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Redaction

L’an III des printemps arabes

L’école de gouvernance et d’économie de Rabat organise depuis lundi 16 décembre une semaine de recherche qui revient sur les «printemps arabes», 3 ans après leur déclenchement.

L’an III des printemps arabes
Samir El Ouardighi
Le 18 décembre 2013 à 11h00 | Modifié 18 décembre 2013 à 11h00

Restauration autoritaire en Egypte, hiver islamiste en Tunisie, transition marocaine, guerres civiles, chacun y va de son analyse pour catégoriser les transformations en cours dans la région MENA.

Trois ans après la révolution tunisienne qui avait ouvert la voie aux soulèvements d’une partie du monde arabo-musulman, sur quoi ces rébellions ont-elles débouché? ont-elles été bénéfiques ? L’EGE essaye d’apporter des éléments de réponse grâce à l’intervention ²d’une pléiade de politologues, sociologues et politistes dont Mohamed Tozy, Jean François Bayard ou Guy Hermet.

Les pays arabes traversés par des contestations populaires ont débouché sur quatre scénarios :

1. Une réponse conservatrice avec l’arrivée des islamistes au pouvoir : C’est le cas de la Tunisie, du Maroc et de l’Egypte jusqu’à peu. Ce sont les partis islamistes qui ont tiré dans un 1er temps les marrons du feu en formant une coalition avec des partenaires d’autres sensibilités ou en constituant un gouvernement majoritairement islamiste.

Si ces partis veulent se maintenir au pouvoir, ils doivent cependant satisfaire les demandes économiques et sociales du peuple et dans les faits ni Morsi, ni Ennahda ne sont parvenu à répondre à cette exigence.

2. Une restauration autoritaire après ladite révolution : Les tenants du pouvoir reviennent par la fenêtre après en avoir été chassés par la grande porte. C’est le cas de l’Egypte où les militaires reprennent la main avec la déposition de Morsi pourtant démocratiquement élu. Malgré un certain support populaire, cette éviction reste un coup d’Etat constitutionnel.

3. La modernisation conservatrice ou le cas du Maroc : Le pouvoir confronté à la contestation a compris que le changement était inéluctable. Il a donc apporté une réponse constitutionnelle ouvrant des opportunités politiques et en a profité pour renforcer l’institution monarchique. C’est un acte de refondation et de réactualisation.

4. La guerre civile : C’est le cas aussi bien en Libye qu’en Syrie qui peut contaminer la région et qui laissera de profonds traumatismes dans les populations.

Les exemples précédents montrent bien que le terme générique de printemps arabe d’inspiration médiatique est impropre.

Il s’agit plus de mouvances plurielles propres à chaque pays et non de trajectoires propres à un ensemble arabo-musulman homogène.

La communauté arabo-musulmane contre la notion de société de progrès

La société arabo-musulmane possède cependant d’autres éléments unificateurs qui relèvent de ce que les politologues appellent concept de mentalité commune qui commande les comportements. Les pays de la région MENA sont en perpétuelle comparaison avec l’occident et cela tient sans doute au fait que la notion de communauté s’oppose violemment au concept de société régi par un contrat social.

Le passage de la communauté à la société n’a toujours pas été fait dans ces pays car on y sacralise le nous pour mieux diaboliser l’autre.

Nos pays sont toujours dans l’antichambre de la modernité et les soubresauts des révolutions arabes n’ont abouti à rien dans la majorité de ces pays. Ainsi, le retour à la junte militaire après l’expérience islamiste de Morsi en Egypte est significative des limites des mouvements de protestation.

La plongée obscurantiste du mouvement Ennahdha débordé sur sa droite par des mouvements salafistes sonne le glas de ce que certains appelaient déjà le laboratoire arabe de la modernité.

L’unité fusionnelle et religieuse de la communauté arabo-musulmane empêche pour l’instant l’émergence d’une unité fédérale car le passage à la modernité est un passage collectif de toutes les forces en présence qui doivent s’unir et arrêter de s’affronter.

Le Maroc quant à lui se distingue par une expérience inédite de transition démocratique sans équivalent dans le monde arabe. Cela tient sans doute à la nature du système monarchique marocain qui donne le ton des réformes à engager car les républiques arabes ont semble-t-il failli et sont dans une dynamique de piétinement. C’est le seul exemple qui permet de démentir un soi-disant exceptionnalisme arabo-musulman incapable de connaître la démocratie. Et ce, même si la transition démocratique marocaine est encore inachevée.

En Europe, l’idée d’un printemps arabe générique s’est imposée dans le discours politico-médiatique. Cela tient sans doute au souci commode mais faux de plaquer une grille de lecture occidentale d’une analogie infondée avec «le printemps des peuples européens de 1848» qui avait ouvert la voie à la modernité.

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Samir El Ouardighi
Le 18 décembre 2013 à 11h00

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