Michel Barnier pour sauver les meubles
Le président français Emmanuel Macron semble friand de changer de premier-ministre au lieu de changer de politique. Il en est à son cinquième depuis sa première élection en 2017. Il en a consommé deux durant son premier mandant avec Edouard Philippe, 2017-2020, et Jean Castex de 2020 à 2022. Durant son deuxième qui va jusqu’à 2027, on a vu passer Elisabeth Borne, 2022- janvier 2024, Gabriel Attal de janvier à septembre 2024 pour nommer récemment Michel Barnier.
La défaite du camp présidentiel aux élections européennes de juin dernier a été un tournant dans le déclenchement de la crise en cours. La dissolution irréfléchie de l’Assemblée Nationale qui s’en est suivie a eu des conséquences sur la vie politique française. Les législatives de juillet n’ont permis à aucune force politique d’avoir la majorité à l’Assemblée pour constituer un gouvernement homogène. Le Nouveau front populaire, le Rassemblement national, et les macronistes, trois principales forces politiques, n’ont d’autres choix que d’instaurer un modus vivendi pour gérer le pays et lui éviter une paralysie institutionnelle.
C’est pour constituer une majorité solide que Macron a fait appel à Michel Barnier, dans l’espoir de faire face à une situation inédite. Il ne s’agit pas de reproduire les expériences passées de cohabitation avec un président minoritaire, mais plutôt de créer une majorité stable à l’Assemblée pour gouverner, en attendant l’échéance présidentielle de 2027. Cependant, ne pas désigner un chef de gouvernement du premier groupe politique qu’est le NFP, pose un réel problème éthique et institutionnel.
Le Nouveau front populaire a déjà contesté le choix présidentiel d’opter pour un membre du parti républicain, Michel Barnier, arrivé quatrième aux élections législatives pour être chef de gouvernement. Dans ce cas, ce dernier n’aura de choix que de composer avec les partis de droite et d’extrême-droite et d’être, en définitive, prisonnier du Rassemblement national s’il veut pérenniser sa majorité. Cette nomination est loin de plaire à la gauche, qui estime qu’on lui a volé sa victoire. Quant aux Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, ils réclament déjà la destitution de Macron.
Face à cette situation inédite, plusieurs responsables français, de divers bords, ont appelé les partis politiques à privilégier le dialogue et la raison aux calculs politiciens inféconds. Ils leur ont demandé d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis du pays et des citoyens qui ont voté pour eux. Ces sages, que peu écoute, suggèrent de sortir des logiques partisanes pour bâtir une union de salut qui puisse sortir la France de ce marasme. Devant cette situation inédite, beaucoup craignent de voir la France sombrer dans un tourbillon d’instabilité institutionnelle. Une crise politique structurelle permanente pourrait en effet déboucher sur une explosion sociale non-maitrisée.
Cette situation de blocage incombe de prime abord au président Macron et à lui tout seul. Il semble avoir perdu définitivement la main sur la chose publique en prenant des initiatives hâtives et lourdes de sens, sans concertation avec ses autres alliés. Une grande partie de ses proches conseillers ne constituent plus des relais efficaces avec les autres institutions, notamment avec les milieux sociaux. Certains de ses proches sont déjà en dissidence, ou ont pris de la distance vis-à-vis de sa politique pour préserver leurs propres carrières.
C’est un de ses proches, Jean-Michel Blanquer ancien ministre de l’Education qui décrit le mieux cet environnement dans son récent livre La citadelle. Il y note la concentration du pouvoir à l’Elysée depuis la pandémie Covid, avec une gouvernance à deux têtes, le président et le secrétaire général de l’Élysée Alexis Kholer. Les deux croient, selon Blanquer, avoir raison sur tout, et décident, sans concertation, entre eux sur des questions stratégiques et capitales. Il est vrai que ce ministre est tombé en disgrâce quand il refusa d’être tête de liste lors des dernières élections régionales.
Barnier fera donc face à ces réalités et contraintes aussi bien à l’Assemblée qu’à l’Élysée. On le connait comme un habile négociateur qui a su mener à terme le départ des britanniques de l’Union-européenne, par un divorce amical et sans douleurs dans le cadre du Brexit. Il dispose pour cela d’atouts incontestables et de solides expériences en France comme au sein de l’UE. Ces qualités lui serviront incontestablement à gérer les affaires d’Etat, si toutefois on lui laisse une marge de manœuvre pour gouverner.
Ses premiers pas ont montré qu’il est conscient des difficultés qui l’attendent et des obstacles que ses adversaires lui mettraient sur son chemin. Cela a commencé dès la passation des pouvoirs avec l’ancien Premier-ministre Gabriel Attal. Sur le perron de Matignon, celui-ci a saisi cette occasion pour lui lancer, dans un discours fleuve, des coups de griffes, sur les réformes et les dossiers qui l’attendent sur le bureau. La réponse de Barnier fut immédiate, courte et incisive. Je m’engage à davantage agir que de parler, lui a-t-il répondu.
Certes le nouveau Premier-ministre devra se pencher rapidement sur les questions les plus urgentes sur les plans interne, européen et international. Mais l’économie sera sa priorité absolue avec la préparation du budget d’État pour l’année qui vient. Exercice périlleux s’il en est avec le déficit qui vient d’être revu à la hausse pour 2024 à 5,6% du PIB, alors que la France est placée sous une procédure de surveillance de Bruxelles pour la dérive de ses comptes publiques.
Le secteur agricole trouvera chez Barnier, l’ancien ministre de l’agriculture entre 2007 et 2009, tout l’intérêt requis. C’est le seul secteur de l’économie qui a accueilli favorablement sa nomination. Barnier y a laissé une bonne impression et une majorité d’agriculteurs trouve en lui un homme de consensus, dédié à leur cause, connaissant leurs difficultés et cherchant toujours à défendre leurs intérêts. Ancien commissaire européen, il saura aussi comment plaider leur cause auprès du Bruxelles.
Sur le sujet de l’immigration qui inquiète tant les français, Barnier est intraitable. Ses idées dans ce domaine sont plus proches de l’extrême droite que de la gauche. Il a préconisé par le passé le durcissement des critères du regroupement familial, l’instauration des quotas annuels de visas, et la suppression de l’aide médicale d’Etat, AME, aux réfugiés. Il pourrait même aller jusqu’à dénoncer l’accord franco-algérien, conclu en 1968 à l’issue de la guerre d’Algérie et qui confère aux algériens des facilités pour s’installer dans l’hexagone.
Ce ne sont là que quelques secteurs parmi tant d’autres qui attendent ce premier-ministre. Toutes ses expériences professionnelles, en tant que ministres de l’environnement, 1993-1995, des affaires européennes, 2004-2005, des affaires étrangères, 2004-2005, de l’agriculture et de la pêche, 2007-2009, ainsi que son passage à Bruxelles comme commissaire européenne lui seront de grande utilité pour réussir sa mission. À condition que l’Élysée lui laisse une marge pour manœuvrer, et que les partis politiques jouent aussi le jeu en mettant l’intérêt de la nation au-dessus des intérêts partisans.
Mais c’est en définitive le président Macron, et lui tout seul, qui porte la responsabilité de ce triste état des lieux en France. En nommant Barnier au poste de Premier-ministre, Macron semble vouloir préserver les réformes adoptées à ce jour, et rester maitre à bord jusqu’à 2027, si les français le veulent bien. Barnier quant à lui s’est embarqué dans cette aventure pour mener le pays à bon port, c’est à dire aux prochaines élections présidentielles, à moins que le vent tourne autrement.
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