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Anouar Benazzouz : « Nous allons tripler les voies de 700 km d’autoroutes dans les 15 prochaines années »

Entretien. Résultats de 2017, reprofilage de la dette, risque de change, nouvelle stratégie d'exploitation, nouveaux projets d'infrastructures... Le directeur général de Autoroutes du Maroc, Anouar Benazzouz, répond aux questions de Médias24.

Anouar Benazzouz : « Nous allons tripler les voies de 700 km d’autoroutes dans les 15 prochaines années »

Le 3 avril 2018 à 0h27

Modifié 3 avril 2018 à 0h27

Entretien. Résultats de 2017, reprofilage de la dette, risque de change, nouvelle stratégie d'exploitation, nouveaux projets d'infrastructures... Le directeur général de Autoroutes du Maroc, Anouar Benazzouz, répond aux questions de Médias24.

– Médias24: ADM annonce des résultats positifs où le déficit de 4 milliards de dirhams de 2016 laisse place à un bénéfice de 45 millions de dirhams. Comment avez-vous réalisé cette prouesse ?

Anouar Benazzouz : L’explication réside dans des provisions exceptionnelles constatées en 2016 relatives au maintien en l’état de l’infrastructure. Nous avons dû les inscrire dans nos comptes sociaux pour les aligner avec les comptes IFRS. Cela dit, ce n’est pas la seule explication. 

L’amélioration des agrégats d'Autoroutes du Maroc s’explique par un important travail d’ingénierie financière qui s’est traduit par plusieurs actions. La première fut la décision de la tutelle d’allonger la durée de la concession des 1.800 km d’autoroutes, ce qui nous a permis de réduire les amortissements comptabilisés chaque année. 

Deuxièmement, il y a eu un important effort pour la maîtrise des coûts d’exploitation. Nous avons réussi à maintenir les coûts au même niveau tout en augmentant de 10% notre réseau.

La réduction du service de la dette a aussi été l’un des axes majeurs du travail effectué. Il fallait baisser le poids des intérêts et allonger la durée de la dette pour permettre à ADM de souffler financièrement, mais surtout de faire en sorte que les revenus des péages puissent à la fois payer la dette et les charges d’exploitation. 

– Est-ce un redressement financier structurel ou juste un jeu d’écritures comptables ?

Si c’était aussi simple à faire ça aurait été fait il y a longtemps. Il ne faut pas oublier que nous avons des bailleurs de fonds internationaux qui auditent nos comptes et suivent de près notre comptabilité.

Cette année, nous comptons travailler sur l’élargissement à trois voies du tronçon d'Ain Harrouda jusqu’à Berrechid. C’est un chantier qui va coûter 2 milliards de dirhams financés par des bailleurs de fonds internationaux avec lesquels nous sommes en négociation. C’est pour vous dire que la crédibilité de nos chiffres est testée et éprouvée par des acteurs internationaux. 

– Justement, où en êtes-vous dans votre stratégie de reprofilage de la dette ?

En 2017, nous avons travaillé sur la moitié de la dette (41 milliards), soit plus de 20 milliards de dirhams que nous sommes en train de gérer soit avec les bailleurs de fonds soit avec les obligataires. 

Pour la dette en dinar koweïtien, par exemple, nous avons racheté par anticipation et remplacé trois milliards de dirhams. Mais parfois, le contrat avec le bailleur de fonds ne nous permet pas le rachat par anticipation, car les pénalités sont trop importantes. On cherche donc d’autres solutions.

Dans l’ensemble, le taux d’intérêt moyen était de 5,5%, nous sommes actuellement en dessous de 5%. Pour 40 milliards de dirhams de dette, c’est considérable. Nous avons des résultats probants grâce à une équipe jeune et extrêmement efficace qui a permis de faire baisser le Gearing de 4,9 en 2015 à 1,5 en 2017. 

Mais le plus important à retenir, c’est que les recettes nous permettent de payer tout cela et de ne pas demander à l’Etat d'y contribuer. Nous ne sommes pas encore arrivés à l’équilibre qu’on cherche, mais on fait des avancées conséquentes. 

– La moitié de votre dette est en devise. Comment gérez-vous le risque de change depuis le passage à la flexibilité du dirham ? 

Nous avons travaillé sur un mécanisme de couverture du risque de change et nous sommes en négociation avec le ministère des Finances pour le mettre en place. Nous pensons que le niveau du dollar au cours de cette période est intéressant pour nous protéger contre le risque de change. Le mécanisme verra le jour très prochainement, car notre dette est garantie par l’Etat. Il faut donc agir en urgence. 

C’est notre plus important facteur de risque. Si le risque de change se manifeste, le résultat net peut repasser au rouge. Cela dit, les fondamentaux d'ADM restent le résultat d’exploitation et l’EBIDTA. Et le ratio le plus important dans notre activité, c’est l’EBIDTA rapporté au CA. Nous sommes à 66%. Le benchmark international des meilleures sociétés au monde est de 70%. Notre stratégie sur les 5 années à venir est d’arriver à ce seuil. 

