Abdelilah Benkirane: “Tous pourris sauf le PJD”
Devant 1.500 conseillers communaux de son parti le PJD, Abdelilah Benkirane a entonné le refrain désormais habituel "tous-pourris-sauf-nous". Ses adversaires ont été abreuvés d'insultes. Du jamais vu au Maroc.
Lorsque Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD, rencontre les conseillers communaux de son parti, que peut-il leur dire? Leur parler de gestion communale, de gouvernance, d’amélioration de leurs capacités à gérer leur commune?
Eh bien pas du tout. Il leur parle de Hamid Chabat et du PAM. Sans les citer bien sûr. Il leur parle sur le ton de “tous-pourris-sauf-nous“. Un discours de 35 mn, peu structuré, où les missiles en direction de ses ennemis ont fusé. Sans voler très haut. Abdelilah Benkirane ou la capacité à se faire passer pour un réformiste, un “Monsieur-propre“ contre une sorte de complot transversal réunissant des politiques, la presse et une sorte d’Etat profond. De sorte que tout auditeur perméable à ses propos sera converti à … la suspicion.
Le PJD s’est fait d’ailleurs une sorte de spécialité dans ce domaine. Ses ministres et ses ténors au parlement annoncent régulièrement un grand nettoyage ou un grand déballage. Pour les carrières (de sable), on n’a pas vu grand-chose. Ni pour les agréments de transports publics où la principale trouvaille consistait à les racheter pour 900 MDH payés par vous et moi. Ni pour le ghassoul, dont l’exploitation est désormais arrêtée. Ni pour les comptes à l’étranger où le principal fait d’armes a consisté à accuser des adversaires politiques sans apporter un soupçon de preuve, ni publier des listes.
Abdelilah Benkirane a l’étrange pouvoir de dénoncer des ennemis sans les nommer. Il ne s’en est pas privé samedi en réunissant 1.500 conseillers communaux du PJD. Le mot qui est revenu le plus souvent fut “arrajla“, une sorte de valeur masculine, signifiant un mâle courage et une fière bravoure. Courage et bravoure jusqu’à une certaine limite, pas jusqu’au point de nommer ses ennemis, les tamasih et les afarit, les fassidine (corrompus, prévaricateurs…).
L’allocution de Benkirane consistait à revigorer ses troupes face à la mâle compétition qui se livre sur le champ politique. D’où la nécessité de s’armer des valeurs viriles. Même les femmes, a-t-il dit en s’esclaffant, sont invitées à le faire. Très drôle…
Donc, l’orateur croit déceler un nouvel état d’esprit au sein de la société. Une société qui ne s’en laisse plus conter. On peut avoir une structure, un parti, organiser des événements, des meetings, mais la crédibilité “ils“ ne l’auront pas.
“Comment l’un des symboles du fassad“ (prévarication, corruption, gabegie…) peut-il être élu secrétaire général d’un parti? se demande-t-il. Il s’attaque ensuite à un parti de “création récente, à la crédibilité douteuse, mis en accusation par le 20-février“.
Et, rassurant: “N’ayez pas peur de ces gens“. Puis, sans que l’on voie forcément le rapport : “Il y a trop de gens qui ont pris l’habitude de l’argent facile“ (en français). Et, allusif, il attaque les journaux “vendus“ qui le critiquent. Enfin, les deux phrases qui reviennent désormais systématiquement : 1.Nous sommes prêts à quitter le gouvernement si les électeurs ne nous font plus confiance, 2. [car] nous mènerons les réformes jusqu’au bout.
Voilà, en gros, 35 minutes de la vie du parti de la Lampe.
Postures, argent facile, accusations faciles
Le problème de Benkirane est dans les postures et l’état d’esprit.
Lorsqu’au parlement, il évoque les couches défavorisées, il dit que nous devons les traiter avec “douceur“. Il a raison. Mais à aucun moment il ne cite leurs droits ni ne parle d’eux comme de citoyens.
Benkirane a raison d’invoquer la morale et la lutte contre la corruption. Mais la morale n’est pas seulement une question de personnes. Elle est aussi une question de système. Les hommes passent, les systèmes sont plus durables. Benkirane le réformiste a fait bien peu de choses pour prévenir et lutter réellement, durablement contre les maux qu’il dénonce à raison.
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