M’hamed Sagou: «La colocalisation, il faut la voir autrement»
Lors de la conférence sur la colocalisation organisée en avril 2013 par le CDS, M’hamed Sagou, professeur d’Université et ancien ministre des finances, a émis quelques réserves concernant l’approche de la colocalisation.
Pour M’hamed Sagou, il semble qu’un maillon manque à cette approche de colocalisation. Ayant l’impression de revenir aux années 80 dans un cours d’économie sur la division internationale du travail, l’ancien misinistre des Finances considère qu’il faudrait voir la colocalisation autrement, c'est-à-dire en considérant que des ensembles économiques se sont créés. « Enfin, nous prenons conscience qu’il y a un retard énorme de l’Europe par rapport aux ensembles d’Amérique du Nord et d’Asie. La monnaie unique étant récente, il y a donc un problème de retard », se réjouit-il.
Un long retard à rattraper
« La division économique du travail, qui l’a faite ? Les multinationales des années 50. Le problème est que les pays de la méditerranée et de l’Europe n’en ont jamais profité de la division économique du travail et n’ont pas pu la faire », analyse le professeur d’Université. Il se pose alors la question de la différence entre ce que les multinationales américaines ont fait sans intervention de l’Etat et ce qui se passe aujourd’hui. Pour M’hamed Sagou, la réponse est que « l’Europe a conscience de ce retard, le Maghreb commence à en prendre conscience et l’Afrique commence à peine à y penser. Or ce retard, il faut absolument le rattraper ! ». Le professeur cite à ce titre Dominique Bocquet, Contrôleur général économique et financier au ministère des finances français, qui appelle cela l’accélérateur de la théorie ricardienne.
La division internationale du travail étant basée sur ce principe, M’hamed Sagou considère qu’il faut maintenant que dans notre région nous accélérions un peu plus. Il explique en effet que la différence entre ce que nous faisons aujourd’hui dans le cadre de la colocalisation et ce qu’ont fait les multinationales des années 50 avec brio, c’est qu’il va falloir qu’on y mette les Etats. D’où le retour à cette « approche culturelle, intellectuelle de l’Europe et de la Méditerranée qui ont toujours associé l’Etat à l’économie ».
Pour conclure, M’hamed Sagou relève que la monnaie unique n’a pas fonctionné en Europe et est en retard, que la circulation des biens et des personnes n’existe pas, que les PME ont du mal à se développer et que donc « il va falloir accélérer les choses en demandant aux Etats de mettre en place des politiques industrielles : si les entreprises ne s’y mettent pas, les Etats tous seuls n’y arriveront jamais ».
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Nouvel an de l'hégire (1er Moharram) sera célébré ce mercredi 17 juin au Maroc
Le 1er Moharram de la nouvelle année de l’Hégire 1448 correspondra au mercredi 17 juin 2026, a annoncé le ministère des Habous et des affaires islamiques.
Article : Adouls : la Cour constitutionnelle valide l’essentiel de la réforme, mais écarte plusieurs dispositions
Saisie par 93 députés avant la promulgation du texte, la Cour a déclaré non conformes des articles touchant aux incompatibilités professionnelles, aux personnes en situation de handicap, au témoignage collectif dit “lafif” et à l’organisation des instances représentatives. Le texte devra donc être corrigé sur ces points, sans remettre en cause le cœur de la nouvelle loi 16.22.
Article : En commission, les conseillers votent la nationalisation de la Samir et le plafonnement des hydrocarbures
Deux propositions de loi portant sur les hydrocarbures et la Samir ont été récemment adoptées en commission à la Chambre des conseillers. Un vote "surprise" rendu possible par un rapport de forces numérique défavorable à la majorité, lors d’une séance où l’opposition était majoritaire en nombre. Si ces textes ont franchi l’étape de la commission, leurs promoteurs sont conscients qu’ils ont peu de chances d’être adoptés en plénière.
Article : Retail : la guerre silencieuse pour conquérir le panier des Marocains
Pendant longtemps, les courses du quotidien se sont surtout jouées entre l’épicier du quartier, le grossiste et quelques grandes surfaces. Ce modèle commence à se fissurer. Entre fusion capitalistique, rachats d’enseignes, master-franchises, centrales d’achat, logistique commune et formats de proximité, les grands opérateurs installent peu à peu des réseaux capables d’accompagner le consommateur du café du matin aux achats du week-end. Non sans bousculer les équilibres.
Article : Crédit du Maroc : ce que cache l’augmentation de capital à 699 MDH
Depuis son passage sous le contrôle de Holmarcom, Crédit du Maroc a changé de rythme. La banque affiche des bénéfices en hausse, prépare son plan CDM Boost 2028, et propose désormais à ses actionnaires de suivre le mouvement via une opération ouverte du 26 juin au 16 juillet. Derrière le prix fixé à 938 DH par action, le marché devra surtout juger si cette nouvelle étape confirme une trajectoire ou ouvre un pari plus large. Décryptage.
Article : Nador West Med : derrière le port, le pari industriel de l’Oriental
ROUND UP. Prévu pour entrer en service fin 2026, Nador West Med se construit déjà au-delà de ses quais : routes dédoublées, future autoroute vers Guercif, projets chinois dans l’éolien, les pneus et les alliages, ambition énergétique autour du GNL et de l’hydrogène vert. L’enjeu est désormais de transformer cette infrastructure en véritable moteur économique régional.