Pourquoi les Libanais méritent l’aide internationale
BRATISLAVA – Si l’on regarde le pays de l’extérieur, il n’existe qu’une seule solution viable: le Liban doit résoudre sa crise politique et mettre en place les réformes économiques et budgétaires qui n’ont que trop tardé. Mais pour réussir, le pays a besoin du soutien financier de la communauté internationale.
Lors de la conférence des donateurs internationaux, à Paris, en 2018, 11 milliards de dollars de prêts et d’aides financières ont été promis au Liban, à la condition que différentes réformes soient entreprises, un message que les donateurs ont récemment réitéré. La formation d’un gouvernement en état de marche constituerait un premier pas, qui montrerait à la communauté internationale qu’une équipe est bien revenue aux commandes du pays. Ce prérequis semble justifié et correspondre à certaines exigences des manifestants. Dans le même temps, le soutien au Liban, à l’heure du péril, doit être ferme et dénué d’équivoque.
Les raisons d'une crise
Il est important de rappeler pourquoi le Liban connaît de telles difficultés économiques. Le pays a souffert, pour commencer, des conséquences de la guerre dans la Syrie voisine: il héberge sur son sol 1,5 million de réfugiés ayant fui le conflit, et supporte aussi les terribles conséquences économiques de la perte d’un proche partenaire commercial en guerre. L’accueil et la prise en charge de ces réfugiés font peser sur le Liban, dans l’espoir de renforcer la sécurité et la stabilité d’une région fort dangereuse, un fardeau extrêmement difficile à porter. En outre, les sanctions américaines contre le parti et la milice chiite du Hezbollah affectent la vie des citoyens libanais ordinaires et celle des entreprises.
A l’intérieur, la discorde politique a également contribué à la crise actuelle. La présidence est restée vacante pendant plus de deux ans, jusqu’en octobre 2016, et l’annonce de la démission du Premier ministre Saad Hariri depuis l’Arabie saoudite, en 2017, a frappé les marchés financiers et provoqué une fuite des capitaux. Après les élections législatives de 2018, il n’a pas fallu moins de neuf mois pour former un gouvernement, à nouveau dirigé par Hariri, ce qui a mis en lumière la crise de leadership du pays et sa dérive politique.
Par surcroît, les agences de notation financière ont baissé la note internationale du Liban, la dernière réévaluation étant celle Fitch, qui a rétrogradé le pays de CCC à CC. L’initiative n’est guère surprenante: avec un ratio de sa dette à son PIB insoutenable, de 152%, le Liban est le troisième pays le plus endetté au monde. Le paiement des intérêts accapare presque toutes les recettes de l’Etat, tandis qu’en 2017, une augmentation des salaires du secteur public et des taux d’intérêt plus élevés ont encore augmenté le déficit budgétaire.
A la différence des gouvernements qui se sont succédé, dont la gestion économique ne fut guère brillante, la banque centrale, la Banque du Liban (BDL) manœuvre avec compétence et sans faillir pour tracer une route parmi les tempêtes actuelles du marché et fonctionne comme un stabilisateur bienvenu. Le gouverneur de la BDL, Riad Salameh, a beau être critiqué par le parti communiste libanais et par le Hezbollah, il est largement crédité d’avoir joué un rôle vital dans la prévention d’une crise plus grave encore.
Ainsi la BDL a-t-elle vendu des dollars aux principaux importateurs afin de garantir les approvisionnements essentiels et a prêté à l’Etat pour qu’il puisse payer les collaborateurs clés du secteur public, notamment les forces armées. En outre, la banque centrale a donné instruction aux banques locales d’accroître leur capital de 20% d’ici le mois de juin, et elle encourage l’usage de la livre libanaise.
Instabilité économique
Le Liban a reçu de fortes incitations de la communauté internationale à demander également l’aide du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Hariri, chargé, suite à sa démission peu après les manifestations d’octobre 2019, d’expédier les affaires courantes, avant que ne se mette en place le nouveau cabinet, y semble ouvert. L’agence de notation Moody a récemment averti que faute d’un tel soutien international, le Liban aurait de plus en plus de chances d’être confronté à "un scénario d’extrême instabilité économique", avec une restructuration de la dette et une déstabilisation de la monnaie nationale actuellement arrimée au dollar qui provoqueraient des pertes considérables pour les investisseurs privés.
La discussion en cours sur l’octroi d’une assistance économique au Liban en ce moment de crise est donc encourageante et indique un fort consensus sur la nécessité d’aider le pays à s’aider lui-même. On en a même vu un nouveau développement positif, quoique peu médiatisé, lorsque le gouvernement des Etats-Unis a débloqué 115 millions de dollars d’aides publiques.
Il ne sera certes pas aisé pour le Liban de remettre de l’ordre dans sa maison politique, étant donné les actuelles manifestations et la montée des tensions. Mais les chefs politiques doivent sans délai former le nouveau cabinet et donner le cap des réformes requises par la communauté internationale. En retour, le pays a besoin et mérite un engagement mondial pour que, tandis qu’il progresse dans cette voie, les 11 milliards de dollars de l’assistance internationale soient rapidement versés après le déblocage des fonds américains.
Un Liban redressé est dans l’intérêt vital de la communauté internationale, tant pour le pays lui-même que pour la stabilisation d’une région stratégique sur le plan de la géopolitique. Gardons-nous d’oublier que les lourds sacrifices consentis par ce petit pays suite à la guerre en Syrie ont beaucoup contribué à renforcer la sécurité en Europe. Au nom même de notre propre reconnaissance, nous devons au Liban un franc soutien.
Traduit de l’anglais par François Boisivon
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