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Pourquoi le rapprochement diplomatique Éthiopie-Maroc inquiète l’Algérie

Malgré les revers répétés que lui a directement et indirectement infligés la diplomatie africaine du Maroc qui connaît une redoutable efficacité depuis le retour du Royaume à l’Union Africaine en janvier 2017, l’Algérie semble encore déterminée à contrarier le Maroc sur la scène continentale.

Le 11 septembre 2024 à 15h32

Devant un tel acharnement de la part d’Alger, dont la dernière expression en date est la campagne de propagande électronique visant à semer la discorde entre les peuples marocain et égyptien, il est important que les Marocains évitent surtout de tomber dans cet autre piège de la stratégie algérienne du chaos. Car s’il existe un peuple qui respecte profondément le Maroc, c’est bien le peuple égyptien.

Face donc à ce désir croissant de l’Algérie d’opposer le Maroc et l’Égypte afin de remettre en question leur vieille relation diplomatique, la question est de savoir si ces deux nations anciennes, connues pour leur sagesse et leur clairvoyance diplomatiques, sauront éviter le piège que leur tend une Algérie dont l’inefficace diplomatie dégage de plus en plus une certaine énergie du désespoir sur la question du Sahara.

Malgré ce qui pourrait être décrit comme une certaine période de refroidissement de leurs relations diplomatiques au cours de la dernière décennie, les relations entre l’Égypte et le Maroc ont toujours été cordiales et caractérisées par le respect mutuel, la non-ingérence dans les intérêts de l’autre et une bonne volonté continue. Exemple parlant : le Maroc a récemment soutenu la position égyptienne lors de la crise avec l’Éthiopie concernant la construction du Grand Barrage de la Renaissance éthiopien.

Manœuvres algériennes

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, dont le pays a longtemps prétendu être un bon ami de l’Égypte et qui tente actuellement de créer une rupture entre le Maroc et l’Égypte, a intrigué plus d’un en accueillant le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali en août 2022 au plus fort de la crise égypto-éthiopienne.

Cette rencontre, révélatrice d'une certaine détermination à freiner ou endiguer les percées diplomatiques du Maroc, a eu lieu environ trois mois après l’accueil par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, de son homologue égyptien Sameh Shoukry. Dans une déclaration conjointe publiée après cet entretien crucial entre Le Caire et Rabat, Nasser Bourita a explicitement exprimé le soutien du Maroc au droit de l’Égypte de protéger ses ressources en eau du Nil dans le cadre de la sécurité hydrique arabe.

La coïncidence n’ayant pas sa place en géopolitique, il y a quelque chose de suspect dans le fait que le président algérien ait reçu le Premier ministre éthiopien quelques mois après une rencontre capitale entre les chefs des diplomaties marocaine et égyptienne. L’Algérie, qui se nourrit de telles discordes et les considère comme vitales pour sa survie, est donc le pays qui cherche à nuire aux intérêts stratégiques de l’Égypte.

Mais pourquoi l’Algérie s’engagerait-elle sur une voie aussi destructrice ? Comme toujours, le principal moteur de la frénésie actuelle de l’establishment algérien est sa détermination à faire dérailler ou du moins à ralentir toute percée symbolique ou hautement stratégique de la diplomatie marocaine sur les scènes régionale et mondiale.

L’Éthiopie est cruciale pour la diplomatie africaine du Maroc

Face à un renforcement permanent de l’amitié entre le Maroc et l’Égypte, l’attitude hostile de l’Algérie découle fondamentalement de sa prise de conscience que le Maroc a fait des progrès notables dans sa stratégie continentale. Et plus important peut-être, Alger est surtout inquiète du fait que, au fond, sous-tendant la percée stratégique du Maroc sur le continent africain du Maroc, est le désir d'éventuellement parvenir à faire expulser le polisario séparatiste de l’Union africaine.

L’Éthiopie est l’un des pays africains les plus influents à n’avoir pas encore retiré sa reconnaissance de la "rasd", cet État fictif basé à Tindouf sur le sol algérien. Et le Maroc, par le biais de sa diplomatie discrète mais efficace, travaille depuis sept ans pour convaincre le gouvernement éthiopien de rompre tous liens avec cette république imaginaire.

Les premières étapes de cet effort ont été franchies par la visite du Roi Mohammed VI en Éthiopie en novembre 2016, environ deux mois et demi avant le retour du Maroc à l’Union africaine. Cette visite historique a été suivie de la signature d’un accord entre le gouvernement éthiopien et le groupe marocain OCP pour la construction en Éthiopie d’une immense usine d’engrais dont le budget a été évalué à 3,7 milliards de dollars.

