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Pedro Sánchez, l’Européen qui dit non à l’Amérique

Face aux tensions avec Washington, Pedro Sánchez déploie une stratégie d’ouverture tous azimuts, en renforçant ses partenariats internationaux et en affirmant une ligne diplomatique autonome.

Le 24 avril 2026 à 15h04

Le Premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sánchez, est sur tous les fronts. Depuis son accession au pouvoir en 2018, il gouverne sans réelle majorité. L’appui des partis minoritaires de Catalogne et du Pays basque lui garantit une majorité fragile et assure son maintien. Ses réformes internes, comme le plafonnement des loyers en zones tendues, l’augmentation du SMIC de 47% ou encore sa loi sur le genre, l’ont rendu populaire auprès des Espagnols.

Au niveau européen, c’est surtout son opposition à la politique de Donald Trump qui fait de lui une figure remarquée parmi ses pairs. La récente régularisation d’un demi-million de migrants en situation irrégulière en Espagne a, en revanche, suscité des inquiétudes chez certains partenaires européens.

C’est par ses prises de position fortes sur la scène internationale, notamment son opposition frontale à Donald Trump, que Sánchez est devenu, pour certains, un symbole de résistance aux yeux d’une partie des Espagnols et des Européens, de plus en plus critiques à l’égard de l’unilatéralisme, des pressions politiques et des interventions militaires menées sans leur consentement.

Le refus de Sánchez de consacrer 5% du PIB, comme souhaité par Washington, au financement de l’OTAN a été salué par ses partisans, tout comme ses positions fermes contre certaines interventions américaines et israéliennes au Moyen-Orient.

Le soutien apporté par Madrid à l’Afrique du Sud en 2023 pour saisir la Cour internationale de justice, ainsi que la reconnaissance de l’État de Palestine en 2024, ont été jugés inappropriés par les États-Unis.

Malgré cela, le gouvernement Sánchez demeure l’une des voix les plus critiques en Europe à l’égard du gouvernement de Benjamin Netanyahou et des actions de l’armée israélienne contre les civils palestiniens. Après les récents événements au Liban, l’Espagne a ainsi demandé à Bruxelles de suspendre l’accord d’association avec Israël en raison de violations des droits humains. Autant de positions qui irritent Washington.

Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025, les tensions entre les deux pays se sont accentuées. Le président américain a récemment menacé de sanctionner l’Espagne après le refus de Madrid d’autoriser l’utilisation des bases militaires de Rota (navale) et de Morón (aérienne) pour des opérations contre l’Iran.

Le gouvernement Sánchez a par ailleurs imposé des restrictions sur l’utilisation de ces bases pour le transit d’armes vers le Moyen-Orient. Si ces installations sont utilisées conjointement par les deux pays, leur statut relève du droit espagnol. Malgré les crises politiques récurrentes, la coopération et les exercices conjoints témoignent toutefois d’une continuité opérationnelle entre les deux armées.

Une stratégie d’ouverture et d’affirmation sur la scène internationale

Face à ses différends avec Trump, Sánchez s’emploie à diversifier et à renforcer les relations de l’Espagne avec les pays européens et d’autres puissances internationales. Il s’est rendu ce mois-ci en Chine, pour la quatrième fois en trois ans, où il a signé dix-neuf accords visant à consolider la coopération bilatérale et à accroître l’implication de Pékin dans l’économie espagnole. À son retour, il a participé activement au sommet mondial de la famille progressiste tenu à Barcelone. Cette conférence a réuni une quarantaine de chefs d’État et de responsables, dont les présidents du Brésil, de l’Afrique du Sud, du Mexique et de la Colombie, entre autres. Sánchez a également annoncé la venue, en juin prochain, du pape Léon XIV, lui aussi critique à l’égard de Trump.

Lors de sa visite en Chine, Xi Jinping et Pedro Sánchez ont réaffirmé leur confiance mutuelle et défini un programme d’avenir ambitieux. Le chef du gouvernement espagnol a confirmé l’ouverture, pour la première fois, d’un dialogue stratégique avec Pékin et a appelé la Chine à considérer l’Espagne et l’Europe comme des partenaires fiables, avec lesquels coopérer pour le bien commun. Il a par ailleurs souligné qu’il ne défendait pas uniquement les intérêts espagnols, insistant sur la dimension pro-européenne de la politique extérieure de son pays. Selon lui, renforcer les liens avec Pékin tout en défendant les intérêts européens et l’ordre international n’est pas incompatible.

