Le PAM retire sa proposition de loi visant à criminaliser toute relation avec Israël
Le groupe parlementaire du PAM a finalement retiré la proposition de loi qui visait à criminaliser toute normalisation avec Israël. Après le tollé soulevé dans le monde, le PAM a fait machine arrière mais une seconde proposition de loi est encore dans le pipe.
La coalition informelle anti-normalisation avec Israël composée de l’USFP, l’Istiqlal, le PPS, le PJD et du PAM a connu sa première défection. Le parti du tracteur a retiré mardi 31 décembre sa proposition de loi déposée à la commission de la Justice le 1er août dernier et visant à criminaliser toute relation entre le Maroc et Israël et ce même à titre personnel.
Un retrait motivé par un manque de concertation?
Cette initiative parlementaire n’avait pas été du goût de tous au Maroc car de nombreuses voix s’étaient élevées contre un projet qui avait créé le débat au sein même du PAM mais aussi en Europe, aux Etats-Unis et en Israël.
Déposée sous l’égide de Abdellatif Ouahbi, ancien président du groupe parlementaire PAM, la proposition de loi a embarrassé son successeur Milouda Hazib. La raison officiellement invoquée pour son retrait est simplement que les parlementaires du PAM n’avaient pas été consultés et que l’initiative de cette loi revenait au seul Ouahbi qui devient de facto un commode bouc-émissaire.
Difficile de le croire quand on sait que tous les députés du groupe PAM avaient contresigné cet appel à criminaliser toute relation directe avec Israël. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil au site officiel du parlement pour voir que cette «initiative isolée» portait la signature des 47 députés que le parti du tracteur compte à la chambre basse.
Au pire, et à supposer qu’ils n’aient pas été consultés, comment un parti peut-il à se point manquer de maîtrise sur ses propres initiatives et laisser un chef de groupe parlementaire prendre des initiatives individuelles?
Ce que disait la proposition de loi du PAM
Sous couvert de solidarité pro-palestinienne, le PAM voulait criminaliser aussi bien «les échanges commerciaux et financiers» avec Israël et restreindre la participation de citoyens marocains aux activités portant l'emblème de l'Etat hébreu.Cette restriction concernait la culture, la politique, le sport et l’économie sur le sol national et israélien. La mesure la plus décriée rendaitpassible tout citoyen marocain qui visiterait Israël d’une peine maximale de cinq ans de prison, assortie d’une amende allant de 10.000 à 100.000 euros.
Le PAM s’explique sans assumer
Contactés par Médias24 ce jeudi, la plupart des dirigeants du PAM ont opté pour la discrétion et n’ont pas voulu s’exprimer sur cette proposition qui a fait couler beaucoup d’encre. Me Ouahbi et Milouda Hazib, respectivement ancien président et nouvelle présidente du groupe PAM, ont choisi de faire profil bas et d’adopter le silence radio sans doute pour éviter de faire davantage de vagues.
Le député du PAM, Mehdi Bensaid nous a cependant confirmé le retrait de cette proposition de loi et a affirmé que «ce n’est pas de cette manière répressive que le Maroc aurait aidé la cause palestinienne». Rompre le dialogue avec les israéliens en criminalisant toute normalisation avec l’Etat d’Israël serait à l’en croire contre-productif car à la table des négociations, on discute plus souvent avec des adversaires qu’avec des amis. Il ajoute à juste titre que les palestiniens eux-mêmes discutent avec Israël donc «pourquoi le Maroc s’embarquerait-il dans un embargo alors qu’il y a une nombreuse communauté israélienne d’origine marocaine sans parler des juifs marocains».
Joint par notre rédaction, un jeune du PAM, Omar Alaoui se réjouit de ce retrait et affirme que c’est la preuve que son parti est réactif et sensible aux arguments de l’opinion publique. Il nous assure que c’est bien Abdellatif Ouahbi qui selon lui est seul comptable de cette initiative et que les services du parlement qui ont publié les noms «des soi-disant signataires seraient simplement erronés et défaillants».
Pourquoi le PAM bat en retraite
La question se pose de savoir quelles sont les raisons qui sous-tendent un tel retrait en catimini et ce qu’il en est vraiment de cette reculade du PAM sur un sujet aussi sensible voire démagogique.
Serait-ce le résultat d’un travail de lobbying efficace effectué par Israël ou simplement un retour au bon sens?
La presse israélienne mais aussi européenne et américaine s’étaient emparées de l’affaire en critiquant violemment cette initiative et le gouvernement israélien est allé jusqu’à «qualifier cette proposition de loi d’antisémite».
Au Maroc, malgré l’unanimité des partis de la majorité et de l’opposition sur «la justesse de cette proposition motivée par la cause palestinienne», la proposition n’a pas manqué de susciter l’ire d’une partie de la société civile et du parlement. Au sein même des rangs du PAM, Ali Belhaj membre du bureau politique du parti l’avait qualifiée de «stupide».
Si la 1ère proposition de loi n°92 déposée conjointement par les groupes parlementaires du PJD-PPS-USFP-Istiqlal est toujours dans les cartons du parlement, il faut croire qu’elle a peu de chance d’aboutir malgré la supériorité numérique de ces 4 partis à la chambre basse.
Ces partis s’acheminent peut-être vers un retrait mais il apparaît plus logique que par souci de discrétion, ils laissent leur initiative s’empêtrer et s’enliser dans les méandres de l’appareil législatif. Il semble probable que ce calcul politicien électoraliste n’a aucune chance d’être couronné de succès.
La leçon à tirer est que s’il y a pire que de déposer une proposition de loi démagogique et populiste, c’est assurément de ne pas assumer ses choix et de la retirer!
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