Trump face à lui-même
La tentative d’assassinat dont Donald Trump a été la cible relance le débat sur la violence politique aux États-Unis.
Qui se souvient encore de cette intervention de Donald Trump en mai 2018 au sein du puissant lobby américain NRA, the National Rifle Association, quand il vantait les vertus du permis de port d’armes ? À cette époque, le président américain s’est lancé dans une pantomime jouant le terroriste durant le massacre du Bataclan à Paris. "Viens là, boum, viens là boum" : si l’un de vous avait été là avec une arme pointée dans la direction opposée, les terroristes auraient certainement fui.
La tentative d’assassinat que vient de subir Trump samedi dernier traduit l’usage excessif de la violence dans la vie américaine. Cette violence touche les citoyens, les jeunes, mais aussi la classe politique, y compris les présidents. Pour 340 millions d’habitants, les États-Unis ont plus de 400 millions d’armes en circulation. Pour 100 bébés américains qui naissent, il y a 120 fusils qui se vendent. Si le Canada a une proportion de 35 armes pour 100 citoyens, et la France 19, cette moyenne est de 120 aux États-Unis. L’année dernière, ce sont 46.000 Américains qui ont été assassinés suite à l’usage abusif de ces armes individuelles.
Contrairement à beaucoup de pays, en Amérique, l’État n’a pas le monopole de la violence. Le citoyen dispose aussi des moyens pour se défendre selon le deuxième amendement de la Constitution, qui stipule que le droit de porter des armes ne peut être transgressé. Gravé, comme dans le marbre, depuis 1791, cet article est devenu une obligation politique que démocrates et républicains n’ont jamais pu réformer. La NRA, lobby qui défend ouvertement ce droit, comprend cinq millions de membres et protège légalement une industrie qui génère 250 milliards de dollars.
Ce n’est pas la première fois qu’un président américain subit une tentative d’assassinat de ce genre. Durant l’histoire américaine, ce sont quatre présidents qui ont été assassinés pour des raisons parfois obscures. Il s’agit d’Abraham Lincoln en 1865, James Garfield en 1881, William McKinley en 1901, et John F. Kennedy, certainement le plus connu d’entre eux, en 1963. Il faut ajouter à cette macabre liste les assassinats ratés, comme ceux contre Franklin D. Roosevelt en 1933, Harry Truman en 1950, et Gerald Ford, qui a échappé à deux tentatives d’assassinat en 1975, et la liste n’est pas exhaustive.
C’est certainement le président Trump qui a reçu le plus de menaces de tous les présidents américains. On compte à ce jour cinq tentatives avortées durant la dernière décennie, dont deux durant ce mandat. Les discours excessifs et clivants qu’il entretient, à l’échelle nationale et internationale, sont certainement l’une des raisons de cet acharnement. Ni Lincoln ni Kennedy, assassinés, ni Reagan ou Ford, qu’on a tenté d’éliminer, n’avaient atteint le score que Trump a accumulé en si peu de temps.
Ce qui fait la différence cette fois-ci, c’est que cet attentat s’est déroulé en direct, lors de la tenue de la soirée annuelle des correspondants de la Maison-Blanche. On connaît les rapports conflictuels entre Trump et les médias américains, qu’il traite souvent comme des menteurs qui falsifient les informations. Pour lui, les journalistes font de l’illusion alors que lui maîtrise la réalité. Pour les combattre, Trump fait souvent un usage excessif des réseaux sociaux pour passer ses messages, se faire valoriser, ou alors il s’adresse à des chaînes TV proches de lui comme Fox News, pour communiquer avec le public.
Par ailleurs, Trump n’a jamais aimé ces réunions de presse humoristiques où on se moque des politiques et où il n’est pas lui-même la vedette. Il n’a jamais oublié l’humiliation, sous forme de dérision, que lui a adressée Barack Obama lors du dîner de 2011. Après avoir fourni auparavant son certificat de naissance aux États-Unis pour prouver sa nationalité, Obama lui a demandé sarcastiquement de chercher maintenant à vérifier la présence des objets non identifiés, OVNI, et de se demander si les cosmonautes américains sont réellement descendus sur la Lune.
Et Obama de continuer : "Dites ce que vous voulez sur Trump, il apporterait le changement à la Maison-Blanche". Puis une grande image est projetée sur l’écran de la salle, montrant le siège présidentiel à Washington transformé en casino. Trump est resté stoïque, sans sourire, mais visiblement humilié. En 2016, à la même occasion, Trump boude l’événement, mais Obama le taquine de nouveau : "Il n’est pas là ce soir, mais on s’est bien amusé quand il était avec nous l’autre fois".
Samedi dernier, Trump voulait certainement prendre sa revanche des années après. Que comptait-il alors dire durant cette soirée face aux médias ? Peut-être réservait-il des surprises à son auditoire ? Prendre sa revanche sur Obama ou sur Biden ? Ou alors expliquer aux Américains la situation du pays et les conflits en cours au Moyen-Orient ? Elle avait bien raison, la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt, qui annonçait juste avant l’ouverture de la cérémonie face à Fox News que Trump allait marquer le coup ce soir. "Ce sera une soirée drôle et divertissante et il y aura des coups de feu", a-t-elle dit : there will be shots fired. Elle avait raison.
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