Intégration économique régionale : les messages clés de la Banque mondiale
Selon la BM, il faut lancer un vaste programme de réformes et prévoir des mesures d’accompagnement pour les secteurs les plus touchés.
Jean-Pierre Chauffour, économiste principal au Bureau de la Banque mondiale à Rabat, a présenté à Bruxelles les résultats d’une étude sur l’intégration économique de la région Mena. Dans le cadre des négociations de l'Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) en cours entre l’Union européenne et le Maroc, certains messages clés de l’étude ne doivent pas être perdus de vue : mettre en place un vaste programme de réformes et des mesures d’accompagnement pour les secteurs les plus touchés.
Quels bénéfices tirer d’une plus grande intégration ?
Selon ce rapport, les pays de la région doivent s’appuyer sur l’expérience des pays qui ont réussi à « tirer le meilleur parti de l’économie internationale (…) pour combler leur retard technique et assimiler les connaissances existantes. »
Le commerce et les investissements pourraient ainsi «aider les pays arabes engagés dans une transition démocratique à amorcer une croissance inclusive tirée par les exportations ».
L’objectif est à terme de créer un espace économique commun entre les deux rives de la Méditerranée et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Pour atteindre cet objectif, deux leviers d’action sont à considérer : accroître l’accès aux marchés extérieurs et appuyer les réformes des politiques publiques et réglementaires nécessaires pour pouvoir tirer profit d’une plus grande intégration aux marchés mondiaux.
Réformer pour tirer profit de cette intégration
Mais, selon l’étude, des réformes nationales d’envergure sont nécessaires pour que les pays puissent « bénéficier du potentiel de croissance et d’emplois qu’offrent le renforcement de l’intégration économique et la convergence réglementaire avec les pays les plus avancés ». Quatre grands domaines de réformes :
-Améliorer les opportunités d’accès aux marchés : pour les produits agricoles, cela passe par des investissements pour relever les normes phytosanitaires, la recherche et la vulgarisation agricole et l’irrigation.
-Accroître la compétitivité et la diversification : le retard pris par les pays de la région s’explique surtout par le manque de compétitivité et de diversification. Dès lors, les réformes à mettre en œuvre visent : la suppression progressive des barrières aux IDE, l’amélioration du climat des affaires en encourageant la concurrence, en luttant contre les situations de rente et en favorisant la transparence, la lutte contre les problèmes récurrents de gouvernance (corruption, pouvoir discrétionnaire, application irrégulière des politiques) et la promotion d’une économie du savoir.
-Faciliter les échanges, mobiliser les financements du commerce et les ressources de la diaspora : moderniser les services de facilitation du commerce en améliorant le fonctionnement des corridors commerciaux, renforçant les marchés pour les services logistiques, accroissant l’efficacité de la gestion des frontières et facilitant les mouvements transfrontaliers des prestataires ; améliorer l’accès des PME à un financement abordable ; Renforcer les liens avec la diaspora et mettre en place les conditions pour favoriser l’envoi de fond, le transfert de technologie et de compétences.
-Promouvoir l’inclusion : à court terme, la mise en place des conditions nécessaires à l’expansion de ces IDE et des exportations peut créer des tensions économiques et sociales. Il faut donc mettre en place des mécanismes qui permettront de répartir le plus largement possible les avantages de l’intégration. Pour cela, il faut : mettre en place des politiques sociales destinées à aider les plus vulnérables à faire face aux chocs provoqués par l’intégration ; améliorer les liaisons entre les régions isolées et les centres urbains pour favoriser les échanges intra-régionaux et favoriser l’intégration de mesures sociétales dans les négociations commerciales à l’échelon international.
« Lorsqu’elles ne s’accompagnent pas de réformes intérieures (…) les mesures d’ouverture économique ont souvent pour effet de déplacer les rentes plutôt que de les réduire. »
Où en est le Maroc ?
Pour tirer profit des accords de libre échange, le Maroc doit pouvoir éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires. En effet, les exportations du secteur agricole sont limitées par des limites quantitatives et qualitatives (quotas, barèmes, régimes de tarification à l’entrée sur le marché et barrières non tarifaires telles que les normes sanitaires et phytosanitaires). Les exportations du secteur secondaire sont freinées par les règles d’origine et les normes. Les exportations de services souffrent quant à elle du manque de reconnaissance des qualifications et des compétences marocaines dans le contexte de la circulation de la main-d’œuvre.
Dans le cadre des négociations de l’Aleca, le pays ne doit donc pas perdre de vue ces limites et négocier l’assistance de ses partenaires pour pouvoir lever ces contraintes à l’expansion de son commerce extérieur.
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