Suède: cinquième nuit d'incidents en banlieue de Stockholm
Au moins neuf véhicules ont été la proie des flammes tandis que deux écoles et un commissariat de police connaissaient des départs d'incendie tôt vendredi lors de la cinquième nuit consécutive d'incidents dans la banlieue pauvre de Stockholm à forte population étrangère.
Huit personnes ont été appréhendées au cours de ces incidents, mais aucun blessé n'a été dénombré, a indiqué vendredi matin la police suédoise à l'agence TT. Dans la banlieue de Rinkeby, théâtre de nombreux incidents depuis le début de la semaine, six voitures ont brulé, dont cinq entièrement, selon un photographe de l'AFP sur place. Trois autres véhicules ont été incendiés à Norsborg tandis que l'incendie d'un commissariat de police à Aelvsjoe était rapidement maîtrisé.
Entre 300 et 500 personnes étaient rassemblées autour des véhicules en flammes, a déclaré la police suédoise à TT. Selon les pompiers, deux écoles, la première à Tensta et la deuxième à Kista, près de Husby, d'où les troubles sont partis, ont également été incendiées, mais les sinistres rapidement circonscrits. Des policiers ont été caillassés, à Sodertaelje (sud de Stockholm), alors qu'ils intervenaient après avoir été informés de la présence de voitures incendiées.
La nuit précédente, les pompiers avaient indiqué avoir été appelé sur quelque 90 feux différents. Ces violences ont provoqué un débat en Suède sur l'intégration des immigrés, qui représentent environ 15% de la population, se concentrent dans les quartiers pauvres des grandes villes du pays et connaissent un taux de chômage plus important que le reste de la population. A Husby, le taux de chômage atteignait ainsi 8,8% en 2012, contre 3,6% à Stockholm.
Les troubles auraient pour origine la mort à Husby, un quartier défavorisé de la capitale, d'un habitant de 69 ans abattu par la police à son domicile. La police a dit avoir été incapable de raisonner cet homme armé et a plaidé la légitime défense.
Selon des responsables associatifs locaux cités dans la presse, les auteurs des troubles reprochent aux forces de l'ordre leur racisme. Ces derniers accusaient des policiers d'avoir lancé des insultes comme « clochards », « singes » ou « sales nègres ». La police a appelé les éventuelles victimes à porter plainte et tenté de minimiser la gravité des violences.
« Tout blessé est une tragédie, toute voiture brûlée est un échec de la société (...) mais Stockholm n'est pas en train de brûler », a souligné un responsable de la police de la capitale, Ulf Johansson.
« Nous sommes en train de devenir peu à peu comme les autres pays », a affirmé de son côté Aje Carlbom, anthropologue social à l'université de Malmoe. « Vivre en tant que jeune dans ces endroits de ségrégation peut se révéler très difficile sous beaucoup d'aspects. Vous n'avez pratiquement aucun contact avec les autres Suédois et la plupart du temps, je ne pense pas que vous ayez une bonne compréhension de la société suédoise », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt, fervent partisan de l'accueil des immigrés, a voulu donner devant le Parlement l'image d'une nation unie. « Je pense qu'il est dangereux de vouloir dépeindre la Suède avec une capitale séparée de ses banlieues. Je ne pense pas que ce soit vrai. Je pense que la ligne qui nous divise traverse Husby, entre une population majoritaire et à côté un petit groupe de fauteurs de trouble », a-t-il déclaré jeudi.
En raison de sa politique d'immigration libérale, la Suède est devenue ces dernières décennies l'une des premières destinations des immigrants en Europe, dont des ressortissants d'Irak, d'Afghanistan, de Somalie, des Balkans et récemment de Syrie. De graves incidents comparables à ceux se déroulant actuellement avaient déjà eu lieu en 2010 à Rinkeby et en 2008 à Malmoe (sud) où un centre culturel islamique avait été fermé.
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