– Avez-vous récupéré le crédit de TVA d'ADM ?

Pas encore. Nous sommes passés d’un butoir de 4,8 à 4,6 milliards de DH. Nous discutons avec le ministère des Finances pour voir comment récupérer au moins une partie de ce montant. 

– ADM s’est fait accompagner par McKinsey pour définir son nouveau modèle d’exploitation. Qu’est-ce qui a été fait depuis ?

Nous poursuivons le chantier de modernisation de notre modèle d’exploitation. C’est le deuxième pilier de notre stratégie. L’idée est de mettre l’usager-client au cœur de notre activité. Le télépéage « Jawaz » est un élément clé de cette nouvelle stratégie. On a commencé l’année avec 40.000 clients, on l’a terminée avec 200.000. 

Les usagers l’ont adopté parce qu’ils ont vu le gain de temps et la qualité du service. En interne, cela s’est traduit par un important travail sur le système d’information, la formation des équipes…

Cette année, nous ambitionnons d’atteindre 500.000 clients en élargissant ce service à la catégorie des poids lourds tout en leur aménageant des voies dédiées. C’est un élément important pour la fluidification du trafic. Nous comptons travailler sur des applications comme ADMTrafic pour donner l’information en temps réel aux différents usagers. D’autres services sont en cours de développement, partant toujours du besoin du client.

– Qu’en est-il de votre stratégie de tarification ?

Les tarifs pratiqués se font en concertation avec le ministère de l’équipement. Lorsqu’on lance un tronçon autoroutier, il y a une étude économétrique qui calcule la valeur du temps, les gains… Pour mettre le curseur du prix à un niveau donné. 

Le problème que nous avons, c’est que la comparaison des tarifs des nouvelles autoroutes se fait avec les anciens tronçons sans prendre en considération le facteur inflation. 

Nous demandons à l’Etat de prendre en compte l’inflation; d’autant plus que la dernière augmentation des prix remonte à 2005 (les récentes hausses sont le fait de la TVA, ndlr). 

– Quels sont les projets futurs d'ADM ?

Nous nous concentrons sur l’élargissement des autoroutes de 2 voies à 3. On commence par Ain Harrouda-Berrechid (60 km). Après cela, on passera à d’autres tronçons. Au total, nous devrons traiter jusqu’à 700 km de triplement sur les 15 prochaines années. C’est un chantier impératif car le trafic augmente. Pour les nouvelles autoroutes, nous parlons du tronçon Guercif-Nador. Cela fait partie des discussions en cours au sujet du contrat-programme.

– Justement, où en sont les négociations pour le nouveau contrat-programme ?

Auparavant, les débats portaient sur le montant que l’Etat devait mettre sur la table rien que pour équilibrer les comptes d’ADM. Ce qui n’était pas normal. Nous voulions d’abord assainir la situation financière d'ADM pour que l’Etat assume sa responsabilité dans l’aménagement du territoire, notamment dans les nouveaux tronçons qui ne sont pas rentables. 

Maintenant que nous sommes dans une situation, disons, plus sereine, nous travaillons avec le ministère des Finances et celui de l’Equipement pour prioriser les projets et trouver les meilleurs modèles de financement. Nous sommes en train d’évaluer toutes les options en vue d’une signature au cours de l’année 2018. 

– Le PPP est une voie envisagée ?

Nous sommes le bras armé de l’Etat. Nous avons pour mission d’accomplir la vision de l’Etat en termes d’aménagement du territoire. Il n’est pas toujours évident de trouver un acteur privé, en PPP, qui investira dans une autoroute et la rentabilisera en 10 ans. Ce n’est pas possible.

– Mais cela se fait ailleurs… 

Il y a un niveau de trafic plus élevé. Une autoroute nouvellement construite au Maroc commence à 3.000 véhicules/jour. Le break even est dans les 9.000 à 10.000 véhicules/jour. Le temps de passer de 3.000 à 10.000 véhicules/jour, l’entreprise cumule des pertes. L’investisseur privé demandera à l’Etat des compensations. Le rôle d'ADM en partenariat avec la tutelle est de trouver les solutions pour accomplir la vision de l’Etat. 

– Avez-vous été impliqué dans la préparation du dossier de candidature du Maroc pour l’organisation de la Coupe du monde ? Quels sont vos engagements dans ce cadre-là ?

Oui, bien sûr. Nous travaillons de manière très rapprochée avec l’équipe chargée du dossier de candidature avec laquelle nous avons des réunions assez régulières. Tous les stades, à part celui de Ouarzazate, sont connectés au réseau autoroutier. ADM s’engage donc plus en termes de qualité de service et fluidification du trafic. 

 

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