Sommet de l’OTAN à Washington, ils sont venus, ils étaient tous là
À l’occasion du 75e anniversaire de la signature du traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN a tenu, du 9 au 11 juillet, son sommet à Washington, à quelques mois des élections américaines. Malgré un agenda chargé, la question qui taraudait les observateurs concernait d’abord la santé du président américain Joe Biden.
Est-il capable de gagner les élections en novembre prochain face au tonitruant Donald Trump qui vient d’échapper à un attentat et qui a toutes les chances de reprendre le pouvoir ? Et si Biden gagnait, pourrait-il tenir quatre ans supplémentaires et assumer ses fonctions alors que sa santé est sujette à interrogations ?
Plusieurs hôtes ont tenu, par courtoisie et politesse, à rassurer sur la santé du président américain. Le lapsus fait sur le nom du président ukrainien, appelé par mégarde Poutine, a fait couler beaucoup d’encre sur les capacités physiques et mentales du chef de l’État américain. Macron y a trouvé des excuses atténuantes. Ça nous arrive, et ça m’est arrivé de faire des lapsus, et ça m’arrivera sans doute demain, dira-t-il. Les autres responsables, dont certains y assistent pour la première fois, comme le britannique ou le néerlandais, ont préféré observer le silence.
Ce sont trois jours denses de travaux et de consultations entre les trente-deux membres de l’Alliance militaire, et entre ces derniers et leurs partenaires en dehors de la sphère européenne. Ce sommet se composait de plusieurs séquences dont les plus importantes étaient la réunion du Conseil de l’Atlantique, le sommet avec les responsables européens et ceux de l’Asie-Pacifique, et enfin une réunion stratégique du Conseil avec l’Ukraine. C’est dire combien le programme a été chargé pour traiter les graves conflits qui menacent l’équilibre mondial. La santé de Biden n’était pas la priorité.
C’est la première fois que le sommet de l’OTAN se réunit avec deux nouveaux adhérents que sont la Suède et la Finlande. Adhésions certes favorisées par les supposées menaces russes, et la fin du refus de la Turquie à leurs intégrations au sein de l’Alliance. Ces deux pays apportent à l’ensemble des forces additionnelles, mais également de nouveaux défis à relever quant à leur intégration au même système de protection que les autres nations européennes. Avec leurs adhésions, Moscou enregistre ici un cuisant échec à sa stratégie qui voulait les éloigner de l’OTAN.
Les pays européens membres de l’OTAN ont tenu à réaffirmer leur volonté d’accroître leurs contributions dans le financement des activités de l’Alliance pour atteindre 2% de leur PIB. Trump, qui risque d’être réélu, était très critique sur le sujet pendant son premier mandat à l’égard des européens qui bénéficiaient du parapluie américain sans en payer le prix. Son retour risque de mettre cette Alliance à rude épreuve, et une entente avec Poutine sur la crise ukrainienne au détriment des européens reste probable.
Le communiqué final diffusé à l’issue du sommet résumait la stratégie de l’Alliance, ainsi que les actions à mener pour renforcer la cohésion d’ensemble. Il a, de prime abord, expressément nommé les ennemis potentiels de l’OTAN que sont la Russie, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran. En réalité, ces pays sont plus les ennemis des États-Unis que des autres membres. Washington a mis en balance tout son poids et sa force pour désigner la Russie comme un danger en Europe, et la Chine comme un adversaire en Indopacifique.
Ainsi, la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine a pris une grande part aussi bien lors des travaux que dans le contenu du communiqué final du sommet. Les membres de l’OTAN ont réaffirmé leur volonté de continuer à aider l’Ukraine à suivre sa trajectoire irréversible vers l’intégration euro-atlantique, pleine et entière, y compris son adhésion à l’OTAN. Ce message net et clair, réitère le droit de l’Ukraine à adhérer à l’Alliance malgré l’opposition farouche de Moscou, qui y voit un danger existentiel.
Pour les participants, la Russie de Poutine porte seule la responsabilité de la guerre qu’elle mène en Ukraine. Ce conflit constitue, selon eux, une violation flagrante du droit international et de la charte des Nations Unies. Pour l’OTAN, Moscou cherche ainsi à remodeler fondamentalement l’architecture de sécurité euro-atlantique. Tous les membres ont réitéré leur solidarité agissante et indéfectible avec l’Ukraine dans le combat qu’elle livre pour préserver son indépendance et sa souveraineté.
La condamnation de la Russie allait au-delà de la guerre de l’Ukraine, en condamnant également sa rhétorique nucléaire irresponsable. Cette politique traduit une posture d’intimidation stratégique, pourrait-on lire. Le sommet s’est par ailleurs opposé à tout placement sur orbite des armes nucléaires qui constitue une violation de l’article IV du traité sur l’espace extra-atmosphérique. D’autres comportements russes ont été condamnés, comme les actions hybrides telles que la cyber-malveillance, ou l’instrumentalisation de l’immigration irrégulière.
