Quand Hakim Benchammas déclame des vers satiriques à la Chambre des Conseillers
Joutes verbales ou insultes? Les vers d'un célèbre poète arabe, satiriques, racistes et insultants, ont été jetés par Hakim Benchammass, président du groupe PAM, à la figure du gouvernement dans le cadre d'un débat en plénière.
Stupeur dans les rangs des conseillers. Ce mercredi matin, la chambre des conseillers est réunie en séance plénière et l’un des ténors de l’hémicycle, Hakim Benchammass, a pris la parole. Il est l’un des conseillers les plus en vue, il préside le groupe parlementaire du PAM.
L’orateur parle depuis une dizaine de minutes. Il critique et il est dans son rôle, le travail gouvernemental.
Il commence par rappeler les instants historiques que vit le Maroc. Il dit que le peuple a demandé des réformes. Il ajoute que ces réformes ont été demandées dès février 2011, que le Roi y a répondu favorablement le mois suivant, que la nouvelle constitution est venue traduire d’une manière concrète ces différentes évolutions.
Les Marocains, avec une certaine naïveté continue-t-il dans un style lyrique, ont fait confiance aux promesses de l’actuel parti gouvernemental, comprenez le PJD. Mais ils ont été rapidement déçus : les promesses n’ont pas été tenues, la dimension démocratique de la Constitution n’a pas été traduite dans les faits et le chef du gouvernement ne se départit pas d’une attitude ambivalente et d’un double langage. Lorsqu’il s’agit des aspirations populaires et des promesses, de la justice sociale, de la lutte contre la corruption et les malversations, M. Benkirane prétend qu’il n’est qu’un simple chef de gouvernement. Et lorsqu’il s’agit de mesures contre le pouvoir d’achat des citoyens, il n’hésite pas à invoquer sa légitimité électorale.
«De sorte que les citoyens ne peuvent que répéter certains vers du poète Al-Moutannabi… », assène M. Benchammass, qui reprend quatre vers (fac-similé repris sur le site du PAM).

Et là, stupeur dans les rangs des conseillers, surtout ceux qui maîtrisent parfaitement l’arabe classique.
Le poème invoqué par M. Benchammass est une célèbre satire adressée à Kafour Al-Ikhchidi, qui fut au cours du 10è siècle, gouverneur d’Egypte. Une satire comme on en faisait à l’époque, où la maîtrise du verbe et l’éloquence véhiculent le reste. Le reste c’est-à-dire l’insulte et, en l’occurrence, le racisme. Un poème raciste, comme Al-Moutanabbi en a commis pas mal à l’encontre de Kafour qui avait le tort d’être un ancien esclave du sud du Sahara.
Ce poème a sa place dans le panthéon des belles lettres arabes et dans les cours de littérature. Pas dans le débat politique marocain.
Les vers en question s’adressaient au peuple égyptien: en gros, on se demande comment des lions comme les Egyptiens peuvent se laisser conduire par un eunuque pareil…. On vous fait grâce des détails…
Le PAM semble assumer la saillie de son dirigeant puisque la vidéo et la retranscription intégrale ont été mises en ligne sur le site de ce parti.
Pour terminer, un petit coup d’œil sur le dictionnaire: faut-il classer l’acte de M. Benchammass dans la catégorie des bévues, bourdes, maladresses, gaffes, étourderies, sottises, erreurs, méprises, impairs, bêtises, fautes, balourdises… Ou bien dans celle des grossièretés, insultes, vulgarités, injures, obscénités, offenses et autres manques de délicatesse?
Un épisode à oublier au plus vite. Le débat marocain n’a pas besoin de ce genre de mœurs. La démocratie, c’est d’abord le respect de l’autre. M. Benchammas, ce sont les arguments qui vous rendront convaincant, pas les insultes…
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