Avec cette initiative stratégique, le Maroc a réussi la première étape de sa politique visant à persuader l’Éthiopie de reconsidérer sa position sur le différend du Sahara. Bien que l’Éthiopie n’ait pas encore rompu ses liens avec les séparatistes du polisario, le pays a, au cours des sept dernières années, progressivement adopté une position neutre sur ce différend territorial.

Alors que l’Éthiopie était l’un des fervents partisans de l’Algérie et de la thèse séparatiste avant la visite royale de 2016 et l’accord sur les engrais avec l’OCP, elle n’est plus un ardent défenseur de l’agenda séparatiste sur la scène continentale. De fait, il y a un subtil changement dans la diplomatie éthiopienne sur cette épineuse question du Sahara.

Car chaque fois qu’elle a été soulevée ou évoquée récemment lors des réunions de l’UA et de l’ONU, Addis-Abeba a donné l’impression de ne plus la considérer comme une priorité. Plus précisément, les signes d’abandon progressif par l’Éthiopie de son soutien explicite à la thèse séparatiste ont commencé à émerger lors de son adhésion au Conseil de sécurité de l’ONU en 2017-2018.

Cette année-là, l’Éthiopie s’est abstenue de voter en faveur des résolutions 2414 et 2440 qui contenaient un langage favorable au Maroc. Mais comme je l’explique dans mon nouveau livre sur le conflit du Sahara, l’aspect le plus révélateur de cette abstention est l’explication qu’en a donnée l’ambassadeur éthiopien auprès de l’ONU.

Ce dernier n’a en effet pas mentionné la question d’un quelconque référendum d’auto-détermination ou de l’établissement d’un État indépendant dans le sud du Maroc. Fait remarquable, il a plutôt déploré que le langage de la résolution ne soit pas suffisamment équilibré pour aider les parties en conflit à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable.

Ainsi donc, bien que cette abstention éthiopienne eût pu être perçue comme l’expression d’une certaine hostilité envers le Maroc, elle était en réalité un signe qu’Addis Abeba était subtilement en phase de progressivement adopter une politique plus équilibrée concernant le conflit du Sahara. En ce sens, la justification par l’Éthiopie de ses votes sur les résolutions 2414 et 2440 constituait une forte indication que la politique de rapprochement économique du Maroc avec Addis-Abeba avait commencé à porter ses fruits.

Et maintenant que le Maroc a obtenu la reconnaissance de sa souveraineté sur la région du Sahara par la France, un geste que de nombreux observateurs ont considéré comme signant essentiellement le glas des aspirations séparatistes dans la région, Rabat peut désormais se concentrer sur la deuxième étape de sa stratégie vis-à-vis de l’Éthiopie : persuader ce géant continental de désavouer le polisario et à couper tous les liens diplomatiques avec le groupe séparatiste.

Il y a deux semaines, une importante délégation éthiopienne a visité Rabat pour discuter de l’état des relations maroco-éthiopiennes dans différents domaines que les deux pays considèrent comme hautement stratégiques pour leur amitié croissante. La visite s’est conclue par la signature d’un accord militaire entre les deux pays, ce qui était une forte indication de la volonté de l’Éthiopie de s’éloigner de la politique hostile qu’elle a menée envers le Maroc au cours des quatre dernières décennies.

En d’autres termes, la signature par l’Éthiopie d’un partenariat militaire et sécuritaire avec le Maroc atteste du niveau croissant de confiance entre les deux pays. Parce que l’Éthiopie perçoit désormais le Maroc comme un allié stratégique fiable et crucial, ce n’est plus qu’une question de temps avant que le gouvernement éthiopien renonce officiellement à l’agenda séparatiste soutenu par l’Algérie au Sahara pour ouvertement soutenir la position du Maroc.

Cependant, cette nouvelle évolution des relations avec l’Éthiopie ne signifie pas que Rabat cherchera désormais à se mettre à dos l’Égypte, autre allié régional dont l’amitié est cruciale pour le Maroc. Il serait illogique pour un pays comme le Maroc, dont la diplomatie a une réputation historique de recherche permanente d’équilibre et d’évitement d’inimitiés puériles et d’une vision du monde à somme nulle de rechercher l’amitié et le soutien politique de l’Éthiopie tout en ouvrant un nouveau foyer de tension et d’hostilité avec son vieil ami égyptien.

