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ECONOMIE

Sévères critiques à l’encontre de la gestion publique des médicaments

Le rapport de la Cour des comptes de l’exercice 2012 passe à la loupe l’activité pharmaceutique du ministère marocain de la Santé. Critique à bien des égards, le document pointe du doigt de nombreux dysfonctionnements qui touchent le secteur pharmaceutique marocain.  

Sévères critiques à l’encontre de la gestion publique des médicaments
Amine Belghazi
Le 25 février 2014 à 11h26 | Modifié 25 février 2014 à 11h26

La Cour des comptes déplore principalement l’absence d’une politique pharmaceutique nationale, et les faibles réalisations du plan d’action 2008-2012, qui prévoyait, entre autres l’élaboration d’une nouvelle procédure de fixation des prix.

En effet, sur ce point, le rapport révèle que le prix du médicament reste très élevé au Maroc malgré le faible pouvoir d’achat, et que les marges des pharmaciens ne suivent pas un schéma dégressif à l’instar de ce qui est pratiqué en France, mais sont de 10 ou de 30% indépendamment du prix public de vente des médicaments. De plus, pour certains produits dont les prix ne sont pas homologués, les prix varient d’une officine à une autre.

Problème auquel le ministère estime avoir partiellement répondu, en lançant le plan d’action stratégique 2012-2016 pour la mise en place d’une politique pharmaceutique nationale.

Parallèlement, le ministère entame des chantiers pour renforcer la transparence dans la fixation des prix des médicaments. D’ailleurs, le nouveau et récent décret élargit l’échantillon des pays du benchmark pour le calcul des nouveaux prix des médicaments.

La direction du médicament et de la pharmacie mise en cause

En revanche, la Cour des comptes révèle des anomalies liées à la procédure d’achat des médicaments. En effet, dans certains appels d’offres, le pourcentage de lots à soumissionnaire unique dépasse les deux tiers, allant jusqu’à 88% du total des médicaments achetés. De même, il ressort de ce rapport que le nombre de produits de fonctionnement sous monopole est de l’ordre d’un tiers des médicaments, et s’élève à 45% en ce qui concerne les programmes de santé.

Du point de vue sanitaire, la prise de médicaments n’est pas sans danger, c’est le cas notamment des dons de médicaments qui sont, pour la plupart, soit périmés soit proches de leur date de péremption (date inférieure à un an), il s’agit dans ce cas de produits onéreux servant essentiellement au traitement des cancers.

Plus dangereux encore, l’anarchie qui règne dans l’importation de médicament, à travers la délivrance de dérogations spéciales, met en péril la santé publique. Ainsi, certains produits qui n’ont subi aucune étude, ont été introduits et se retrouvent commercialisés au Maroc.

Un autre facteur d’échec, et non des moindres, réside dans l’inefficacité du système d’information du ministère. Que ça soit pour le suivi de l’approvisionnement en produits pharmaceutiques, pour la gestion des stocks, ou pour le contrôle, le mode de gestion des médicaments reste très rudimentaire, et présente, comme le signale le rapport, de nombreuses aberrations qui peuvent entraîner de sérieux dangers pour la santé des consommateurs.

L’absence d’un système d’information hospitalier coûte cher au ministère, et l’inefficience conduit à une mauvaise estimation des besoins des centres hospitaliers. Le rapport relève que la majorité des hôpitaux évaluent leurs besoins en deçà du budget alloué, d’où une augmentation des achats en nature et en quantités. Même cause, autre conséquence: une accumulation des stocks a été constatée dans certains centres, ainsi qu’une absence de données pour le suivi des ruptures en médicaments.

La gouvernance est passée au crible par la Cour des comptes qui dresse un constat accablant sur les dysfonctionnements qui touchent l’inspection. En effet, l’indépendance des contrôles n’est pas garantie, et la raison est simple; la Direction du médicament et de la pharmacie ne peut être à la fois juge est partie. D’ailleurs, le nombre des missions d’inspection a considérablement baissé, passant, pour les officines, de 346 opérations d’inspection en 2007 à 115 en 2011.

Concernant la conservation des médicaments, là aussi, de nombreux efforts restent à faire. Car si sur les 122 hôpitaux, seuls 33 ont entamé ou terminé leur mise à niveau, la plupart d’entre eux ne disposent pas de chambre froide, ce qui augmente le risque de détérioration ou de perte des médicaments.

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Amine Belghazi
Le 25 février 2014 à 11h26

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