OCP suspend ses livraisons au Kenya en raison d'une sombre affaire d'accusations contre ses engrais
L’affaire a réellement démarré le 22 juin dernier lorsqu’une dizaine de responsables du bureau kényan des normes (Kebs) ont été arrêtés et présentés à la Justice. Parmi eux, le directeur Charles Ongwae. Leur arrestation est effectuée dans le cadre d’une affaire criminelle. Ils sont accusés d’avoir fait introduire frauduleusement au Kenya des engrais marocains non conformes et contenant du mercure.
La quantité incriminée est de 5.800 tonnes. Selon l’accusation, deux tests de laboratoire ont indiqué que ces fertilisants non seulement se situent en-dessous des normes mais contiennent des matières dangereuses susceptibles d’être toxiques pour l’environnement et la santé. Selon des informations de la presse kényane, trois membres de la direction d’OCP Kenya sont également mis en cause. Selon nos propres indications, ils n’ont pas été inquiétés pour le moment et ne se trouvent pas au Kenya.
48 heures plus tard, le dimanche 24 juin, OCP a réagi par un communiqué indiquant que “ces fertilisants spécifiques ont été produits pour le marché local avec la validation de laboratoires kenyans, et ont montré leur efficience auprès des agriculteurs locaux“.
Dans son communiqué, OCP “exprime son étonnement quant aux accusations portées à son encontre et à celle de ses collaborateurs concernant l’importation au Kenya d’engrais qualifiés de non-conformes à la réglementation locale“. Il “réfute catégoriquement les accusations adressées à son encontre car celles-ci ne reflètent ni ses pratiques commerciales ni la rigueur de la politique de qualité du groupe OCP“.
OCP ajoute que “la conformité de la cargaison a été attestée par plusieurs expertises indépendantes, menées par des sociétés d’inspection de renommée internationale telles que SGS, Bureau Veritas et Cropnuts“.
Jeudi 28 juin, le journal kényan Daily Nation relaie des informations selon lesquelles un bateau affrété par OCP et transportant 10.000 T. d’engrais a quitté précipitamment le port de Mombasa “pour éviter une inspection“. Cette “info“ est présentée comme un argument devant attester une culpabilité de la filiale kényane du groupe marocain.
Le journal cite le directeur des enquêtes criminelles, George Kinoti, qui selon lui a déclaré le 27 juin, “qu'il poursuivrait le navire en utilisant Interpol pour s'assurer qu'il ne déchargerait pas la cargaison n'importe où“. "S'il avait de vraies cargaisons, pourquoi a-t-il fait demi-tour même après avoir payé 18 millions de shillings en taxes?", a demandé M. Kinoti cité par le journal.
Sur les sites de tracking des bateaux, le Mykonos Bay qui transportait cette cargaison de DAP se trouve ce lundi en milieu de journée, en face des côtes du Mozambique.
Le bureau du procureur général du Kenya a recommandé de poursuivre les personnes arrêtées pour “tentative de meurtre“ car les engrais d’une précédente cargaison ont été selon lui mis sur le marché, malgré les analyses de laboratoire.
Joint par Médias24, le groupe OCP annonce qu’il a “suspendu temporairement tout acheminement de cargaisons vers le Kenya. Cette décision devra permettre à OCP Kenya de consacrer l’ensemble de ses ressources pour fournir, en priorité, un soutien total aux autorités kenyanes mandatées, jusqu'à ce que cette affaire soit entièrement résolue“.
OCP confirme avoir dérouté le navire MV Mykonos Bay, en précisant que “le navire a été dérouté dans les eaux internationales“. Il n’a donc pas quitté précipitamment le port de Mombasa au Kenya.
Cette situation, ajoute le groupe, ne “remet pas en question [son] engagement envers le développement agricole du Kenya“.
Au final, la procédure judiciaire qui a été lancée devra être attentivement scrutée par le Maroc. Le gouvernement kényan a lancé une campagne très médiatisée de lutte contre la corruption. Les accusations portées contre les personnes arrêtées, la qualification requise par le bureau du procureur général et enfin le contexte intérieur kényan, tout cela ne permet pas d’écarter l’hypothèse d’un scénario monté et dirigé contre OCP et/ou la politique africaine du Maroc. OCP n’a pas besoin de trafiquer des engrais.
Selon nos informations, OCP Kénya travaille normalement, seules les livraisons à partir du Maroc ont été suspendues.
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