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Ahmed Faouzi

Ancien ambassadeur. Chercheur en relations internationales.

Liz Truss, deux années encore pour convaincre les britanniques

Le 12 septembre 2022 à 14h15

Modifié 12 septembre 2022 à 14h15

Liz Truss est le 15e et denier Premier ministre nommée par la défunte Elizabeth II mardi 6 septembre. Un jour avant, le parti conservateur britannique l’a élue à la place de Boris Johnson démissionnaire. Elle aura deux ans pour convaincre et maintenir son parti au pouvoir avant les élections prévues fin 2024.

Boris Johnson a dirigé le gouvernement britannique depuis 2019 après avoir été ministre des affaires étrangères sous le gouvernement de Theresa May. Comme lui, Truss a chapeauté elle aussi la diplomatie de son pays, avant d’être cooptée comme cheffe du parti conservateur et du gouvernement britannique, face à son adversaire Rishi Sunak.

Si Johnson a démissionné du gouvernement de Theresa May pour des raisons politiques avant de la remplacer comme Premier ministre, Truss a, au contraire, bénéficié tout simplement des erreurs et autres impairs commis par Johnson, notamment les affaires du Partygate. Durant la période de confinement, il a organisé plusieurs fêtes à Downing Street ce qui a poussé son propre parti à émettre une motion de défiance. Plusieurs de ses ministres ont démissionné par la suite, le poussant à quitter le parti et le gouvernement.

Une autre génération

On a tort de comparer Truss à Margaret Tchatcher, faisant d’elle une autre dame de fer. Ni la personnalité, ni l’itinéraire, ni l’époque, ne sont similaires. Thatcher a dû combattre, durant deux mandats, le groupe IRA en Irlande du nord pour que le royaume reste uni, et briser l’élan des syndicats pour redresser et libéraliser l’économie. Sur le plan international, elle a été également intraitable à l’égard de l’Union soviétique, jusqu’à sa dislocation sous Gorbatchev en 1991.

Truss est en effet d’une autre génération. Née en 1975, elle est issue d’une famille de gauche. Elle ne bascule dans les rangs de la droite qu’à partir de 1996 en adhérant au parti conservateur. Elle se présente, sans succès, pour la députation en 2001 et 2005, et réussit à se faire élire en 2010. Deux années plus tard, on la retrouve Secrétaire d’État à l’environnement, puis successivement gère plusieurs ministères, dont le commerce international et les affaires étrangères, jusqu’à sa récente nomination.

Pour beaucoup d’observateurs qui ont été proches d’elle, la clé pour comprendre le personnage est son ambition qui, pour certains adversaires de son propre parti, est bien supérieure à ses capacités. Beaucoup lui reconnaissent son habilité politique et sa capacité à adapter ses opinions pour servir ses propres intérêts. Ils donnent pour exemple sa campagne contre le Brexit au référendum de 2016, avant de devenir une farouche partisane derrière Boris Johnson.

Truss prend maintenant les règnes du parti et du gouvernement dans un contexte politique bien difficile. L’inflation dépasse les 10%, et les citoyens britanniques font face à des hausses continues des factures d’énergie qui étranglent aussi bien les services publics et les entreprises que les citoyens. Sa première déclaration, après sa réélection, a été relative à l’énergie. Je m’attaquerai à la crise énergétique en m’occupant des factures d’énergie des gens mais aussi en m’occupant des difficultés a long terme d’approvisionnement en énergie.

Mais les difficultés du Royaume-Uni ne se résument pas aux coûts de l’énergie et des défis que cela soulève. Le post-Brexit et les difficultés économiques avec l’Union-européenne, conjugués aux effets de la pandémie Covid ont eu des effets négatifs sur l’économie du pays ainsi que sur l’emploi. C’est un sombre tableau auquel elle doit faire face sous le triple effet du Brexit, Covid et de la crise énergétique.

Au moment du référendum sur le Brexit en 2016, Truss tenait une position pour le maintien (remain) de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne, alors que Boris Johnson était pour le Brexit (leave). Relancée sur ce changement de position, elle dira à la BBC en juillet dernier qu’elle a pleinement accepté le choix des britanniques, j’avais tort. Au journal Telegraph, elle déclara en mai dernier si je pouvais revenir en 2016, je voterai pour quitter l’Union.

Défis

Le programme de Truss à la tête du gouvernement englobe la baisse des impôts sur les entreprises pour relancer l’économie, et l’annulation de la hausse des cotisations sociales ainsi que la suppression des prélèvements et taxes environnementaux. Elle compte également construire de nouvelles centrales nucléaires pour répondre aux besoins croissants du pays et atteindre la neutralité carbone en 2050.

Truss ne trouvera pas son chemin pavé de roses au sein du parti conservateur comme à l’intérieur de la société britannique. Son groupe parlementaire n’est pas totalement uni autour de sa personne. Rishi Sunak, ministre des finances et adversaire aux élections, a obtenu 47% des votes et son réalisme économique plait encore. Selon des sondages, 52% de citoyens britanniques ont estimé qu’elle sera une mauvaise, voire une très mauvaise, Première-ministre.

Mais il n’y a pas qu’à l’intérieur de son parti qu’elle trouvera des adversaires tenaces à sa ligne politique. Le parti travailliste, sous la houlette de Keir Starmer, semble résolu à la combattre pour gagner les élections qui auront lieu fin 2024, d’autant plus qu’ils sont à 12 points d’avances selon les sondages. Le chef de fil travailliste a su profiter de la disgrâce de Johnson pour séduire au-delà de son propre camp. Son parti se montre, lors des campagnes électorales, généreux et moins regardant sur les dépenses et les deniers publics.

Truss, qui voudrait conduire les conservateurs à sauvegarder leur majorité en 2024, aura affaire aux multiples dysfonctionnements de l’économie. Elle devrait également faire face aux défis de la guerre en Ukraine et de la nécessité de la défense de la démocratie en Europe et dans le monde, avec les autres alliés dont les américains.

Lors de sa première sortie, elle s’est montrée confiante dans les capacités de ses citoyens pour surmonter et faire face à toutes ces tempêtes et reconstruire une économie affaiblie. Lourde responsabilité qui est la sienne pour surmonter ces défis en moins de deux ans, sous le nouveau règne qui s’annonce.

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