Benkirane lance la campagne officielle du PJD
Abdelilah Benkirane a ouvert la campagne officielle du PJD ce samedi 22 août à Rabat en prenant la parole devant ses troupes pour une longue harangue.
Un discours-bilan, qui revient vers l’histoire récente. Celle qui a vu la montée progressive du PJD, sa décision de ne pas participer aux élections de 1993 (à la demande de Hassan II) ni à celles de 1997.
“En 2009 [élections communales], nous avons décidé d’y aller en force. Mais un parti a été créé exprès pour nous évincer“, allusion au PAM bien entendu, auquel une partie du discours est consacrée.
Pour Benkirane, le PAM c’est le reflet d’une époque ancienne, celle des partis de l’administration et de l’autoritarisme. Le secrétaire général du PJD a insisté sur le thème de l’intégrité, déclarant que si l’un des ministres PJD était convaincu de corruption, il serait le premier à démissionner de son poste de chef du gouvernement.
Les messages clés de ce meeting sont les suivants:
-les têtes de listes PJD pour les régionales ont signé une charte de l'élu par laquelle ils s'engagent sur des principes éthiques de transparence, de respect de l'intérêt général et de la bonne gouvernance;
-Benkirane à ses troupes: vous êtes un parti naturel [par opposition à artificiel ou parti de l'administration], vous avez opéré les révisions nécessaires; vous ne pouvez que gagner;
-si nos adversaires veulent continuer avec les mêmes méthodes, celles de l'argent sale et des subterfuges, ils vont perdre, car, ils doivent savoir que nous ne lâcherons jamais, "mamfakinch"! clien d'oeil au 20 février.
Benkirane était ému, tendu, et paraissait déterminé.
Il a rappelé la moralisation de la vie publique, a galvanisé ses troupes, a rappelé l'importance de l'intégrité dans l'exercice des responsabilités. Il a eu comme toujours, des mots pour défendre "les plus faibles".
La partie du discours de Benkirane concernant le PAM semble décalée dans le temps. Elle aurait été plus valable en 2009. Le PAM d'aujourd'hui n'est pas le PAM de 2009, il a beaucoup évolué. Effectivement, lors de sa naissance, il a été un parti proche de certains cercles du pouvoir. On a alors pu penser, et ce pas a été francchi par beaucoup, qu'une nouvelle fois, les élections allaient être administrées. C'est peut-être ce qui est arrivé en 2009. Mais pas en 2011. De plus, de nombreuses personnalités sincères, intègres et dévouées au pays l'ont rejoint. Il n'est pas le repaire d'opportunistes que ses adversaires décrivent, même si certains de ses cadres ardent leurs zones d'ombre.
En tous les cas, le PAM aujourd'hui n'est plus le parti de 2009 ou alors n'est pas seulement cela. Le PAM a une vraie capacité de mobilisation, de dialogue étonnamment sans tabous, et son discours sur la nécesaire modernité est audible et pertinent.
de son côté, le PJD est un parti très populaire et on prête à ses dirigeants et surtout à sa locomotive Benkirane, un très bon bilan gouvernemental, une sincérité dans la démarche et une intégrité dans l'exercice des responsabilités.
En d'autres termes, le PAM est en train de se normaliser grâce à une vraie capacité de mobilisation et de recrutement, et également à un positionnement qui trouve son public; et le PJD s'est normalisé grâce aux "révisions idéologiques" dont a parlé Benkirane, mais aussi, grâce au fait que la présence d'un Roi Amir Al Mouminine constitue aux yeux des électeurs un garde-fou, une assurance contre tout extérmisme teinté de religieux. De plus, le PJD n'a jamais fait partie de la galaxie des Frères et il a incontestablement un nationalisme qui fait défaut aux Fréristes. Bref, ces deux partis, ces deux projets constituent les deux pôles futurs de la vie politique au Maroc.
Benkirane dira aussi que le PJD n'est pas venu aux affaires par intérêt mais pour enraciner la démocratie, pour créer une rupture avec les pratiques du passé. Cette lecture est parfaitement cohérente avec le passé récent. Elle est plausible.
16.000 candidats
De son côté, Abdelhak El Arabi, président de la commission centrale des élections, a livré les premiers chiffres presque définitifs concernant les candidatures. Plus de 16.000 candidats ont été présentés, couvrant 100% des communes urbaines et des régions, et seulement 75% des communes rurales. Le dirigeant PJD a avoué que le parti a eu des difficultés à constituer des listes féminines dans les communes à suffrage uninominal, c’est-à-dire les communes rurales. Seules 30% des communes rurales ont été couvertes de candidatures féminines.
11 membres du secrétariat général se sont portés candidats, dont seulement 5 sont têtes de listes, 4 ministres tous têtes de listes, 23 parlementaires dont 8 femmes. Le niveau scolaire des candidats PJD est au moins égal au baccalauréat.
Parmi les têtes de liste aux régionales, signalons Driss Azami Idrissi, actuel ministre du budget, candidat pour la région de Fès, Abdallah Bouanou (Meknès, pour la région de Fès), Aziz Rabbah (actuel ministre de l’Equipement) pour la région de Rabat (candidat à Kénitra, son fief), Lahcen Daoudi (actuel ministre de l’Enseignement Supérieur), candidat à Beni Mellal (région Beni Mellal Khenifra)…
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