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Pourquoi une reprise efficace dans la région MENA est plus cruciale que jamais

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) se trouve de nouveau à la croisée des chemins. De nombreux pays éprouvaient des difficultés économiques et sociales avant le déclenchement de la COVID-19, laquelle est venue s’ajouter aux problèmes auxquels ils étaient déjà confrontés en matière de pénurie d’eau, de pollution et de risques climatiques accrus. Étant donné que la pandémie érode rapidement les gains qu’ils avaient durement acquis sur le plan du développement, l’écart entre ces pays et les autres pays à revenu intermédiaire risque maintenant de se creuser. 

Le 17 octobre 2020 à 10h08

Les défis qui interpellent ces pays pèsent de manière disproportionnée sur les couches pauvres et vulnérables, ce qui accroit les divisions sociales et économiques et pousse davantage de personnes dans la pauvreté. Les contraintes budgétaires limitent leur capacité à assurer leur relèvement à la vitesse et à l’échelle dont ils ont besoin, sans compter que certains luttent contre une deuxième vague de coronavirus, face à la résurgence des cas. 

Alors qu’ils s’efforcent de mettre en œuvre leurs plans, une reprise résiliente, partagée, durable et efficace est plus cruciale que jamais. En effet, elle pourrait ouvrir la voie à un nouveau modèle de croissance. Par ailleurs, le thème des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du FMI de cette année, qui se tiennent du 12 au 18 octobre, est « Soutenir une reprise résiliente ». Surtout, une manifestation de haut niveau intitulée « Une reprise durable pour le bien des populations et de la planète » se penchera sur les investissements qui peuvent aujourd’hui générer des gains à court terme (emplois et croissance économique) et offrir les avantages de la résilience, de la décarbonisation, de l’air pur et d’une eau plus propre, d’océans plus sains et de systèmes alimentaires et agricoles plus durables. 

Pour que la région MENA se remette de la crise, il faut un rebond rapide des emplois, indispensable dans la région même avant la COVID-19. Environ 4,9 millions d’emplois sont en jeu à cause de la pandémie ; 300 millions de jeunes travailleurs devraient encore rejoindre la population active au cours des 30 prochaines années. La transition vers une économie verte a le potentiel de créer des millions d’emplois et de rendre les pays plus résilients et compétitifs à l’avenir.

Les investissements appropriés, tels que la mise à niveau des infrastructures pour répondre aux normes de durabilité, l’expansion de l’agriculture climato-intelligente et numérique, l’amélioration de la gestion des paysages et l’assainissement des quartiers insalubres, peuvent engendrer un triple dividende : emplois à court terme, durabilité accrue et inclusion plus poussée. 

Des graines déjà semées

Le Maroc s’emploie à créer la prochaine génération d’entrepreneurs verts en faisant en sorte que les jeunes des zones rurales s’engagent dans des entreprises agro-intelligentes, l’objectif étant de former 350.000 nouveaux agriculteurs d’ici 2030. En Tunisie, les efforts de conservation et la gestion des terres et de l’eau ont contribué à diversifier les moyens de subsistance au niveau local et permis de créer des sources de revenus supplémentaires, en particulier pour les femmes. Plus de 200 microprojets ont donné un coup de pouce aux zones périphériques, bénéficiant ainsi à quelque 17 000 personnes, et contribué à la lutte contre la désertification.

Partout dans le monde, les pays promeuvent des plans de relance verts favorisant des technologies plus propres, les énergies renouvelables et les villes intelligentes, ce qui permet d’accélérer le passage à une économie à faible émission de carbone et d’augmenter par la même occasion les investissements productifs.

Faire avec des ressources budgétaires limitées offre l’occasion de remédier aux inefficacités dans la dépense publique et d’améliorer simultanément la gestion des ressources naturelles. Les réformes qui favorisent le recouvrement des coûts des services d’eau, soutiennent la réutilisation de l’eau, réorientent les dépenses agricoles ou encouragent l’efficacité énergétique peuvent permettre de réduire les budgets des administrations publiques, avec de meilleurs résultats pour les populations et la planète. On estime que le coût de la pollution de l’air dans le Grand Caire équivaut à 1,35 % du PIB égyptien, tandis qu’en Iraq, le coût de la dégradation de l’environnement représente des pertes pouvant atteindre 6,4 % du PIB par an. En Jordanie, la mauvaise gestion des ressources et la crise de la COVID ont poussé le déficit annuel de la régie de l’eau à 2 % du PIB.

Rétablir la confiance et garantir l'inclusion

La reprise au sortir de cette crise doit être partagée. Avant la COVID, le contrat social entre l’État et le citoyen, qui laissait à désirer, menaçait de compromettre la paix et la stabilité dans la région. Il est désormais essentiel de mettre la reprise à profit pour rétablir la confiance et garantir l’inclusion.

Il faut, pour ce faire, comprendre l’impact de la pandémie sur différents groupes de population et différentes régions géographiques d’un pays. À partir de ces informations, des programmes peuvent être conçus pour garantir que personne ne soit laissé de côté lorsqu’il s’agit d’accéder aux services, notamment aux services numériques et financiers, pour atténuer l’impact d’autres chocs. La réponse de la Banque mondiale à l’explosion dévastatrice de Beyrouth en est un bon exemple : de concert avec l’ONU et l’Union européenne, la Banque a procédé à une évaluation rapide des dommages et des besoins en vue de coordonner les efforts de reconstruction et de concevoir des réformes urgentes et tant attendues sans lesquelles la confiance entre l’état et les citoyens, déjà sévèrement mise à mal, sera définitivement brisée.

Dernier point et non le moindre, la pandémie vient rappeler cruellement combien il importe d’être prévoyant et de se préparer avant la catastrophe. On estime que la pénurie d’eau causée par le changement climatique, par exemple, représente déjà 6 à 14 % du PIB de la région MENA. Dans certains pays, la productivité agricole pourrait chuter à hauteur de 60 % ; certaines parties de la région pourraient connaître plus de 200 jours par an de chaleur extrême, tandis que les inondations et l’élévation du niveau de la mer pourraient déplacer des millions de personnes et mettre en péril les ressources côtières.

Une conception climato-intelligente est beaucoup moins coûteuse que la réparation des dégâts. Des réformes ciblées, des investissements dans les infrastructures vertes et grises, la recherche-développement pour la résilience côtière, la gestion des risques d’inondation et de sécheresse, la restauration des terres et la réduction de l’effet d’îlot de chaleur urbain pourraient transformer des problèmes majeurs en nouvelles opportunités économiques.

En raison de leur taille, les programmes de relèvement eux-mêmes offrent une chance rare de renforcer la résilience au changement climatique. 

La pandémie pose des problèmes sans précédent à la région MENA, mais la Banque mondiale est prête à l’aider à tracer sa voie. Nous avons déjà fourni de nouveaux engagements financiers à hauteur de 3,6 milliards de dollars aux pays de la région qui se remettent du double choc économique de la pandémie et de l’effondrement des prix du pétrole qui a suivi. L’espoir est de sortir plus fort de cette crise. Une reprise résiliente, partagée, durable et efficace pourrait ouvrir la voie à un avenir plus prospère, durable et équitable. 

Par Rédaction Medias24
Le 17 octobre 2020 à 10h08

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