De même, il est illogique pour Le Caire de s’attendre à ce que Rabat ne renforce pas ses relations avec Addis-Abeba, étant donné que l’Éthiopie est l’un des rares pays qui reconnaissent encore la république autoproclamée du polisario à Tindouf. Tant que le Maroc se tient dans une direction qui n’a pas pour objectif de nuire aux intérêts stratégiques de quelque pays que ce soit, le pragmatisme diplomatique dicte qu’il intensifie son rapprochement avec l’Éthiopie afin de l’encourager finalement à désavouer définitivement le polisario et ses aspirations séparatistes.

Compte tenu des consultations historiquement solides en cours entre les diplomates marocains et égyptiens, Rabat a probablement rassuré le gouvernement égyptien que tout rapprochement sécuritaire maroco-éthiopien ne se fera pas au détriment de ses excellentes relations historiques avec l’Égypte. Malgré le rapprochement sécuritaire maroco-éthiopien, si un conflit devait éclater entre l’Éthiopie et l’Égypte, le Maroc ne resterait pas un simple spectateur ni ne jouera à la neutralité négative. Au contraire, il est probable que le Royaume intensifie ses efforts pour servir de médiateur entre les deux pays afin de prévenir un conflit régional aux conséquences dévastatrices pour le continent.

Le Maroc a des intérêts stratégiques dans les deux pays et est visiblement prêt à travailler pour maintenir et développer ces intérêts. Le rapprochement sécuritaire entre le Maroc et l’Éthiopie est un pas important dans cette direction.

Et le camp égyptien, également connu pour sa prudence et sa sagesse diplomatiques, comprend sûrement que l’un des objectifs du Maroc est d’amener l’Éthiopie à embrasser l’élan international croissant dont jouit le Plan d’autonomie marocain ces dernières années. Pour le Maroc, obtenir un tel soutien sans équivoque de la part d’un pays africain stratégiquement important et ancien allié du polisario renforcera encore la notion croissante que la proposition d’autonomie marocaine est le seul espoir pour une solution viable au conflit du Sahara.

L’expulsion imminente du polisario de l’Union africaine

Ainsi, la frénésie médiatique que la propagande algérienne tente de créer pour semer la discorde entre le Maroc et l’Égypte découle de la prise de conscience par l’Algérie qu’il ne s’agit plus que d’une question de temps avant que l’amitié croissante entre Addis-Abeba et Rabat ne porte un coup fatal aux aspirations indépendantistes du polisario soutenu par l’Algérie.

En d’autres termes, la frustration de l’Algérie tient du fait qu’elle ne soit pas disposée à accepter le glissement stratégique que connaît la position éthiopienne sur la question du Sahara. Alors qu’elle peine encore à se remettre du revirement de la position française en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Maroc, l’Algérie redoute qu’un désaveu définitif des séparatistes du polisario par l’Éthiopie ne précipite la défaite finale de sa diplomatie chancelante dans le dossier du Sahara.

A l’évidence, l’Éthiopie fait partie des pays africains que le Maroc est actuellement en train de persuader d’ouvrir un consulat dans les provinces du sud dans un avenir proche. Un tel développement, ultime reconnaissance de la marocanité de ce territoire, pourrait permettre au Maroc de faire un pas important vers l’obtention du quorum juridique dont il a besoin - fixé à deux tiers des membres de l’Union africaine - pour définitivement obtenir l’expulsion du polisario de cet organisme continental.

Et parce que l’Union africaine est le dernier rempart derrière lequel l’Algérie et le polisario se sont cachés au cours des trois dernières décennies pour maintenir la question du Sahara à l’ordre du jour au niveau continental et international, une telle expulsion du polisario servirait à boucler la boucle de l’impossible désintégration de la souveraineté marocaine.

Il va sans dire que l’Algérie, déterminée à empêcher le Maroc de recouvrer ses provinces du sud, est prête à aller à l’extrême pour éviter un tel scénario catastrophique pour les aspirations séparatistes du polisario. La frénésie médiatique algérienne visant à mettre le Maroc en termes inamicaux avec l’Égypte et l’Éthiopie fait donc partie d’une stratégie visant à saper ou du moins à ralentir considérablement l’élan diplomatique apparemment irréversible du Maroc sur la question du Sahara.

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Le 11 septembre 2024 à 15h32

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