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Pr. Mohammed Germouni

Economiste et politologue.

Retour à la question actuelle des hausses de prix

L’inflation traduit généralement une hausse des prix nominaux des biens et services. Elle concerne les marchandises physiques et les services que les agents économiques produisent et se vendent les uns aux autres.

Le 16 juin 2022 à 18h42

Il en est ainsi des produits alimentaires, de la coupe de cheveux chez le coiffeur, de la location de logement, des soins médicaux, des services d’éducation payants ou des achats de véhicules de tracteurs ou autres équipements. A ce propos, la plupart des marchandises peuvent être consommées ou conservées et souvent faire l’objet de stocks en vue d’une utilisation ou de transaction ultérieures.

Ensuite, il faut rappeler qu’il ne s’agit que des seuls prix dits nominaux renvoyant à des sommes d’argent, en dirhams par unité de bien ou de type de service, tel le prix du litre d’essence payé, ou celui du tarif du kilowatt/heure consommé ou de celui du ticket d’autobus. Autrement dit, le calcul du taux d’inflation des prix concerne les variations des seuls prix absolus désignés par nominaux.

L’inflation, l’impôt le plus cruel

Par ailleurs, la hausse du prix d’une ou deux marchandises, comme actuellement par exemple ceux du pétrole et du gaz, n’est pas par elle-même l’inflation, et une baisse enregistrée du prix de la paire d’espadrilles ne représente pas ce qu’on entend par déflation. Dans la dernière période, les nouveaux éléments du côté des coûts de production ont consisté en une hausse brutale des prix due au renchérissement des prix pétroliers et des prix de denrées alimentaires L’inflation est un processus de hausses générales et diffuses des prix nominaux, tandis que la déflation est son contraire.

Au sortir du dernier confinement, on avait noté un début d’expansion de l’investissement privé, une reprise du bâtiment et de l’immobilier, ainsi que celle des achats de consommation de biens durables en mobilier et moyens de transport, qui avaient dépassé la capacité productive du pays. Comme un peu partout dans le monde, il y eut une accumulation spéculative de matières premières et de biens intermédiaires, une constitution de stocks divers par plusieurs entreprises également marocaines, constituant un facteur important de hausse cumulative des prix, de nature à rappeler des périodes de guerres et crises similaires comme celle de 1973 au Moyen-Orient ou même celle de 1950-53 en Corée.

L’inflation a la réputation d’être l’impôt le plus cruel car elle réduit considérablement les ressources de ceux qui disposent de revenus fixes en dirhams. L’inflation demeure un phénomène monétaire, et les autorités en charge doivent choisir une politique d’accompagnement, car elle représente une lourde charge économique pour une société et n’est pas la manière la plus harmonieuse ni la plus équitable.

Ne rien faire pour l’arrêter tendrait à ratifier dans une certaine mesure les organisations et le comportement qui introduisent une déformation inflationniste dans l’économie, avec un risque de déprimer la production et l’emploi, sachant que les effets anti-inflationnistes sont très incertains et ne se font sentir, au mieux, que fort lentement. La Banque centrale, comme les autorités budgétaires, observent et analysent en continu le phénomène, en tentant généralement des compromis politiquement acceptables, oscillant entre une sorte d’alternance de grand soutien et celle d’une abstention ou de tenir à un semi-accompagnement comme ce qui se fait actuellement.

Le recours aux taux directeurs d’une Banque centrale comme celle du Maroc a rarement réglé à lui seul le problème posé, qui constitue d’ailleurs l’objectif premier assigné à l’intervention de celle-ci. Cela ne peut remplacer une réelle coordination dans le cadre d’une bonne entente, d’abord avec les autorités gouvernementales en charge de la politique globale du pays.

L’indépendance d’une importante institution monétaire n’est pas une fin en soi et il est de plus en plus utile de s’entendre sur le contenu réel du concept de soutenabilité d’une dette publique, tant le fameux poison de la charge d’intérêt n’est pas une abstraction lointaine.

Un primus inter pares assurant une coordination et un dosage entre le monétaire et le budgétaire est requis, et l’orientation à négocier doit certes considérer les décisions de grandes institutions, type Commission économique européenne ou Banque centrale européenne, même si elles sont mues naturellement par divers types d’intérêts et parfois divergents. Par ailleurs, il convient de relever à cet égard qu’avoir été bouc émissaire dans des crises majeures à la direction du Fonds monétaire international, puis adepte d’un attentisme excessivement optimiste à la présidence d’une BCE en plein cycle inflationniste, tendent à démontrer qu’une gestion arcboutée sur certains marchés et intervenants, aussi importants soient-ils, demeure dans l’ensemble sujet à forte controverse.

Le retour récent à une "normalisation de leurs politiques monétaires respectives", tant de la Réserve fédérale américaine que de la BCE, à travers une réduction du programme d’achat d’actifs ou une hausse des taux directeurs, témoigne parfois d’un suivisme de peu d’utilité pour les autres économies. Dans les faits, la réponse budgétaire au cours des dernières années est devenue prépondérante, reléguant de plus en plus la technique des taux des banques centrales à un rôle plutôt effacé, sinon second.

Sans arriver à accepter le fait qu’il faut vivre avec une hausse des prix continue, il y a sûrement lieu de limiter de façon directe les progressions notoires en cours, en les soumettant à des contrôles officiels ciblés et surtout efficaces.

Notons enfin que l’inflation ne semble que rarement avoir modifié les normes de progression du revenu réel auxquelles sont habitués les bénéficiaires de taux de profit, les actionnaires ou dirigeants d’entreprises. Cependant, la contraction actuelle de la demande finale de consommation des ménages ruraux, en raison de la baisse des revenus agricoles observée durant l’année en cours, doit constituer la préoccupation majeure des pouvoirs publics. D’autant que ladite inflation annuelle sous-jacente prévue officiellement frôlerait les 5%, voire plus.

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Le 16 juin 2022 à 18h42

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