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Crise RAM/AMPL: “Les perturbations ne s'arrêteront qu'à la fin de la haute saison”

14 jours après le début du mouvement de protestation de l’AMPL contre un programme aérien "intenable", 99 vols ont été annulés et tout indique que ce phénomène va continuer. Selon un commandant de bord, les pilotes ne feront pas preuve de flexibilité pour éviter la poursuite des perturbations. Sans allègement du planning de vols et/ou de location d’urgence d’avions avec des équipages étrangers, la situation va donc durer tout l’été avant de redevenir normale en septembre.

Crise RAM/AMPL: “Les perturbations ne s'arrêteront qu'à la fin de la haute saison”
Samir El Ouardighi
Le 31 juillet 2018 à 16h11 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Quelques minutes avant de décoller, le secrétaire général de l’AMPL, nous a confirmé, très brièvement, que les négociations avec le management de la RAM étaient complètement bloquées et qu’il n’avait aucune visibilité sur l’arrêt des perturbations avant la fin de la haute saison estivale.

"Un programme de vols prévu pour 800 pilotes contre 540 à la RAM"

Contacté à son tour, un autre commandant de bord syndiqué à l'association marocaine des pilotes de ligne, a été plus prolixe en affirmant que le mouvement allait se poursuivre tout l’été car ses collègues n’ont pas l'intention d'accepter de nouvelles astreintes résultant d’un "planning de vol surchargé et irréalisable en l’état actuel des effectifs".

"Il est hors de question de continuer à assurer des vols imprévus alors que nous ne sommes pas assez nombreux. Afin de ne pas se retrouver dans la situation de blocage actuel, la direction n’aurait pas dû concocter un programme pour 700 ou 800 pilotes alors que nous ne sommes que 540 à la compagnie.

"La situation qui prévaut dans les aéroports lui incombe car elle a préféré mettre les bouchées doubles sur les ventes de billets sans tenir compte de sa capacité humaine à transporter ses clients.

"Pendant des années, nous avons fait preuve de flexibilité sans rechigner mais aujourd’hui, la situation est devenue intenable car nous ne pouvons pas nous dédoubler et n’avons, en plus, aucune gratitude de la direction.

"Cette dernière estime que notre surcharge de travail est normale alors qu’elle se comporte différemment avec nos collègues étrangers qui ne sont pas soumis au même surmenage", nous déclare notre source, requérant l’anonymat, pour qui les perturbations actuelles sont du ressort de la direction de la RAM.

"Des perturbations structurelles mais aussi conjoncturelles"

Selon lui, les annulations et retards de vols s’expliquent d’abord par des facteurs structurels comme le sous-effectif mais aussi conjoncturels liés à la période estivale de forts flux aériens dans le monde.

"Sachant que la RAM exploite non-stop toute sa flotte, les pannes techniques sont plus fréquentes. Les retards (3 à 4 heures) s’expliquent aussi par le nombre énorme de charters (absents en hiver) présents dans le ciel qui entraînent des encombrements au niveau des décollages, atterrissages et airway c’est-à-dire en vol. C’est un phénomène tout à fait normal que l’on peut comparer aux longues files des automobilistes qui patientent avant d’arriver au guichet de péage d’autoroute pendant les débuts ou fin de vacances.

"De plus, la politique de vente a été catastrophique en voulant soit trop vendre soit commercialiser des destinations sans suffisamment de clients. Dans sa course à la rentabilité, la RAM remplit des avions qui n’étaient pas programmés et se plaint après coup, et sans nous aviser d’avance, de ne pas avoir d’équipage en nous désignant comme bouc émissaire.

"D’autre part, une partie des annulations est due au fait que la compagnie préfère supprimer des vols au dernier moment car elle se rend compte qu’elle n’a pas vendu assez de billets pour remplir l’avion.

"Pour nous, c’est donc la direction commerciale de la RAM (qui fixe les prix et les programmes de vols) qui est la seule responsable des blocages actuels dans les aéroports".

 "Une grève aurait entraîné jusqu’à 150 annulations de vols par jour"

"La RAM nous désigne devant l’opinion publique comme des grévistes gâtés mais la réalité est que nous travaillons au-delà de nos capacités physiques. Il faut préciser que les réservistes effectuent 4 à 5 vols d’affilée et ne prennent que leur repos réglementaire mais s’il ne tenait qu’à elle, on devrait enchaîner 10 vols l’un après l’autre", dénonce notre interlocuteur.

A la question de savoir pourquoi les perturbations avaient démarré au 1er jour du mouvement (mercredi 18/7), notre source l’attribue simplement au calendrier des vacances coïncidant avec le 15 juillet.

"Pendant cette période de forts flux aériens, nous avons toujours eu des vols annulés et des passagers bloqués au sol mais avec les directs rendus possibles par les réseaux sociaux, ils ont plus de visibilité.

"Avec ou sans mouvement social, sur 540 pilotes, il est normal qu’une partie des réservistes puissent arriver en retard à leur poste. S’il y avait vraiment une grève comme le laisse entendre la direction, il n’y aurait pas dix annulations par jour mais plutôt 100 voire 150 suppressions de vols", conclut notre commandant de bord qui ne voit pas d’amélioration de la situation avant la fin de la haute saison.

Si l’AMPL poursuit son mouvement et n'accepte pas de faire preuve de flexibilité, la direction n’aura d’autre choix que d’alléger son programme de vols ou de louer en urgence des avions avec des pilotes étrangers mais cette solution paraît peu probable devant la pénurie mondiale de packs "Wet Lease".

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Samir El Ouardighi
Le 31 juillet 2018 à 16h11

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