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Bilan gouvernemental, le grand gala des griefs

Les partis politiques ont présenté, lundi au Parlement, leurs réactions au bilan gouvernemental. Beaucoup d'attaques, peu de critiques constructives ou de suggestions. Les partis ont en profité pour régler des comptes avec le PJD, ou avec Abdelilah Benkirane, le chef du parti, non le Chef du gouvernement.  

Bilan gouvernemental, le grand gala des griefs
Reda Zaireg
Le 22 juillet 2014 à 16h34 | Modifié 22 juillet 2014 à 16h34

La séance, qui a commencé à 16H, s'est ouverte sur un discours pro-Benkirane, celui du PJDiste Abdelaziz El Omari, qui a réitéré les accomplissements gouvernementaux, présentés sous forme d'un "bilan de la résistance" cette fois. "Résistance du modèle marocain aux printemps arabes, (...) résistance de l’exécutif aux tentatives de déstabilisation, (...) résistance du gouvernement face au bombardement médiatique."

Hakim Benchemass, président du groupe PAM à la chambre des Représentants, a peut-être été le plus structuré et le plus convaincant des orateurs de l’opposition. "On s'attendait à ce que Benkirane respecte l'article 101 de la constitution (qui oblige le Chef du gouvernement à présenter, annuellement, un bilan, et pas seulement à mi-mandat). 138 députés le lui ont demandé, mais il n'a pas pris en compte leur demande".

Benchemas a fustigé "l'indistinction entre travail gouvernemental et endoctrinement", et a accusé Benkirane "d'avoir importé des notions qui n'ont rien à voir avec la politique, tel que les afarites, les crocodiles, l'Etat profond. Concernant ce dernier, nous l'avons même prié de consacrer une séance de questions orales pour nous expliquer ce qu'il veut dire".

En réponse à Benkirane, qui mettait à profit, dans son bilan, l'argument de la stabilité, Benchemass lui a violemment reproché de "faire du chantage à l'Etat et la société au nom de la stabilité, qui n'est pas un don du gouvernement, mais le fruit d'un long processus ayant commencé bien avant 2011".

Et de s'attaquer au bilan économique et social du gouvernement, "faible" selon Benchemass, si "comparé avec celui des gouvernements précédents, ou même avec le programme initial que vous vous êtes fixés". Pour Benchemass, l'une des principales raisons à cela est "la démarche justificatrice adoptée par le gouvernement, qui fait semblant d'avoir été surpris par la crise, ou qu'il vient de la découvrir, alors qu'elle était là bien avant votre venue. Vous auriez dû promettre des choses à votre portée. (...) Vous n'avez pas tenu vos promesses. Les ambitions des marocains sont grandes, mais le pays a des moyens limités". 

“Des activités royales intégrées dans le bilan du gouvernement“

Lachgar, premier secrétaire de l’USFP. "Nous avons été déçus. Le bilan du chef du gouvernement s'est limité aux généralités". Pour lui, "le gouvernement confondait son bilan avec celui des gouvernements antérieurs. (...) Mais le plus bizarre, c'est que le chef du gouvernement a introduit dans son bilan des activités et des visites royales, qui ont un cadre constitutionnel indépendant. (...) En réalité, vous n'avez présenté aucun projet qui soit le votre".

Lachgar a aussi parlé d'El Ouafa, qu'il n'a pas nommé: "nous nous souviendrons de la manière grossière avec laquelle l'un de vos ministres s'est adressé aux parlementaires. Un ministre chassé de son parti, et vous le nommez malgré tout ministre?".

Commencée à 16H, la séance a été, heureusement, interrompue pour rupture du jeûne, et reprise à 22H.

Hamid Chabat fut en quelque sorte, le clou de la soirée. Il a attaqué Benkirane sur le sujet des élections communales: "le Chef du gouvernement a menacé le ministère de l'Intérieur, qui est le garant de la sécurité du Maroc". Et, absurdité mémorable, a demandé au PJD de parler de ses relations avec "Dae'sh, le Front al-Nosra et le Mossad". Éclats de rire dans la salle. Benkirane et Yatim sont hilares.

Hamid Chabat a ensuite ressassé "la guerre des chiffres entre le gouvernement, le HCP et Bank Al Maghrib", donnant raison aux deux derniers et accusant le gouvernement de s’être mis à dos "toutes les institutions, tous les partis politiques, tous les corps de métiers".

Une majorité qui se veut fédératrice

La majorité, elle, s'est montrée plus conciliante. Elle n'a ni défendu farouchement, le bilan gouvernemental, ni répondu aux attaques de l'opposition.

Benomar Belkhayat, président du groupe parlementaire du Mouvement populaire (MP), trouve que "le gouvernement a pris des décisions courageuses, et qu'il est doté d'une grande volonté". Il a aussi déclaré que "le Mouvement populaire travaille dans la cohésion et la sérénité avec le PJD", mettant ainsi à mal un Lachgar qui, durant son intervention, a dit que le PJD "s'est créé des rivalités avec des partis de la majorité".

Ouadie Benabdallah, du Rassemblement national des indépendants (RNI) a adressé une critique plus globale aux partis politiques: "Peut-on parler de maturation du paysage politique marocain, alors que nous assistons, chaque jour, à des guerres politiques pareilles?" Il a ensuite déclaré que le RNI est "fier de faire partie de ce gouvernement. (...) Et que la différence est un ciment constructif, non un outil de destruction".

Et, répondant aux rumeurs de désaccord entre le PJD et le RNI, Benabdallah a dit que son parti "s'est engagé à aider le gouvernement, malgré les petits désaccords qui peuvent naître". Il a sommé le chef du gouvernement de faire de son mieux pour concrétiser "deux projets primordiaux: la parité ainsi que l'officialisation réelle et effective de l'amazigh".

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Reda Zaireg
Le 22 juillet 2014 à 16h34

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