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ECONOMIE

Entretien: les vérités d'Abdelkader Amara

En marge de la cérémonie de signature des mémorandums avec IBM qui a eu lieu vendredi 5 juillet 2013 à Rabat, le ministre de l’Industrie, Abdelkader Amara s’est entretenu avec quelques représentants de la presse sur les grands chantiers de son ministère.  

Entretien: les vérités d'Abdelkader Amara
Mélanie Xuereb
Le 8 juillet 2013 à 12h07 | Modifié 8 juillet 2013 à 12h07

Les métiers mondiaux du Maroc et particulièrement l’Offshoring

L’offshoring est un secteur où il y a une très forte compétitivité, notamment dans les centres d’appel. Le Maroc doit donc repositionner son offre stratégique dans le secteur. L’ouverture du Global Delivery Center d’IBM dont les accords ont été signés vendredi après-midi est dans ce cadre un signal fort envoyé aux autres entreprises et aux clients d’IBM de la confiance qu’IBM accorde au Maroc. Le Maroc va ainsi devenir le Hub régional d’IBM pour l’Afrique.

Le meilleur marketing à l’international ce sont les témoins déjà installés. Comme le dit l’adage, il vaut mieux voir une fois qu’entendre 10 fois. Nous comptons beaucoup sur l’effet d’entraînement que l’ouverture de ce centre aura pour attirer d’autres grands noms de l’informatique, etc.

C’est tout un environnement qui justifie l’installation d’une entreprise dans un pays et les installations successives enregistrées récemment envoient aux entreprises du monde entier le message que le Maroc dispose de cet environnement.

Le pays s’est notamment doté d’une connectivité au reste du monde très importante avec le pot de Tanger qui sera bientôt l’un des plus grands ports du monde, 1.500 km d’autoroute (bientôt 1.800km), 2.000 km de lignes ferroviaires et bientôt la première ligne à grande vitesse d’Afrique.

Les Accords de libre échange et le déficit commercial

Le Maroc a signé beaucoup d’accords de libre-échanges avec un grand nombre de pays. Cela a entraîné une ouverture croissante du pays qui est sans doute le plus ouvert de la région. Cette ouverture a nécessairement un impact sur les importations et donc sur le déficit commercial. Mais il n’est pas exact de dire que ce sont les accords de libre-échange qui sont responsables du déficit. Nous n’avons aucun accord préférentiel avec la Chine et elle est pourtant à l’origine de 26 milliards d’importations dont la quasi-totalité est destinée à la consommation.

Quand on regarde les chiffres du déficit qui avoisine les 200 milliards, on se rend compte que la moitié de ce déficit est causé par la dépendance énergétique du pays et ces importations sont incompressibles pour l’instant. Le déficit s’est construit progressivement et on ne peut pas le résorber en un jour.

Pour réduire sa dépendance énergétique, le Maroc travaille sur des projets d’énergies renouvelables très ambitieux sur l’éolien et le solaire. Mais en attendant, il faut gérer le déficit énergétique. Concernant la seconde moitié du déficit, une fois enlevées les importations de biens d’équipement nécessaires aux investissements, le déficit est tout à fait correct.

Nous travaillons depuis plusieurs années sur des feuilles de route qui permettent de doter le Maroc d’une offre exportable qui soit diversifiée qui sache s’adapter aux différents marchés et qui augmente la chaîne des valeurs et d’identifier des niches d’exportation à forte valeur ajoutée. Mais ces feuilles de route ne sont pas encore arrivées à maturation. L’industrie a besoin de temps.

Certains secteurs comme l’automobile ou l’aéronautique ne sont pas encore arrivés au maximum de leur potentiel exportable et en sont encore loin. D’autres secteurs comme le textile et le cuir restent fragiles car ils n’ont pas encore fait leur mutation. Ce secteur doit être repositionné.

Trois gisements sont intéressants pour le repositionnement du secteur : le marché local qui représente un potentiel de 45 milliards de DH, le développement d’une branche textile technique (TUT) pour équiper l’automobile, l’aéronautique, etc. qui n’existe pas encore au Maroc et le développement d’un certain nombre d’industries qui sont des entrants pour l’industrie textile.

De nouveaux accords sont en cours de discussion notamment avec le Canada. Un accord préférentiel est envisagé avec le Chili. Un accord avec les pays de l’UEMOA a été signé et est en attente de ratification, etc.

Les contrats de croissance et le bilan d’Emergence

Concernant les contrats de croissance, une centaine d’entreprises ont déposé leurs demandes, ce qui est un bon chiffre pour une première expérience. Ces demandes vont maintenant faire l’objet d’un examen minutieux et d’ici peu nous annoncerons les entreprises qui ont été retenues.

Concernant Emergence, sur les métiers du pacte à fin 2012, le bilan est le suivant : 110.000 emplois créés soit 50% de l’objectif prévu, 21 milliards de DH d’exportations, sur les 95 prévus, et 24 milliards d’IDE. On aurait pu faire mieux sans la crise, mais une crise est imprévisible. Je considère que si on atteint 75% des objectifs, ce sera bien. L’important est de faire du Maroc une plateforme incontournable à l’international.

Le concept de Co-localisation et la question des IDE

Le concept a été lancé, maintenant nous allons voir quels sont les maillons qui peuvent intéresser les deux pays pour créer de l’emploi et de la valeur ajoutée aussi bien en France qu’au Maroc.

Dans le domaine de l’industrie, il est très important de mettre l’accent sur les IDE car qui dit IDE dit transfert de technologie et Recherche et développement.

Pour un pays, il est donc très important d’être attractif pour les IDE. L’année 2012 a été en cela remarquable pour le Maroc qui a su capter 32 milliards d’IDE (comparé à 26 milliards en 2011) bien que 2012 soit une année de crise sur le plan international. Cela positionne le Maroc au quatrième rang des pays d’Afrique, juste derrière le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Egypte alors que le Maroc n’est pas producteur de pétrole et représente un marché relativement petit au regard de ces trois autres pays.

Et pour la première fois, les IDE de l’industrie ont été supérieurs à ceux de l’immobilier et du tourisme. Ceci est remarquable car les investissements dans l’immobilier sont des investissements à forte rentabilité et qui sont plutôt de court terme. Alors que dans l’industrie, les investissements sont fait sur du moyen-long terme avec une rentabilité bien moindre. Cela montre donc la confiance accordée au pays sur la scène internationale.

Enfin, les IDE peuvent jouer un rôle d’entraînement de l’investissement pour les entreprises nationales. C’est une dynamique qui se crée.

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Mélanie Xuereb
Le 8 juillet 2013 à 12h07

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