Commentaire: Le gouvernement islamiste a vécu!
S'allier à ceux que l'on désignait comme ses pires ennemis n'est pas de la realpolitik, mais de l'opportunisme. Au Maroc aussi, le gouvernement islamiste a vécu.
Abdelilah Benkirane préside toujours le Conseil de gouvernement mais il semble de plus en plus évident que le temps n’est plus à l’euphorie voire aux rodomontades de lendemain post -législatif.
L’alliance contre-nature entre le PJD et le RNI montre que le chef du gouvernement était acculé et que pour accepter de s’allier avec «le diable», il n’avait plus d’autre lapin dans son chapeau.
Deux partis adversaires voire ennemis qui s’acoquinent pour former un tel attelage, c’est une originalité bien marocaine. D’aucuns appelleraient cela du pragmatisme politique en assurant simplement que «Benkirane a mis de l’eau dans son vin». Mais imaginerait-on Jean Luc Mélanchon s’unir à Marine Le Pen pour former un nouveau gouvernement? Le chef du gouvernement avait tout à perdre et il a tout perdu et le patron des bleus tout à gagner et il a tout gagné. Alors comment en est on arrivé là ?
L’on susurre ici et là que les bailleurs de fonds internationaux ne sont pas étrangers à ce dénouement. Pour faire court, c’est la menace de couper les lignes de crédit au Maroc s’il n’arrêtait pas de naviguer à vue sans gouvernement, qui aurait débloqué la situation.
Il se dit aussi que le Roi a tapé du poing sur la table et que les partis politiques n’ont eu d’autre choix que de s’exécuter. Le Souverain aurait donc forcé deux partis qui se détestaient cordialement à s’unir au sein d’une coalition pour le moins hétéroclite. Le Roi a bon dos quand il s’agit de trouver une explication à ses propres turpitudes.
Les RNIstes et les technocrates francophiles SAP ont toujours fait l’objet d’attaques et de moqueries par Benkirane en personne lors des congrès de son parti.
Mais alors pourquoi les accepter dans ce remaniement ministériel improbable? Le secrétaire général du parti de la lampe aurait tout aussi bien pu présenter sa démission au Roi qui n’aurait eu d’autre choix que de convoquer de nouvelles élections législatives pour départager les partis.
Pour plusieurs militants du PJD, le parti a vendu son âme au diable et ne peut désormais plus se prévaloir d’une quelconque légitimité. Quant aux partis de l’opposition, ils se régalent de constater les concessions qu’a du faire leur «ennemi juré».
S’ils étaient tous réunis pour écouter religieusement le Roi à la chambre des représentants, il n’en demeure pas moins qu’ils dénoncent à longueur de tribunes les «compromissions du PJD pour rester à tout prix au pouvoir». Pour être honnête, l’USFP, l’Istiqlal et le PAM auraient certainement agi de la même manière le cas échéant.
Ce qui est flagrant, c’est que le fonds de commerce du PJD a désormais vécu. Au Maroc, s’allier à ses pires ennemis n’est pas synonyme de realpolitik mais plutôt d’opportunisme. Si le PJD avait promis dans son programme électoral de défendre les intérêts du peuple, il faut désormais croire qu’il défend simplement les siens.
Une vertu que tous les partis politiques marocains ont désormais en commun.
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