Le sommet s’est attaqué aussi à la Chine, bien que Pékin ne menace pas l’Europe, et jouit même d’une florissante relation économique avec tout l’Occident. Pour l’Alliance, ce pays asiatique continue de faire peser des défis systémiques sur la sécurité euro-atlantique. L’OTAN souligne que la Chine joue un rôle déterminant à côté de la Russie par son large soutien apporté à la base industrielle de défense russe, ce qui accroit les menaces sur ses voisins. Pékin est également accusée d’être à l’origine d’incessantes activités cyber et hybrides malveillantes.
Les membres de l’OTAN ont réitéré à cette occasion leur disposition à interagir avec la Chine de façon constructive. Difficile de faire autrement avec un pays qui a tiré les enseignements de l’endiguement américain contre Moscou pour assiéger la Russie, avant d’étouffer son économie au profit de l’Occident. L’initiative chinoise des routes de la soie était, et continue d’être, une réponse stratégique intelligente pour éviter les mêmes déboires subis par le voisin russe, déjouant ainsi la stratégie occidentale.
Pour mener cette contre-attaque contre la Chine, Washington a invité les puissances alliées de l’indopacifique, Australie, Japon, et Corée du Sud, qui ont rejoint ce sommet. Ces invitations rappellent l’importance que revêt pour l’Amérique, l’Indopacifique sur la sécurité euro-atlantique et l’équilibre du monde. Ce sommet revêtait une énième mise en garde contre Pékin, véritable concurrent de l’Amérique, qui manifeste, lui aussi, son droit d’étendre sa puissance sur sa zone d’influence, notamment sur Taïwan considéré comme faisant partie de la République Populaire de Chine.
Le sommet de Washington a traité bien d’autres questions plus proches des préoccupations européennes. Ainsi, on a évoqué la région des Balkans occidentaux et de la Mer Noire, zone stratégiquement importante pour l’Alliance et dont il faudrait appuyer les réformes et promouvoir la paix et la stabilité. Par contre le voisinage méridional de l’OTAN, au Moyen-Orient et en Afrique, a été traité en deux lignes pour montrer son importance.
Les chefs d’État ont promis de contribuer à la paix et à la prospérité dans la région. Le drame que vivent les palestiniens est passé tout simplement sous silence. Le droit international que l’OTAN défend en Ukraine, et là où ses membres trouvent leurs intérêts, ne s’applique pas apparemment au peuple palestinien meurtri. L’Occident démontre par-là, devant sa propre opinion publique et la communauté internationale, sa politique de double standard pratiquée ouvertement au Moyen-Orient.
Tout en prônant l’accélération du processus de transformation de cet ensemble, les dirigeants de l’Alliance ont tenu à la fin de leurs travaux à rappeler que l’OTAN a été fondée pour sauvegarder la paix et œuvrer en faveur de la stabilité dans un espace composé d’un milliard de personnes, selon eux. Cette organisation dont le but est de garantir la sécurité commune des occidentaux, feint d’oublier que les sept autres milliards d’habitants de la planète sont loin de partager les mêmes valeurs. C’est sans doute pour cela que l’ensemble des Brics, ou l’Organisation de Coopération de Shanghai OCS, qui se sont constitués en opposition à l’influence américaine, n’ont pas trouvé droit au chapitre dans le communique final de ce sommet.
Mais aux yeux du reste du monde, et plus particulièrement de ce qu’on nomme le Sud-Global, l’OTAN qui se pense comme une alliance défensive, est critiquée pour ses expansions successives vers l’Est-européen, provoquant ainsi la réaction exacerbée et agressive de la Russie, et subséquemment des tensions géopolitiques inutiles. On reproche également à cette Alliance ses interventions intempestives en Afghanistan et en Libye qui ont aggravé la déstabilisation de ces régions, causant des pertes humaines importantes.
Toutes ces interventions illégitimes aux yeux du droit international sont perçues par le reste du monde comme des formes d’impérialisme et d’ingérence de l’OTAN et de ses membres dans les affaires internes des autres nations. Elles ne sont que la perpétuation de la colonisation d’hier sous d’autres formes. Ce qu’elles favorisent c’est avant tout la multiplication des zones de conflits et de confrontation, et la course aux armements qui, à son tour, alimente les industries militaires occidentales qui n’ont jamais été si florissantes. En un mot comme en mille, elles favorisent les seuls intérêts des occidentaux pour perpétuer leur domination sur le monde.
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