Mike Waltz, le diplomate guerrier
Derrière la réunion de Madrid sur le Sahara, les États-Unis avancent un duo stratégique composé de Massad Boulos et de Mike Waltz, nouveau visage de la diplomatie américaine à l’ONU. Waltz incarne une approche sécuritaire assumée, où l’expérience militaire se met au service des choix géopolitiques de Washington.
On annonce que la réunion de Madrid du dimanche dernier sur le Sahara aurait été présidée du côté américain par le conseiller pour l’Afrique Massad Boulos, et le représentant permanent aux Nations Unies Mike Waltz. Si le premier s’occupe de l’Afrique, le second conçoit et exécute la stratégie américaine au niveau international, en collaboration directe avec la Maison Blanche et le Département d’Etat dirigé par Marco Rubio. Quand l’un prépare le terrain, l’autre conçoit et exécute les décisions à l’international pour réussir là où l’ONU a échoué.
C’est la première fois que les Etats-Unis nomment un ambassadeur à l’ONU issu du milieu militaire et des forces spéciales, les Bérets verts. C’est dans le domaine militaire que Waltz a forgé son caractère et a fait ses preuves, plus dans les champs de bataille, comme en Afghanistan, en Irak et en Afrique, que dans les salons feutrés de la diplomatie mondiale. Celui qui est, depuis septembre dernier, le 32e représentant permanent, a servi pendant 26 ans dans l’armée. Il y a acquis une longue expérience qui s’est ajoutée à son engagement politique au sein de l’administration sécuritaire.
Waltz a partagé ses idées et sa riche expérience avec le public américain à travers ses nombreuses interventions dans les médias comme sur Fox News, entre autres. Il a également rédigé deux livres et best-sellers qui l’ont rendu populaire et qui résument sa philosophie sur le rôle que devrait jouer l’Amérique dans le monde. Le premier porte le titre Warrior Diplomat, le diplomate guerrier, et le second Hard Truths, les dures vérités. Ces deux livres résument bien sa pensée sur la politique et le rôle des Etats-Unis dans le monde.
Dans le Diplomate guerrier, Waltz détaille son parcours et sa philosophie de combattant qui a mené des dures opérations militaires contre les Talibans. Il y décrit ses expériences en Afghanistan, ses combats et ses interactions avec les chefs tribaux. Il relève les défis que pose la dimension culturelle et le choc des civilisations entre les Etats-Unis et l’Afghanistan, deux mondes différents, voire opposés selon lui. Il y alterne en même temps des observations acerbes sur les dysfonctionnements bureaucratiques des institutions américaines, les rivalités inter-agences, les erreurs stratégiques commises par l’Etat américain lui-même sous les gouvernements Bush et Obama.
Pour Waltz, certains aspects de la diplomatie de son pays et ses prises de décision au niveau international manquent souvent d’objectifs clairs et précis d’une part, et, de l’autre, de sous-investissement notoire. Il compare à dessein la politique américaine dans les deux champs de combat, qu’étaient l’Irak et l’Afghanistan, où Washington a favorisé le premier au détriment du second. Pour lui, l’insuffisance de coordination avec les Alliés en Afghanistan, l’impact des pertes civiles élevées, et le retrait précipité de Kaboul ont eu des effets néfastes sur le moral des troupes américaines.
Waltz continue à défendre l’idée de la nécessité stratégique de stabiliser l’Afghanistan pour la sécurité nationale américaine. Il plaide pour une politique d’engagement à long terme dans ce pays, comme en Corée du Sud ou en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Le retrait complet et précipité, comme décidé par l’ancien président démocrate Joe Biden, était pour lui une grave erreur. Waltz pense que la diplomatie américaine doit être alignée sur la stratégie militaire des Etats-Unis.
L’autre ouvrage Hard Truths, Think and Lead Like A Green Beret, Les dures vérités : comment penser et diriger comme un béret vert, c’est-à-dire comme un militaire, complète le premier. Ce livre est aussi un récit personnel qui résume ses expériences militaires intenses, et ses missions de combat en Afghanistan et en Irak. C’est aussi un guide de leadership et de développement personnel qui s’applique dans le domaine diplomatique, politique et militaire. Waltz y explique qu’un esprit fort, forgé dans des situations extrêmes, doit s’appliquer à la vie de tous les jours, aux affaires, en politique, comme au niveau personnel.
Le thème central qu’il développe est que la société américaine moderne a tendance à éviter la discipline, la responsabilité, l’adaptabilité et les contraintes, contrairement aux militaires. En raison de leur formation et de leur discipline, ceux qui sont entraînés comme les militaires sont plus aptes à affronter les réalités de notre monde, à y résister, et à en sortir vainqueurs. Il prône directement la discipline extrême, la retenue morale, le leadership, la résilience qui sont, pour lui, les vrais outils pour affronter les défis et la mollesse des temps modernes. C’est cette philosophie qu’il essaye d’appliquer aux dossiers internationaux qu’il traite au Conseil de sécurité.
Mais ce Mike Waltz, qui a toujours montré cet aspect rigoureux de sa personnalité, a failli à sa mission lorsqu’il a été désigné conseiller de sécurité au début du mandat Trump. Nommé en janvier 2025 à ce poste, il a dû démissionner le mois de mai de la même année, après la divulgation involontaire de secrets d’Etat sur l’Iran dans un réseau social. Par inadvertance, il a ajouté le nom d’un grand journaliste qui s’est senti béni d’avoir reçu du ciel certains secrets de cette affaire d’Etat. Au sein du Conseil de sécurité où il siège maintenant à New York, il s’attèle à faire oublier cet incident de route et à bien marquer son passage pour réussir sa mission.
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