Industrie automobile: Redémarrage partiel en attendant la reprise de la demande
L'industrie automobile reprend partiellement son activité. Bien que progressive, cette reprise est de bon augure pour l'économie car elle redémarre dans son sillage les exportations marocaines.
Après un arrêt de plusieurs semaines qui a lourdement affecté le secteur, les deux locomotives de l'industrie automobile marocaine, Renault et PSA, ont annoncé la reprise de leur activité entre le 27 avril et le 6 mai.
Qu'est-ce qui a motivé une reprise dans ce timing sachant que le Maroc, comme la majorité des pays du monde, continue de combattre la pandémie ?
"Les usines de Tanger et Somaca ont suspendu leur production depuis le 19 mars afin d’adapter l’organisation et de mettre en place le référentiel sanitaire du groupe Renault conformément aux recommandations de l’Etat marocain et de l’Organisation mondiale de la santé. Ce dispositif mondial adapte l’environnement industriel par la mise en place de nouveaux standards qui allient des solutions sanitaires, technologiques, organisationnelles et comportementales. Le déploiement de ce référentiel sanitaire conditionne le redémarrage des usines du groupe pour limiter au maximum les risques de contamination tout en assurant le meilleur niveau de qualité de la production", nous répond Marc Nassif, directeur général du groupe Renault Maroc.
Ce dernier poursuit, "le redémarrage des deux usines a été conditionné par les visites de la commission interministérielle ainsi que les autorités locales. Le groupe Renault Maroc est conscient des enjeux d’assurer à la fois la sécurité de tous ses collaborateurs et de poursuivre l’activité afin de contribuer à la relance économique du pays".
La demande reprend doucement
Les industriels automobiles accueillent positivement la nouvelle de la reprise. "C'est une très bonne nouvelle pour le secteur. Le redémarrage de Renault et PSA va redynamiser le secteur", commente un équipementier du secteur.
Le redémarrage des usines de Renault a engendré une "mobilisation forte avec la reprise de la quasi-totalité de l'écosystème du constructeur", confirme Marc Nassif.
Reste à savoir si les équipementiers aussi observent la même rigueur sur le volet sanitaire. "Avant la reprise il y a eu, bien évidemment, la préparation d'un plan sanitaire pour préserver la santé des collaborateurs afin que cette reprise se déroule conformément aux consignes du ministère de la Santé. Renault et PSA ont déjà sensibilisé leurs fournisseurs et les ont accompagnés pour qu'à leur niveau aussi, les exigences en matière sanitaire soient respectées rigoureusement", explique un équipementier joint par Médias24.
Renault nous explique pour sa part que l'ensemble de ses fournisseurs "ont mis en place un référentiel sanitaire robuste leur permettant d’obtenir l’autorisation des autorités pour la reprise de leurs activités".
Cela dit, cette reprise reste partielle. Nous sommes loin d'un redémarrage à plein régime. D'ailleurs, PSA et Renault ont bien précisé dans leur communication officielle que la reprise sera "progressive".
"Notre protocole de mesures renforcées offre un haut niveau de protection à nos salariés dans le monde entier et constitue le premier critère de redémarrage de nos sites de production. L’activité industrielle étant tirée par l’activité commerciale, qui est notre second critère, nous relançons de manière progressive et sécurisée notre appareil industriel pour fabriquer les voitures attendues par nos clients. Ainsi, ces deux critères guideront nos décisions pour les prochaines semaines et mois à venir", affirme Yann Vincent, directeur industriel du groupe PSA cité dans le communiqué.
Pour Renault, le groupe a communiqué dès le 17 avril sur un "redémarrage partiel et progressif" de ses deux usines de Tanger et de Casablanca. Chose que nous confirme le DG de Renault Maroc. "La reprise est partielle dans un premier temps. Le site de Tanger, par exemple, a repris progressivement depuis le 27 avril en une équipe sachant qu’en temps normal nous tournons en 3 équipes. L’activité sera ajustée en fonction de la reprise de la demande mondiale et nationale", nous explique-t-il.
Ce redémarrage prudent est imposé par le contexte. D'un côté le risque de contamination dans le milieu professionnel reste important malgré les mesures strictes qui peuvent être mises en place. De l'autre, il n'est pas pertinent de redémarrer une production à plein régime alors que la demande n'est pas au rendez-vous.
"La demande reprend doucement. Personne ne peut savoir ce qui va se passer. Malgré cela, il y a une volonté de redémarrer tout en restant prudent sur le plan sanitaire en évitant d'avoir trop de monde dans les usines, et en prenant en compte une demande qui se confirmera au fur et à mesure du déconfinement", confirme un fin connaisseur du secteur automobile.
Renault redémarre l'export ce mercredi 6 mai
La reprise partielle de l'industrie automobile marocaine fait écho à un redémarrage progressif de toute l'industrie automobile mondiale. "Des usines automobile en Allemagne et en Turquie ont repris leurs activités. Bientôt d'autres constructeurs en France et en Espagne suivront le pas", nous précise notre source.
Ce redémarrage des constructeurs étrangers n'est pas sans ravir les équipementiers installés au Maroc dont une bonne partie les comptent parmi leurs clients.
"Les équipementiers qui fournissent d'autres constructeurs que Renault ou PSA, redémarrent donc aussi leur activité dans le sillage de la reprise de leurs clients étrangers", nous affirme une source du secteur.
En effet, le groupe Volkswagen par exemple a redémarré partiellement la production au niveau de plusieurs sites. Ford a également annoncé le redémarrage de la production dans plusieurs site à partir du 4 mai. Porsche, BMW, Tesla, ou encore Fiat Chrysler Automobiles envisagent, selon les médias, une reprise de leur production au cours du mois de mai.
Le redémarrage des constructeurs, qu'ils soient installés au Maroc ou ailleurs, nourrit l'espoir de la reprise des exportations. Car les chiffres des exportations du secteur automobile à fin mars ont affiché une baisse à deux chiffres selon le dernier bulletin de l'office des changes :
- Les ventes de la construction ont baissé de 36,3% en comparaison avec la même période de 2019 (5,9 MMDH au lieu de 9,4 MMDH une année auparavant).
- Les exportations de câblage ont baissé de 27,8% (6,1 MMDH au lieu de 8,5 MMDH à fin mars 2019).
- Les ventes de l’intérieur véhicules et sièges baissent de 13,2%.
Les chiffres pour le mois d'avril devraient être pires. Si une reprise se fait au cours de ce mois de mai, cela peut atténuer la baisse attendue. D'ailleurs, le groupe Renault nous confirme que les exportations reprendront ce 6 mai.
"Il est indéniable que le niveau des exportations est plus faible qu’avant la crise. Cependant, notre reprise progressive permet dès à présent de livrer les clients dont certains ont passé commande avant le démarrage du confinement dans nos pays d’exportation. Après la reprise de nos activités industrielles, le niveau de nos exportations dépendra du niveau des marchés de destination fortement impacté par les périodes de confinement", nous confie Marc Nassif.
C'est d'ailleurs cela qui conditionnera une reprise totale de l'outil industriel. "La reprise totale du secteur automobile au Maroc est liée à celle de nos pays d'export, plus de 90% de notre production étant exportée. Nous restons attentifs à tous les signaux de reprise et suivons de près l’évolution des mesures de restriction. La durée et l’ampleur de cette crise Covid-19 ne permettent pas de donner une prévision précise des impacts", conclut le DG du groupe Renault.
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