Il ne faut pas espérer une forte baisse globale des taux d’intérêt (banquier)
Si la baisse du taux directeur sera répercutée immédiatement et avec la même ampleur sur les taux des crédits Relance, ce ne sera pas le cas pour les crédits conventionnels aux entreprises et aux ménages, prévient un DG de banque.
Bank Al-Maghrib a réduit son taux directeur de 50 points de base, ce mardi 16 juin, le ramenant à 1,5%. Il faut remonter à 2003 pour voir une baisse aussi forte du coût de l’argent. Cet abaissement a été précédé d’un autre d’une ampleur traditionnelle : 0,25 points de base en mars dernier.
En tout, le taux directeur a donc été abaissé de trois quarts de point en 3 mois pour soutenir la relance économique. Les attentes des différentes catégories d’emprunteurs sont fortes.
Sauf qu’il ne faut pas trop espérer de cette décision de politique monétaire en matière de coût des emprunts, prévient le DG d’une banque qui tient à garder l’anonymat. Du moins pas dans l’immédiat.
Les crédits Relance indexés sur le taux directeur, pas les autres
Certes, pour certaines catégories d’emprunteurs, l’impact de la baisse du taux directeur sera significatif sur le coût du financement.
Il s’agit en premier de toutes les entreprises qui vont contracter les crédits Relance garantis par l’Etat et dont le taux d’intérêt a été fixé par le CVE. Ce taux est équivalent au taux directeur, majoré de 200 points de base. Alors qu’il était de 4% avant mardi 16 juin, ce taux passe automatiquement à 3,5% compte tenu de l’indexation sur le taux directeur.
Il s’agit aussi de l’Etat pour ses emprunts sur le marché domestique. Le taux directeur étant la base de la courbe des taux obligataires, sa baisse tirera automatiquement cette dernière vers le bas, avec toutefois une ampleur différente en fonction des maturités des bons du Trésor et un certain décalage dans le temps.
Mais pour tous ceux (ménages et entreprises) qui solliciteront les banques pour les crédits conventionnels (consommation, habitat, fonctionnement et investissement), la baisse du coût des financements ne sera pas immédiate et de la même ampleur que celle du taux directeur.
Les avances de BAM ne représentent qu'une petite partie des ressources bancaires
Et pour cause. Le DG de la banque contacté par Médias24 explique que les avances de Bank Al-Maghrib accordées aux banques pour financer leur déficit de trésorerie, et qui sont facturées au taux directeur, ne constituent qu’une toute petite partie des ressources des banques (entre 5 à 10% de l’ensemble des ressources des banques, selon notre source). Une baisse du coût de ces avances n’induit donc qu’une petite baisse du coût global des ressources bancaires.
Et il ne s’agit que de financements à court terme, indique notre source : « les refinancements au taux directeur se font à 7 jours. Ils sont renouvelables bien sûr, mais ça reste des ressources qu’on mobilise sur le court terme. On ne peut donc pas s’engager par exemple sur des crédits immobiliers à très long terme sur la base du taux directeur ».
En 2018 (dernières données agrégées disponibles), les ressources des banques émanant des autres établissements de crédit ne représentaient que 10% de leur passif, et ce, malgré l’augmentation du recours aux avances de BAM. De plus, ces dernières représentaient moins de 60% des ressources contractées auprès des autres établissements de crédit.
En fait, l’essentiel des ressources des banques (70%) est constitué des dépôts de la clientèle. Certes, 60% de ces dépôts sont à vue, donc gratuits. Mais les 40% restants ont un coût. Les dépôts à terme coûtaient entre 2,6% et 3% en moyenne en avril, en fonction de la durée de placement. Et les comptes sur carnet coûtent 1,8% au premier semestre.
En 2018, le coût moyen des dépôts s’élevait à près de 1%.
A ces deux types de ressources s’ajoutent les financements des banques auprès du marché (dettes obligataires, certificats de dépôts…) qui représentent 8% et qui ont un coût supérieur au taux directeur ; ainsi que les capitaux propres (10%) dont le coût est encore plus élevé, les actionnaires exigeant généralement un ROE à deux chiffres.
Il faut attendre que le coût de toutes les catégories de ressources baisse
Il faut donc que le coût de toutes ces catégories de ressources baisse pour espérer obtenir un recul significatif des taux des crédits. En 2018, le coût moyen des ressources s’élevait à 1,37%, en légère baisse depuis 2017.
Certes, la baisse du taux directeur tirera également vers le bas les taux créditeurs des dépôts rémunérés, ceux des obligations et certificats de dépôts… Mais il faudra attendre un certain temps, et la baisse ne sera pas de la même ampleur.
« Cette question dépend aussi de la concurrence entre banques, de la structure des ressources de chacune d’entre elles, des objectifs commerciaux... Il y en a qui vont consentir des baisses plus importantes que d’autres sur les prochains mois, mais ce qui est sûr c’est que ces baisses ne calqueront pas parfaitement la baisse du taux directeur, car c’est juste impossible »
Bank Al-Maghrib a souligné lors de son dernier conseil qu’elle veillera à la transmission par les banques des décisions de politique monétaire et que celles qui ne suivront pas seront pénalisées en termes de refinancement. Mais la structure et le coût des ressources sont ce qu’ils sont.
En attendant de voir comment les choses évolueront, rappelons que les taux des crédits à la consommation et à l’habitat ont augmenté au 1er trimestre 2020 par rapport à la même période en 2020, et ce, malgré l’abaissement du taux directeur de 0,25 point en mars. Les taux pour les TPME ont également augmenté. Preuve que la transmission de la politique monétaire à l’économie réelle n'a jamais été évidente…
À découvrir
à lire aussi
Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.
Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".
Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]
Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.
Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.
Article : Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.