Qui va succéder à Merkel?
HAMBOURG – Dans quelques semaines, la CDU va tenir sa 33e convention et choisir son nouveau chef de parti. Quel que soit le candidat de la CDU qui va lui succéder à la Chancellerie, il est fort probable que la CDU de Merkel va arriver en tête des élections législatives en septembre prochain, et qu'elle prendra la main dans la formation du prochain gouvernement.
Les trois hommes en lice pour la direction du parti ne sont pas des personnalités très connues à l'étranger. Le premier (par ordre alphabétique) est Armin Laschet, ministre-président de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et cheville ouvrière de longue date du parti, dont le charisme ne rend pas justice à la compétence.
Vient ensuite Friedrich Merz, qui a dirigé le groupe CDU au Bundestag il y a deux décennies, avant d'être évincé par Merkel, qui préparait alors sa propre ascension au sommet. Après avoir tissé des liens avec le secteur privé et avoir amassé une fortune considérable, il fait pression pour un retour en force.
Pas de véritable favori
Le troisième candidat est Norbert Röttgen, président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag. Il a brièvement occupé le poste de ministre de l'Environnement sous Merkel jusqu'à ce qu'elle démette ce blondinet de ses fonctions.
Laschet bénéficie du soutien tacite de Merkel, ne serait-ce que parce que les deux autres ont des comptes à régler avec "Mutti " (maman), qui est parvenue au sommet en terrassant ses nombreux rivaux. En raison du Covid-19, nous ne savons pas encore quand ni comment la CDU va désigner son prochain dirigeant. Mais qu'il se réunisse physiquement ou virtuellement, le parti doit décider ce mois-ci d'une date de convention pour mi-janvier.
Il n'y a pas de véritable favori. Merz a bénéficié d'un soutien de 27% dans un sondage récent, toutefois ce soutien était en baisse. Röttgenn, qui totalisait de son côté 16%, connaît en ce moment une légère hausse. Laschet les suit de près, même si les 21% des personnes interrogées ont préféré cocher "Aucune des réponses mentionnées", ce qui rend le résultat d'autant plus incertain.
Une question évidente porte sur la profession de foi de chaque candidat. Mais il n'est pas facile de répondre à cette question dans un système politique aussi ennuyeux, ce dont nous ne saurions nous plaindre, et aussi centriste. L'extrême-gauche et l'extrême-droite allemandes ne représentent que 20% environ dans les sondages. La plupart des électeurs choisissent de voter pour les grands partis (par-dessus tout, pour la CDU), qui fonctionnent comme des supermarchés, en proposant une petite récompense à chacun, sans bouleverser l'ordre établi.
Tout au long de la première moitié du XXe siècle, du Kaiser Guillaume II au Führer, l'Allemagne a été le pays le plus "intéressant" du monde. En interne, le pays était un volcan politique et constituait une menace mortelle pour ses voisins. Aujourd'hui, suite à deux Guerres mondiales catastrophiques, elle est aussi agressive qu'un paresseux, et sa politique oscille entre stabilité et sagesse.
Ainsi, le concours de beauté de la CDU n'a rien en commun avec les montagnes russes de la primaire présidentielle du Parti démocrate aux Etats-Unis cette année, où les sénateurs Bernie Sanders du Vermont et Elizabeth Warren du Massachusetts se sont démarqués en prenant un fort virage à gauche. L'Allemagne n'a pas non plus son avatar de Donald Trump en lice. La politique du pays est "continuité über alles."
"Ni continuité, ni rupture"
Et c'est ainsi que Laschet s'appuie sur son expérience de ministre-président des 16 Etats les plus peuplés d'Allemagne, un avantage certain sur Merz et Röttgen. Son message tacite équivaut à "quatre années de merkelisme de plus": pas de soudaine embardée dans la politique intérieure ou étrangère.
Pendant ce temps, Merz, qui a entamé sa campagne en adoptant une posture plutôt à droite de la CDU (davantage d'atlantisme et davantage d'économie de marché), a soigneusement recentré ses propos. A son tour, il souhaite qu'il n'y ait "pas de rupture", mais il croit également que l'Allemagne "a trop ralenti." Ce qui fait que les deux styles sont représentés.
Röttgen, le plus jeune des trois, semble se montrer le plus audacieux. En vantant les mérites de ses qualités d'expert en politique étrangère, il veut se montrer plus dur envers la Russie et la Chine que les deux autres. Mais haut les cœurs! Sous sa direction, il n'est censé n'y avoir "ni continuité totale, ni rupture" avec l'ère Merkel.
Ainsi, la stabilité continuera d'être le mot d'ordre de l'Allemagne. Il n’y a pas de candidat d'extrême-droite comme Marine le Pen en France ou Matteo Salvini en Italie, pas plus qu’il n’y a de gauchistes radicaux comme Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne, l’ancien chef du Parti travailliste. Alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont essentiellement des gouvernements à deux partis, l'Allemagne, comme la plupart de l'Europe continentale, gouverne par le biais de coalitions multipartites, sans grande oscillation pendulaire à chaque élection.
Quoi qu'il en soit, celui qui remportera la course à la CDU en janvier et deviendra Chancelier en septembre devra gouverner en tandem et peut-être même en trio. Soutenues par la pandémie, qui a favorisé les pouvoirs en place, la CDU et son parti frère bavarois, l'Union sociale chrétienne (CSU), vont probablement obtenir environ 35% des voix. Légèrement ancrés à gauche, les Verts pourraient glaner environ 20%, ce qui en fait un partenaire naturel de coalition pour la CDU/CSU.
Une économie en chute libre
Cet équilibre des pouvoirs promet une continuité, ce qui n'est pas particulièrement passionnant. Nous, dans les médias, pourrions bientôt en venir à regretter Trump, qui, malgré toutes ses erreurs graves, aura été le leader le plus divertissant du XXIe siècle. Mais en ces temps troublés, alors que le Covid-19 n'a pas encore été éradiquée et que l'économie est toujours en chute libre, le centrisme atone n'est pas le pire résultat pour la principale puissance de l'Europe.
En plus des trois candidats déclarés à la CDU, il y a deux outsiders qui, au lieu de suivre la voie conventionnelle, premier président, puis candidat à la Chancellerie, attendent leur heure. Peut-être que le parti va trouver que le trio de Laschet, Merz et Röttgen est ennuyeux, et lui préférer une personnalité qui soit davantage sur le devant de la scène. L'un d'eux est le ministre de la Santé Jens Spahn, un politicien assidu qui, en profitant du Covid-19, ne rate pas une occasion de paraître dans les médias. L'autre est le chef de la CSU Markus Söder, un homme très ambitieux qui travaille sans relâche et ne rate pas une occasion d'interview ni de talk-show. Mais aucun de ces cinq candidats ne serait à même de tramer une révolte contre Mutti et son héritage. On peut parier sans trop grand risque de se tromper que le prochain chancelier allemand s'appellera Merkel, mais pas Angela.
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