Agriculture: 2020, une année de sécheresse?
Températures hors normes et absence de pluies. Le gouvernement américain prévoit une production de céréales en forte baisse, au Maroc. Même si l'arboriculture et l'élevage s'en sortent, l'impact se fera sentir sur la croissance économique et chez les petits agriculteurs.
"On ne peut pas avoir deux années de sécheresse successives". C'est ce qu'avaient affirmé les économistes du Centre Marocain de Conjoncture en septembre dernier pour justifier leur prévision de croissance économique de 4,6% en 2020.
Nous sommes à la deuxième moitié du mois de février et tous les indicateurs montrent qu'on se dirige bel et bien vers une deuxième année de sécheresse, la troisième depuis 2016 (34 millions de quintaux de céréales en 2015-2016).
Une situation pas très rassurante et des prévisions pessimistes
Les derniers chiffres remontent à fin décembre 2019 : déficit pluviométrique de 37,6% par rapport à la campagne 2018-2019 qui, pour rappel, s'est soldée par une production céréalière en forte baisse à 52 millions de quintaux ; un taux de remplissage des barrages à usage agricole de 47,6% au lieu de 60,2%, une année plus tôt ; une situation du couvert végétal de moyenne à faible, dans la majorité des régions agricoles du Maroc.
Et la situation ne s'est pas améliorée depuis. Hormis quelques faibles précipitations, quasiment toutes les régions ont connu une absence de pluies ces dernières semaines.
A cela s'ajoutent des températures hors normes pour un mois de février, supérieures de 5° à 6° par rapport à la normale.
Ces deux phénomènes ont un lourd impact chez les agriculteurs, qu'ils soient en bour favorable ou défavorable : chute du rendement, voire perte de production pour les semis précoces, ralentissement de la croissance des cultures entamées, suite aux dernières précipitations de fin janvier, maladies et attaques d'insectes, floraison avancée pour l'arboriculture...
Selon le département agricole américain, la production de blé au Maroc pourrait descendre à 4 millions de tonnes, soit 40 millions de quintaux.
Limiter les dégâts reste possible. Si pour les semis précoces, les pluies tardives ne compensent jamais l'absence de précipitations en début de saison, les semis tardifs et les cultures de printemps peuvent être sauvés... si la pluie est de retour en quantité suffisante et avec une bonne répartition spatiale et temporelle. Mais, pour l'instant, la Météorologie nationale ne prévoit pas de précipitations à court terme, hormis quelques averses orageuses par endroits.
Impact attendu sur la croissance et la situation des petits agriculteurs
Certes, le poids des céréales dans la valeur ajoutée agricole a baissé, grâce au Plan Maroc Vert qui a permis de développer des filières à plus forte valeur ajoutée comme l'arboriculture fruitière (olives, agrumes...), mais les contre-performances dans la céréaliculture pèsent toujours sur la croissance économique, comme ce fut le cas en 2018-2019.
Pour les chiffres relatifs à l'année dernière, le HCP prévoit une baisse de 4,3% de la valeur ajoutée agricole, en raison de la baisse de la production céréalière, et une croissance économique limitée à 2,3%, en grande partie à cause de cette baisse.
Pour l'année 2020, les prévisions de croissance qui vont de 3,5% (HCP) à 4,6% (CMC) risquent de ne pas se réaliser car retenant des hypothèses largement favorables par rapport à l'évolution actuelle de la campagne agricole.
Changement climatique, exode rural...
Surtout, le déficit pluviométrique et la chaleur impactent lourdement la situation des petits agriculteurs qui représentent la majorité et qui vivent de l'élevage et de cultures à rendement minime. Un enjeu social important, surtout lorsqu'on sait que les sécheresses deviennent de plus en plus fréquentes et longues.
En effet, l'impact du changement climatique sur le Maroc est indéniable. Les températures moyennes sont en hausse et les sécheresses, vagues de chaleur et inondations plus fréquentes. Et la situation devrait s'aggraver selon le plus optimiste des scénarios.
Gérer la problématique de l'eau, accompagner les petits agriculteurs, fixer les populations rurales dans leurs territoires sont les plus importants défis actuels du Maroc.
Ces défis sont pris en main au plus haut niveau de l'Etat : le plan d'urgence de l'eau, la stratégie "Génération Green" visant l'émergence d'une classe moyenne rurale et le programme Intelak d'appui et de financement des entrepreneurs qui consacre une bonne partie des moyens financiers et humains au monde rural, sont autant de dispositifs qui visent à répondre à ces défis.
à lire aussi
Article : À l’Alhambra, la Fondation Docteur Leïla Mezian donne une vitrine mondiale au patrimoine amazigh
Le Carmen de los Porcel accueille depuis samedi 13 juin une exposition permanente de 200 m² consacrée aux objets, aux gestes et aux récits amazighs, enrichie notamment par la donation de bijoux de Jorge Dezcallar, ancien ambassadeur d’Espagne au Maroc.
Article : Législatives 2026 : le Conseil national de l’Istiqlal pose les bases de son programme électoral
À quelques mois du scrutin de septembre, Nizar Baraka veut installer son parti sur des thèmes très concrets : sécurité hydrique, production locale, industrialisation, moralisation de la vie publique et pouvoir d’achat. Une manière de préparer la bataille des urnes en tentant de répondre à une double attente : rassurer sur les grands chantiers du pays et parler aux ménages confrontés aux tensions du quotidien.
Article : Océans : le rapport de 1.300 pages de l’ONU qui documente un désastre en cours
Ils ont longtemps servi d’amortisseur silencieux à la planète, absorbant plus de 90% de l’excès de chaleur et près d’un tiers du CO2 rejeté par les activités humaines. Mais la machine se dérègle : niveau de la mer en accélération, coraux menacés, plastiques présents dans tous les écosystèmes, stocks de poissons sous pression et littoraux exposés. Publiée le 5 juin par l’ONU, la nouvelle Évaluation mondiale de l'océan dresse le portrait d’un système vital qui protège encore l’humanité, tout en montrant des signes de rupture de plus en plus visibles.
Article : ENQUÊTE. Manuels scolaires : derrière les pénuries de livres, la fin d’un modèle vieux de 20 ans
Affiché à seulement 4,05 DH, un manuel scolaire a fini par coûter près de 200 DH à certains parents, contraints de multiplier les déplacements et les tournées de librairies pour parvenir à le trouver lors de la rentrée 2025-2026. Derrière cette situation se joue une réforme qui bouleverse l’ensemble de la filière du livre scolaire. Pendant plusieurs semaines, Médias24 a interrogé les professionnels du secteur et reconstitué les effets de cette réforme sur un marché de plusieurs centaines de millions de dirhams.
Article : L’agence marocaine Com&Talk rejoint le réseau international IPRN
L’agence marocaine Com&Talk Agency a intégré l’International Public Relations Network (IPRN), un réseau mondial d’agences indépendantes spécialisées dans les relations publiques et la communication. Cette adhésion doit lui permettre de renforcer son accompagnement de clients au Maroc, en Afrique et à l’international.
Article : Essai Citroën C3 : le confort comme meilleur argument face au prix
Sur les chaussées parfois imparfaites de Casablanca, la nouvelle C3 donne rapidement le ton. Dans sa version essence Plus à 163.000 DH, la citadine française ne cherche pas à impressionner par ses performances, mais par une promesse plus concrète au quotidien : rendre les trajets urbains plus simples, plus doux et moins fatigants.