sur les priorités du moment. La Covid est dans ce sens un très bon exemple. En l'espace de quelques semaines, le monde a changé et donc les priorités également", ajoute-t-il.

Une implémentation graduelle

En matière d'implémentation de cette politique, notre source assure que "chaque initiative aura une feuille de route dédiée définie par les parties prenantes. Une initiative n'est pas égale à un seul projet. Une initiative stratégique peut donner lieu à un ou plusieurs projets de mise en œuvre".

"L'aventure ne fait que commencer. Cette politique représente les fondations. Lors de la réunion présidée par le chef du gouvernement, il a été décidé le maintien du comité de pilotage qui a supervisé l'élaboration de la stratégie, pour s'occuper du pilotage de la mise en œuvre et de l'implémentation", nous confie notre source.

"Pour avoir de l'impact sur le terrain, il faut avoir un mécanisme d'implémentation réussi. Et c'est là où l'expérience du CNEA et des success stories notamment sur le Doing business entrent en jeu. Le passage du Maroc de la 128ème à la 53ème place au niveau mondial, n'est pas le fruit du hasard. C'est le fruit du travail sur le terrain et la réalisation de réformes dont l'impact a été mesuré au niveau international", poursuit notre interlocuteur qui assure que "les méthodes d'encadrement et de gestion de projets jusque-là adoptées vont être améliorées, avec des outils plus élaborés et des plateformes électroniques de travail collaboratif qui seront annoncés très prochainement".

Ces outils concernent les domaines de l'écoute et du dialogue continus, de l'évaluation d'impact, du travail collaboratif, du management de projet, et du reporting de mesures de performances et mesures d'impact.

Une stratégie parallèle pour le Doing Business

Par ailleurs, tous les observateurs s'interrogent sur la place de cette nouvelle politique par rapport au travail mené par le CNEA dans le cadre du Doing Business. "La nouvelle politique nationale n'a aucune relation avec les classements internationaux que ce soit le Doing business ou autres", assure notre source.

"Ça n'a absolument aucune relation. Le Doing Business est important, nous continuons à travailler dessus à travers une stratégie qui lui est dédiée", insiste-t-il.

Les deux stratégies avanceront en parallèle. Le CNEA a longtemps été accusé de donner trop d'importance au classement international Doing business qui n'était pas forcément représentatif des principales difficultés de l'entreprise marocaine. "Ce n'est pas totalement faux", rétorque notre source.

"Malgré le fait qu'il soit important et bien fait et qu'il ait permis de guider le Maroc sur un ensemble de réformes importantes, le Doing Business reste limité dans certains domaines comme l'informel par exemple, le capital humain, l'accès au foncier ou la corruption,.... qui ne sont pas pris en compte dans ce classement. Or, ces thématiques sont extrêmement sensibles et importantes dans le contexte marocain", poursuit notre interlocuteur.

"Si le Maroc ne s'intéresse qu'au Doing Business, il rate les priorités de l'entreprise marocaine. A l'inverse, si le travail n'est concentré que sur le marché national en restant 128ème dans le classement mondial, le pays perd toute crédibilité à l'international. L'intelligence de la procédure mise en place, c'est de créer un équilibre. Une stratégie avec des réformes qui ciblent le classement international se poursuivra parallèlement au déploiement de la politique nationale", analyse-t-il.

Le Maroc a mis en place une feuille de route 2018-2021 ciblant le classement du Maroc dans le top 50. Dans le dernier classement, le Maroc occupe la 53e place. La publication du rapport 2021 est fortement attendue pour voir justement, si le Royaume a atteint son objectif d'être consacré parmi les 50 premières économies dans le monde, en matière d'amélioration de l'environnement des affaires.

"En fonction des résultats du prochain rapport, le Maroc décidera soit une stratégie de maintien du positionnement dans le top 50 soit une politique de ciblage d'un meilleur positionnement", nous explique notre source.

"Quoi qu'il en soit, cette nouvelle stratégie Doing Business doit être en harmonie avec la politique nationale qui répond aux contraintes des entreprises marocaines".

Lire aussi :

Climat des affaires: les pistes d’amélioration selon la CGEM

Climat des affaires: une politique nationale intégrée d’ici fin 2020 (El Otmani)

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