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Le PJD veut arabiser, Benkirane préfère temporiser

L’arabisation de la vie publique revient sur le devant de la scène politique avec une proposition de loi du groupe parlementaire du PJD... Le gouvernement présidé par le même PJD temporise, arguant de la prochaine définition d’une politique linguistique ouverte.

Le PJD veut arabiser, Benkirane préfère temporiser
Samir El Ouardighi
Le 24 mars 2014 à 12h45 | Modifié 11 avril 2021 à 2h35

Voyons à quoi nous avons échappé…

C’est une seconde arabisation que veut imposer le groupe parlementaire PJD, présidé par Abdallah Bouanou.

Imposer est le terme. Car lorsqu’on leur a laissé le choix, les Marocains n’ont pas tous compris que la langue arabe doit être la règle. Alors, puisque subsistent des récalcitrants, autant imposer, fermer, verrouiller, ériger des barbelés… Bref, sur-protéger.

A quoi ressemblerait ce Maroc rêvé par le PJD ?

Si cette proposition de loi était appliquée, Le Matin et La Vie Eco auraient le choix entre fermer leurs publications ou inclure des résumés en langue arabe de chaque article. Danone-Centrale Laitière ou Méditel produiraient des documents internes, juridiques ou commerciaux, que les DG respectifs ne pourraient pas lire. Les publicités, toutes les publicités seraient en langue arabe, une langue dont la pureté serait mesurée régulièrement par une Académie de la langue arabe créée par l’Etat.

Et la darija de la pub? elle aura disparu, car le document du PJD parle bien d’une langue arabe pure, pas ce sabir que les Marocains ont appris de leurs mamans et qu’ils utilisent chaque jour.  Et le français de la pub ? Exit, manant. Tu n’es pas chez pas toi ici… sauf, sauf si un produit ou une marque auront été connus du grand public sous une appellation étrangère. Ouf, nous ne sommes pas obligés de traduire Coca Cola. Il suffira d’écrire couca coula.

C’est pas fini, nos députés ont pensé à tout:les matières scientifiques et techniques seront arabisées dans les universités, les concours, examens et thèses universitaires seront intégralement rédigées en arabe. Très pratique en médecine où, c’est bien connu, le monde arabe est à la pointe du progrès et de la recherche.

Pour tout ce qui concerne le commerce intérieur, tous les documents tels que bons de commande, reçus, bons de livraisons, contrats, doivent être rédigés en arabe. Idem pour les pancartes, enseignes, affichage publicitaire, films publicitaires, spots…

Les députés PJD ont raison sur un point essentiel: la langue arabe est absolument maltraitée, tous les jours, sur toutes les tribunes, à commencer par les médias. Mais la méthode choisie est déplorable, elle est répressive.

Les parlementaires du PJD demandent instamment à l’Etat de protéger l’utilisation de la langue arabe qui serait «menacée à l’oral comme à l’écrit». La proposition de loi du parti de la lampe est constituée de 14 pages de mises en garde et de propositions censées «rehausser le niveau de l’usage de la langue arabe afin de la protéger des influences dangereuses qui la guettent» (article 3).

Une transformation radicale du champ linguistique

A travers cette initiative législative, le parti de Benkirane demande une généralisation politique, sociale et économique de l’usage d’une des deux langues officielles du Maroc.

Pour le groupe parlementaire du PJD, tous les citoyens seront directement concernés car souvent «ils ne comprennent pas les communications de l'Administration en français et ne peuvent se plaindre à cause de l'inexistence d'un cadre juridique contraignant». Il veut donc obliger les Administrations, collectivités locales et entreprises publiques à communiquer dans la langue officielle.

Pour cela, la proposition de loi prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 50.000 dirhams pour les récalcitrants qui seront dressées par une brigade de fonctionnaires spécialement dévolue à cette tâche de répression.

Ce projet insiste aussi sur l'utilisation de la langue arabe dans les annonces publicitaires écrites ou audiovisuelles et son emploi dans tous les programmes des sociétés des télécommunications.

Le Chef du gouvernement ne s’est pas dit convaincu par la démarche protectionniste de son groupe parlementaire et a annoncé que son gouvernement s'apprêtait à élaborer une politique linguistique ouverte comme instrument d'insertion sociale et de développement économique.

Les fossoyeurs de la diversité linguistique

Ce débat sur une généralisation de la langue arabe refait ponctuellement surface de la part des partis conservateurs qui présentent «l’arabisation comme un outil de modernisation et d’indépendance culturelle».

Le parti de l’Istiqlal et le PJD se rejoignent sur la nécessité de protéger et de mettre en avant cette langue car déjà en 2008, le gouvernement de Abbas Al Fassi avait annoncé un décret consacrant l’usage de la langue arabe entre tous les services administratifs de l’Etat ainsi que pour communiquer avec les administrés. Ce projet n’avait jamais abouti et était resté un effet d’annonce sans lendemain.

 

 >Ce que dit la Constitution

ARTICLE 5.

 L'arabe demeure la langue officielle de l'Etat. L'Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu'à la promotion de son utilisation. De même, l'amazighe constitue une langue officielle de l'Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.

Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l'enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle.

L'Etat œuvre à la préservation du Hassani, en tant que partie intégrante de l'identité culturelle marocaine unie, ainsi qu'à la protection des expressions culturelles et des parlers pratiqués au Maroc. De même, il veille à la cohérence de la politique linguistique et culturelle nationale et à l'apprentissage et la maîtrise des langues étrangères les plus utilisées dans le monde, en tant qu'outils de communication, d'intégration et d'interaction avec la société du savoir, et d'ouverture sur les différentes cultures et sur les civilisations contemporaines.

 Il est créé un Conseil national des langues et de la culture marocaine, chargé notamment de la protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines, qui constituent un patrimoine authentique et une source d'inspiration contemporaine. Il regroupe l'ensemble des institutions concernées par ces domaines. Une loi organique en détermine les attributions, la composition et les modalités de fonctionnement.


 

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Samir El Ouardighi
Le 24 mars 2014 à 12h45

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