C’est sur la question de l’ordre international que Sánchez s’est montré le plus explicite, appelant à une implication accrue de la Chine dans la résolution des conflits mondiaux. Cette position fait écho aux déclarations du président chinois en faveur d’un cessez-le-feu global au Moyen-Orient et d’un règlement des crises par des voies politiques et diplomatiques. Xi Jinping a, de son côté, insisté sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États de la région, mettant en garde contre une utilisation sélective du droit international à des fins hégémoniques. Il a également estimé que l’Espagne se situe "du bon côté de l’histoire".

À l’université de Tsinghua, Sánchez a détaillé sa vision des relations internationales, plaidant pour des rapports équilibrés entre la Chine, l’Espagne et l’Union européenne. Il a défendu une lecture du monde fondée sur la multiplication des pôles de prospérité plutôt que sur la rivalité entre puissances. Sa ligne est claire : bâtir avec la Chine une relation fondée sur le respect mutuel, coopérer autant que possible, rivaliser lorsque nécessaire et gérer les différends de manière responsable. Un positionnement qui envoie des signaux à Pékin, mais aussi, indirectement, à Washington.

De retour en Espagne, Pedro Sánchez a accueilli à Barcelone le sommet mondial progressiste, réunissant des dirigeants de gauche à l’échelle internationale. Le choix de Barcelone, ville acquise à la gauche, plutôt que Madrid, bastion de la droite, n’est pas anodin. À l’image de sa visite en Chine, cette rencontre a rassemblé des responsables critiques de la politique de Trump. Elle a également appelé à une mobilisation internationale pour la défense de la démocratie, la réponse aux défis globaux et la constitution d’un front face à la montée de l’extrême droite. Pour les socialistes espagnols, il devient urgent d’agir contre la progression des extrémismes en Europe, tout en s’opposant à la ligne de l’administration Trump.

Dans son discours inaugural, Sánchez a présenté cet événement comme la réunion de pays désireux de protéger le système démocratique, tant au niveau national qu’international. Selon lui, le temps est venu de réformer l’ONU pour l’adapter aux nouvelles réalités. Il s’est également interrogé sur la possibilité de voir, un jour, une femme à sa tête, estimant qu’une telle évolution renforcerait la crédibilité de l’organisation. Ces propositions ont trouvé un écho auprès du président brésilien, qui a appelé à restaurer la crédibilité d’une institution fragilisée par l’irresponsabilité de certains de ses membres permanents, sans les nommer.

À travers ces rencontres internationales, Sánchez s’est positionné comme l’un des rares responsables européens à s’opposer frontalement à Trump. En Espagne, toutefois, les partis de droite, comme le Parti populaire et Vox, lui reprochent de négliger les intérêts nationaux. Ils l’accusent de se focaliser sur les crises internationales et d’instaurer un rapport de force jugé inutile avec les États-Unis. Sa visite en Chine a notamment été perçue par ses opposants comme un risque d’alignement excessif avec Pékin, ainsi qu’une esquive de la question des droits de l’homme.

En maintenant une ligne ferme face à Washington, Sánchez pose les bases d’une politique étrangère qu’il veut plus indépendante. Il rappelle que l’alliance avec les États-Unis ne signifie pas un alignement systématique et que la souveraineté nationale ne se délègue pas. De son côté, Trump a réagi, fidèle à son style, par des menaces, des pressions diplomatiques et des restrictions commerciales.

Sánchez mise toutefois sur un soutien interne et européen en cas de tensions accrues avec Washington. Si certaines de ses positions suscitent des critiques, sa démarche apparaît cohérente : sa fermeté vis-à-vis des États-Unis s’adresse aussi à ses partenaires européens, pour signifier que l’Espagne entend décider par elle-même, sans suivre aveuglément la ligne américaine.

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Le 24 avril 2026 à 15h04

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